L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a dévoilé mardi un document dans lequel elle exprime de « graves inquiétudes » concernant le programme nucléaire iranien, s’appuyant sur des informations « crédibles » selon lesquelles Téhéran œuvre à la mise au point de l’arme atomique. Aussitôt Washington et les Européens ont fait part de leur intention d’imposer de nouvelles sanctions à la République islamique. La Russie s’est toutefois opposée à un nouveau train de mesures, ce qui rend improbable toute action en ce sens au Conseil de Sécurité de l’ONU. Sans marge de manœuvre aux Nations unies, les États-Unis et l’Union européenne pourraient décider de sanctionner directement les exportations iraniennes de pétrole ou la Banque centrale iranienne. Mais une telle manœuvre heurterait l’économie européenne, qui s’enfonce dans la crise jour après jour.
« L’Europe est visiblement très concentrée sur elle-même en ce moment, avec les difficultés économiques qu’elle connaît », observe Michael Singh, ancien responsable du dossier du Moyen-Orient au Conseil de sécurité nationale, instance qui relève de la Maison-Blanche. « Je ne pense pas qu’ils vont envisager quelque chose qui s’ajouterait à leurs problèmes », dit-il.
Washington interdit déjà à ses citoyens et aux entreprises américaines de commercer avec l’Iran. Des sanctions visant la Banque centrale elle-même reviendraient principalement à empêcher toute entité étrangère faisant affaire avec elle à poursuivre ses activités sur le sol américain. L’impact pourrait être énorme. La Banque centrale d’Iran est considérée comme un élément pivot de l’industrie pétrolière du pays, reversant au gouvernement le produit de la vente d’énergie (qui représente 70 % des revenus de Téhéran). Alors qu’Israël menace de plus en plus ouvertement d’attaquer militairement l’Iran, les États-Unis ont réaffirmé jeudi leur opposition à une telle hypothèse. Une action militaire visant le programme nucléaire iranien pourrait avoir un « grave impact » dans la région sans pour autant dissuader Téhéran de poursuivre son projet, a mis en garde le chef du Pentagone, Leon Panetta.
Pour Lawrence Eagles, analyste du marché pétrolier chez JPMorgan Chase, « des sanctions vraiment sévères ou une action militaire contre l’Iran présentent clairement des risques géopolitiques qui entraîneront une hausse des cours du pétrole ». Il estime que les six premiers acheteurs d’or noir iranien – la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et l’Espagne – importent environ 1,7 million de barils chaque jour. « Où trouvera-t-on 1,7 million de barils par jour pour remplacer le brut iranien », s’interroge l’analyste. Soulignant que « les Européens veulent probablement être assurés qu’il n’y aura pas de hausse subite des cours », M. Singh juge envisageable de trouver une solution permettant « de ne pas interdire à l’Iran d’exporter son pétrole tout en lui compliquant la récolte des paiements ».
« Nous sommes en mesure de sanctionner la Banque centrale et de forcer la communauté internationale à faire de même », estime Michael Rubin, un expert du centre de réflexion conservateur American Enterprise Institute, reconnaissant que cela soulève certaines questions militaires et diplomatiques. « Le problème avec un embargo, c’est qu’il faut le faire respecter : que se passe-t-il quand quelqu’un tente de le déjouer », se demande M. Rubin, remarquant que « c’est un chemin glissant vers la guerre ».
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