Abdelhakim Belhaj, chef du Conseil militaire de Tripoli qui disposerait d’une petite armée de fidèles, a réclamé jeudi soir « certains portefeuilles ministériels bien précis » dans le prochain gouvernement, dont la formation devrait être annoncée demain. Pour mener à bien la délicate transition après quatre décennies de règne sans partage de Mouammar Kadhafi, le Premier ministre Abdel Rahim al-Kib a affirmé que son gouvernement serait composé de technocrates. Mais c’était sans compter avec les pressions des tribus et des factions armées. Ancien chef du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), M. Belhaj a appelé à un « gouvernement fort avec la collaboration de tous les thowar », ces civils qui ont pris les armes contre le régime de Kadhafi, répartis en dizaines de brigades qui n’ont pas été démantelées. « Il est dangereux de dire que le travail des thowar est fini » maintenant que le régime de Kadhafi est tombé et que le pays est « libéré », a-t-il ajouté d’un ton menaçant.
L’un de ses rivaux, Abdallah Naker, chef du Conseil des thowar de Tripoli, a réuni jeudi soir des commandants de plusieurs régions du pays pour dénoncer la nomination dans l’est du pays d’un chef d’état-major pour la nouvelle armée, qui attend toujours d’être officiellement reconstituée. Dans la matinée, environ 150 officiers et sous-officiers de l’ancienne armée libyenne, ralliés à la rébellion, s’étaient réunis à al-Baïda pour approuver à l’unanimité la nomination de Khalifa Haftar comme chef d’état-major et annoncer la « réactivation » de l’armée. Rassemblés en ce qu’ils ont appelé « l’Union des thowar de Libye », les participants à la réunion autour de M. Naker ont réclamé le report de la nomination d’un chef d’état-major jusqu’à ce que le nouveau gouvernement soit formé. À la tête lui aussi de quelques milliers de combattants et originaire des montagnes de Nefoussa, Abdallah Naker a également réclamé que les thowar aient une place dans le prochain gouvernement.
Congrès public des Frères musulmans
Outre les anciens combattants rebelles, les islamistes, durement réprimés sous l’ancien régime, représentent comme dans les autres pays du printemps arabe la force politique montante et la plus organisée du moment en Libye. Les Frères musulmans libyens ont ouvert jeudi soir à Benghazi, berceau de la rébellion, leur premier congrès public dans le pays depuis près de 25 ans. « C’est un jour historique pour nous et pour le peuple libyen », a déclaré Souleimane Abdel Kader, le chef de la confrérie en Libye. La confrérie assure promouvoir un islam modéré et se dit prête à partager le pouvoir dans le cadre d’un État démocratique. « Nous voyons dans l’islam le fondement de la liberté, de la justice et de l’égalité », a insisté M. Abdel Kader.
Sur un autre plan, des centaines de partisans de Kadhafi « ont fui la Libye vers le Sahel avec des armes et des munitions », a affirmé hier à Tanger (nord du Maroc) l’ancien ministre libyen des Affaires étrangères Abdel Rahman Chalgham. Il a en outre accusé le Qatar de fournir des armes et des fonds aux islamistes libyens, intimant à l’émirat du Golfe de cesser toute ingérence dans les affaires intérieures de Tripoli.
Au niveau international, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté à une écrasante majorité la réintégration de la Libye au Conseil des droits de l’homme, après sa suspension en mars quelques mois avant la chute de Mouammar Kadhafi. « Le peuple de Libye s’est débarrassé du tyran et a entamé un processus politique pour établir un État démocratique qui respecte les droits de l’homme et les libertés fondamentales », a souligné l’ambassadeur adjoint libyen, Ibrahim Dabbashi, devant l’assemblée. Au total 123 pays ont voté pour la résolution, quatre ont voté contre, le Nicaragua, le Venezuela, l’Équateur et la Bolivie, et six se sont abstenus. La Libye avait été admise au Conseil des droits de l’homme en 2010.
(Source : agences)


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