Peu après l’annonce, la télévision publique a affirmé que l’armée avait refusé cette démission, citant une source militaire. Mais le ministre de l’Information Osama Haikel, cité par l’agence officielle MENA, a déclaré ensuite que l’armée ne s’était pas encore prononcée. Une source militaire a indiqué que les généraux s’efforçaient de trouver un accord sur un successeur de l’actuel Premier ministre, Issam Charaf, avant de se prononcer.
Le CSFA « appelle en urgence toutes les forces politiques et nationales à un dialogue pour examiner les causes qui ont aggravé la crise actuelle et les moyens d’en sortir le plus rapidement possible afin de préserver la paix nationale », selon un communiqué publié tard le soir. En outre, le CSFA exhorte « l’ensemble des forces politiques et nationales ainsi que tous les citoyens à s’engager (à rétablir) le calme et à créer un climat de stabilité au travers le processus politique visant à instaurer un régime démocratique ».
Sur la place Tahrir, les dizaines de milliers de manifestants scandaient toujours « Le peuple veut la chute du maréchal » Hussein Tantaoui, à la tête du Conseil militaire. « C’est bien. Maintenant c’est le CSFA qui doit démissionner et répondre de ses actes devant nous », a réagi Tarek Sabri, un enseignant de 35 ans. « Nous avons besoin d’un gouvernement qui a de véritables pouvoirs. Aucun gouvernement sous l’égide du CSFA n’a de valeur », a renchéri Mohammad al-Hita, un militant de 24 ans. La police tirait toujours des grenades lacrymogènes sur les manifestants, qui répondaient en jetant des pierres, répartis en petits groupes sur la place et aux alentours de ce lieu emblématique. Les accrochages les plus durs se déroulaient aux abords du ministère de l’Intérieur, cible privilégiée des manifestants et sous forte garde des forces antiémeute, près de la place. La télévision publique a continué de retransmettre ces scènes en direct, comme elle le fait depuis le début des affrontements. « Nous avons renversé seulement Moubarak, mais son régime et la junte militaire sont encore là », affirme Hossam el-Hamalawy, un militant de gauche, ajoutant : « Ce qui ce passe, c’est la suite de la révolution. » « Les salauds qui nous dirigeaient avant sont toujours en place. Je ne vois aucune différence entre aujourd’hui et le 25 janvier », date du début du soulèvement populaire, dénonce Mohammad Anwar, un employé de 31 ans.
Craintes pour les élections
Rappelons que la démission du gouvernement intervient à une semaine des premières élections législatives depuis le départ de Hosni Moubarak, chassé du pouvoir par une révolte populaire le 11 février, alors que les heurts font craindre que le scrutin, qui doit s’étaler sur plusieurs mois, soit émaillé de violences. Selon le ministère de la Santé, 24 personnes ont déjà été tuées et des centaines d’autres blessées au cours des trois derniers jours d’affrontements, notamment sur la place Tahrir au Caire, épicentre du soulèvement populaire du début de l’année. Des responsables d’une morgue au Caire ont fait état de leur côté de 33 morts, la quasi-totalité ayant péri au Caire. Le ministère de l’Intérieur a accusé dans un communiqué les manifestants d’avoir lancé des cocktails Molotov et tiré avec des fusils de chasse sur les forces de l’ordre, faisant 112 blessés dans leurs rangs. Le communiqué fait état de « 116 émeutiers arrêtés au Caire, 46 à Alexandrie et 29 à Suez ».
La colère gronde de plus en plus contre le Conseil militaire accusé de vouloir se maintenir au pouvoir, de ne pas tenir ses promesses de réformes et de poursuivre la politique de répression de l’ère Moubarak. Des mouvements égyptiens, dont la Coalition des jeunes de la révolution et le Mouvement du 6 avril, ont appelé à une manifestation massive aujourd’hui après-midi sur la place Tahrir pour réclamer la fin du pouvoir militaire et la formation d’un « gouvernement de salut national ». Et des dizaines de diplomates égyptiens ont appelé à « la fin immédiate des attaques contre les manifestants pacifiques ».
Dans le même temps, la Ligue arabe, qui s’exprimait pour la première fois sur ces événements, a appelé au calme, exhortant les acteurs politiques à travailler au « changement démocratique ».
La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, ont appelé quant à eux au « respect des droits de l’homme ». Paris, Londres, Rome et Berlin ont fait part de leur préoccupation, tandis que les États-Unis « profondément inquiets », ont appelé « à la retenue ».
(Source : agences)

