Face à cette répression qui ne faiblit pas, les ministres arabes des Affaires étrangères tiennent aujourd’hui au Caire une nouvelle réunion sur la situation en Syrie, sous la présidence du Qatar. L’ultimatum de la Ligue pressant Damas de cesser la répression a pris fin samedi à minuit, exposant désormais la Syrie à des sanctions économiques arabes. L’Algérie, longtemps alliée de Damas, a pressé hier la Syrie de préserver les chances de parvenir à une « solution arabo-arabe » afin d’éviter « une internationalisation de la crise ».
Mais c’est naturellement la Turquie qui a été le plus loin : de Londres où il se trouvait hier, le président Abdullah Gül a affirmé que la Syrie était « arrivée à un point de non-retour » et qu’il redoutait des troubles – et un « bain de sang » – dans l’ensemble de la région.
En attendant, une ONG syrienne a annoncé hier également qu’elle allait poursuivre en justice des ministres pour violation de la loi fixant la durée de la détention préventive à un maximum de 60 jours, alors que de nombreuses personnes sont incarcérées depuis plus de cinq mois. « Nous allons intenter un procès aux ministres de l’Intérieur et de la Justice pour chaque cas où est dépassée la durée légale de détention préventive, pour les cas de torture et au nom des parents qui n’ont pas de nouvelles de leurs enfants », a affirmé dans un communiqué Anwar al-Bounni, président du Centre d’études et de recherches juridiques basé à Damas.
L’ONU condamne encore une fois...
Par ailleurs, la commission d’enquête internationale sur les violations des droits de l’homme commises en Syrie doit présenter ses conclusions lundi, selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. Déplorant que Damas n’ait toujours pas autorisé la présence des experts onusiens sur le territoire syrien, le Haut-Commissariat a indiqué qu’ils ont eu des entretiens avec des « victimes » et « témoins » de « violations des droits de l’homme en Syrie ». La commission a également rencontré des missions diplomatiques, des partenaires de l’ONU, des organisations régionales (dont l’Organisation de la coopération islamique, l’Union européenne, la Ligue arabe), des représentants de la société civile et des organisations des droits de l’homme, a ajouté le Haut-Commissariat, soulignant par ailleurs que la commission « espère engager un dialogue positif avec les autorités dans un proche avenir, d’autant plus, spécifie-t-elle, que les experts doivent produire un rapport de suivi pour mars 2012.
Rappelons qu’avant-hier mardi, la commission des droits de l’homme de l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté une résolution condamnant la répression sanglante en Syrie, les pays européens espérant que le Conseil de sécurité lui emboîtera le pas. La résolution, adoptée à une large majorité de 122 votes pour, 13 contre et 41 abstentions – dont celles notables de la Russie et de la Chine –, condamne les « exécutions arbitraires et l’usage excessif de la force » contre les manifestants qui réclament le départ du président Bachar el-Assad. Elle appelle les « autorités syriennes à cesser immédiatement toutes les violations des droits de l’homme », de même que la « persécution » des manifestants. Cette résolution est coparrainée par plus de soixante pays, dont six pays arabes : Arabie saoudite, Maroc, Jordanie, Qatar, Bahreïn et Koweït. À l’issue du vote, l’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, a accusé la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne d’incitation à la guerre civile dans son pays.
Enfin, l’UE œuvre à la mise en place d’un nouveau train de sanctions contre la Syrie visant à couper les circuits de financement du régime Assad, a indiqué hier un diplomate européen. Ces sanctions, qui comporteraient une interdiction européenne d’investir dans les banques, les compagnies d’assurances et les obligations d’État syriennes, pourraient être entérinées la semaine prochaine, a précisé ce diplomate. Les mesures de rétorsion devraient également prévoir une interdiction pour les banques syriennes d’ouvrir de nouvelles succursales en Europe. Un accord préliminaire a été trouvé cette semaine au niveau technique, mais les discussions doivent se poursuivre et la liste des mesures pourrait évoluer d’ici à la réunion des ministres européens des Affaires étrangères le 1er décembre.
(Source : agences
et rédaction)

