« La démission du gouvernement est le premier fruit d’une campagne contre la corruption lancée par la jeunesse », s’est réjoui hier un député de l’opposition, Fayçal al-Muslim, sur Twitter. L’opposition évite toutefois tout parallèle entre cette campagne et le printemps arabe qui a emporté depuis le début de l’année quatre chefs d’État, soulignant que la campagne n’est pas dirigée contre l’émir ou sa famille. « Le printemps arabe a atteint le Koweït, mais avec une différence », a expliqué Abdel Rahman al-Mutaïri, un jeune étudiant qui a vécu la révolution égyptienne, ajoutant que « personne ici ne demande le renversement du régime ».
Le Koweït, assis sur le dixième des réserves mondiales de pétrole, est un véritable État providence pour ses citoyens. Le pays a amassé plus de 300 milliards de dollars de réserves en douze ans grâce aux prix élevés du pétrole et a augmenté les salaires des Koweïtiens que les observateurs étrangers s’étonnent de voir manifester. Rappelons que dans le Golfe, le Koweït a été le premier à élire dès 1962 un Parlement et à se doter d’une Constitution relativement libérale, mais beaucoup pensent qu’après 50 ans, un changement démocratique est nécessaire. Le pays a un système unique, souvent décrit comme une « demi-démocratie » avec un Parlement qui peut renverser le Premier ministre et les ministres individuellement, mais pas tout le cabinet. L’émir a par ailleurs le pouvoir de nommer le Premier ministre qui a toujours été choisi au sein de sa famille, celle des al-Sabah, qui règne depuis plus de 250 ans.
Un groupe de jeunes avait ainsi appelé en septembre à une véritable monarchie constitutionnelle, un Premier ministre de l’extérieur de la famille régnante et des réformes du système électoral. Le parti Oumma (islamique) a demandé de son côté une légalisation des partis politiques, un gouvernement élu et une commission électorale indépendante. Le Mouvement progressiste, un groupe de libéraux, a quant à lui appelé à des réformes profondes pour aboutir à un « système parlementaire complet ».
« Je pense que la meilleure solution consistera à écrire une Constitution entièrement nouvelle (...) lors d’une conférence nationale élargie », a estimé l’analyste politique Dahem al-Qahtani.
Outre les réformes politiques, des groupes et des militants ont fait pression pour des réformes économiques pour mettre fin à la forte dépendance du pays par rapport aux revenus du pétrole qui fournit 94 % des recettes publiques. L’expert économique Jassem al-Saadoun a ainsi évalué que le pays aurait besoin d’un miracle pour maintenir le rythme actuel des dépenses publiques qui sont passées de 14,5 à 70,5 milliards de dollars entre 2000 et 2011. La facture pour les subventions et les salaires a été multipliée par six, à 47 milliards de dollars en cinq ans.
(Source : AFP)


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