La grève des pilotes de la MEA, entamée lundi, se poursuit, et son déroulement fait ressurgir plus d’un enjeu. D’abord, l’affaire, profondément humaine, du pilote Joseph Ayat, atteint de cancer au stade un et licencié, à peine sa thérapie commencée. Le mouvement de protestation déclenché à la suite de la décision de licenciement est un immanquable signe de solidarité. Une solidarité mue, certes, par une compassion indignée, mais surtout, par « le sentiment d’injustice » que les 180 pilotes, à l’exception de 14 qui ont démissionné de leur syndicat, sont déterminés à exprimer. Cette injustice serait, selon des sources qui suivent de près le dossier, le fait de l’administration de la MEA, qui « tente depuis plusieurs années d’écraser la caste des pilotes, alors que ce sont ceux-là mêmes qui ont contribué, aux détriments de leurs propres salaires et bénéfices, au redressement de la compagnie au cours des nombreuses crises qui ont secoué le pays ». Ce sont donc des revendications socio-économiques qui viennent se greffer sur une mobilisation de solidarité, dont la symbolique résume tout « le comportement hautain que l’administration manifeste à l’égard des pilotes », selon les mêmes sources.
Hier, un nouveau grief est venu s’ajouter à la grève, qu’une réunion entre le syndicat des pilotes et des représentants de l’administration de la MEA promettait pourtant de résoudre, d’autant qu’elle s’est tenue en présence du ministre du Travail Charbel Nahas, déterminé à jouer un rôle de médiateur. « Nous avons décidé de maintenir la grève, jusqu’à ce que l’administration retire les lettres d’avertissement et paie les salaires de ce mois aux pilotes qui y ont participé », a affirmé hier le président du syndicat des pilotes, Fadi Khalil. Avant-hier encore, des menaces de licenciements et de sanctions salariales pesaient déjà sur ces derniers pour les amener à reprendre le travail. Selon les pilotes en grève, ces menaces se seraient déjà traduites en actes, puisqu’ils n’ont pas touché leur salaire dû pour le mois écoulé, alors qu’il devait leur être versé au plus tard hier. De plus, M. Khalil fait état de coupes salariales que l’administration, lors de la réunion d’hier, « nous a imposées sur plusieurs mois à venir, à raison d’une diminution équivalant à cinq jours de salaire par mois, pour dédommager la société des pertes que la grève lui a fait subir ». Le président du syndicat a déploré « cette politique inacceptable qui consiste à punir les grévistes pour avoir pratiqué leur droit ».
Ferme dans sa position, le PDG de la MEA, Mohammad el-Hout, transmet un autre son de cloche, tout aussi indigné. « Qui agit d’une manière hautaine, si ce n’est toute l’équipe de pilotes qui manifeste depuis plusieurs jours ? Pareille grève n’a d’équivalent nulle part ailleurs, surtout qu’elle manque de fondement et de véridicité », a-t-il martelé à L’Orient-Le Jour. Il a souligné « l’inopportunité de cette mobilisation alors que le pays traverse une période difficile », rappelant dans ce cadre que « les pilotes avaient déjà fait état de leurs griefs en 2010 et l’accord que nous avons signé alors ne prend pas fin avant 2013. Pourquoi donc provoquer une nouvelle vague de mécontentement ? » a-t-il ajouté. S’il accuse les pilotes de vouloir, plutôt que soutenir leur collègue, introduire en réalité un nouveau style d’action en appui à leurs revendications, les pilotes de leur côté n’occultent pas ces revendications, et leur consternation, d’abord affective, n’a pas manqué de retentir au niveau de l’opinion.
Cri de « dignité »
L’affaire du pilote Ayat semble toutefois avoir été « résolue par un compromis qui consiste à appliquer le code de travail, quitte à recourir à une commission judiciaire pour trancher le litige », selon M. Khalil. Cette solution aux contours incertains est qualifiée par M. el-Hout « de consécration de ce que l’administration a déjà effectué, puisque nous appliquons le code de travail depuis le début ».
Mais ce ne sont pas les parties de salaires dues à M. Ayat, en vertu de la loi régissant le paiement salarial en période d’absence-maladie, que le pilote escompte. Cette somme, « modique par rapport au salaire global des pilotes, n’est pas l’objet de la grève. C’est une revendication de dignité que nous affirmons, celle d’hommes compétents et fiers, à l’instar du cèdre qu’ils arborent », concluent des sources proches de l’affaire.


Une délégation FL en tournée à Hasbaya et Marjeyoun en soutien aux habitants du Sud
Des menaces de licenciements et de sanctions salariales encore un autre échantillon avec la MEA et du patronnat libanais en général et qui poussent nos jeunes à émigrer et trouver un travail dans des pays qui respectent au moins les droits de l'Homme . Naizra.A.Sabbagha
06 h 15, le 01 décembre 2011