« C’est la démocratie en action », a affirmé pour sa part le président Dmitri Medvedev à la télévision. « On disait que le parti (...) chercherait à conserver sa position dominante en se livrant à des machinations, des manipulations », mais il a « prouvé qu’il avait le droit moral de poursuivre dans la voie que nous avons choisie. C’est ça le parlementarisme, c’est ça la démocratie », a-t-il insisté. « C’est un résultat optimal qui reflète la situation réelle dans le pays », a ajouté à ses côtés M. Poutine, les deux dirigeants balayant ainsi les accusations de fraude. « En nous appuyant sur ce résultat, nous pourrons assurer le développement stable du pays », a ajouté le Premier ministre, pour lequel ces élections étaient un test avant la présidentielle de mars 2012 lors de laquelle il compte revenir au Kremlin. « Autant que je sache, il n’y a pas eu d’infractions », a renchéri le chef de la commission électorale centrale, Vladimir Tchourov, estimant que la participation avait été « d’au moins 60 % ».
« J’ai voté 10 fois pour Russie unie... »
Sauf que le Parti communiste a dénoncé avec virulence des fraudes « massives ». « Nous avons reçu des milliers de plaintes des états-majors régionaux, confirmant le caractère massif des infractions et des falsifications », a déclaré Ivan Melnikov, membre du comité central du PC. Le Parti communiste s’est joint ainsi aux accusations lancées par l’opposition libérale, les défenseurs des droits de l’homme, des médias indépendants et des ONG, qui ont dénoncé une campagne de pressions commencée bien avant le scrutin. Plusieurs sites de médias indépendants et ceux d’une ONG recensant ces infractions étaient inaccessibles hier en raison de cyberattaques orchestrées, selon eux, pour empêcher la diffusion d’informations sur les fraudes. Il s’agit notamment des sites de la radio Echo de Moscou, du quotidien Kommersant, de l’hebdomadaire New Times, de l’ONG Golos ainsi que son site interactif « La carte des fraudes », qui était dans le collimateur des autorités depuis une semaine.
À Saint-Pétersbourg, Alexeï, un électeur de 23 ans, a affirmé avoir voté 10 fois pour Russie unie contre une prime de 2 000 roubles (près de 50 euros) grâce à un système permettant à un électeur de voter en dehors de son bureau de vote avec un certificat reçu à l’avance. « On m’a donné 30 certificats à mon nom. J’ai eu le temps de faire 10 bureaux. Russie unie va de toute façon falsifier les résultats et moi j’ai besoin d’argent avant Noël », a-t-il expliqué. Zoïa Svetova, journaliste et observatrice indépendante, a affirmé qu’entre 20 000 et 30 000 représentants des jeunesses pro-Kremlin Nachi se livraient à la même pratique à Moscou. « Ils vont d’un bureau à l’autre avec ces certificats et votent pour Russie unie. Il est très difficile de les prendre en flagrant délit », a-t-elle déclaré. Le mouvement Nachi a, lui, annoncé qu’il réunirait de dimanche à mardi jusqu’à 15 000 militants à Moscou pour « neutraliser » toute action visant à contester le scrutin.
« Ce sont les élections les plus scandaleuses de l’histoire (russe) », a déclaré le politologue Dmitri Orechkine, à l’origine du mouvement « Observateur citoyen », associé à l’ONG Golos. Selon plusieurs opposants, ces législatives constituent un net recul pour la démocratie. « On ne peut pas parler d’élection, en raison des fraudes massives et organisées de manière systématique par le parti au pouvoir. Il vaut mieux ne pas utiliser ce mot », a déclaré Sergueï Kovalev, ancien prisonnier politique à l’époque soviétique et aujourd’hui critique du Kremlin. Au sein de l’opposition, certains estiment que ces élections témoignent aussi d’une prise de conscience accrue d’une partie de la population. « L’état d’esprit des gens a changé, il y a une certaine effervescence. Les gens acceptent de plus en plus mal les fraudes », estime Sergueï Loukachevski, directeur du Centre Sakharov. Un sentiment partagé par Zoïa Svetova : « La mobilisation des citoyens est quelque chose de nouveau. Les gens vont dans les bureaux de vote, filment les fraudes et mettent ça sur Internet. Le mécontentement va augmenter et il peut y avoir une explosion de mécontentement au cours de l’élection présidentielle (en mars), face à l’arrogance du pouvoir. »
(Source : agences)



L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef