À Jabal al-Zaouiya, à Idleb (Nord-Ouest), dans certains quartiers de Homs (centre), de Banias et de Lattaquié (Ouest), et dans des localités de la région de Deraa (Sud-Ouest), « les gens manquent d’argent, ils vivent dans la pauvreté », assure M. Abdel Rahmane. « Les foyers manquent de mazout pour se chauffer », car le fioul est utilisé par les chars syriens déployés à travers le pays, ajoute le militant des droits de l’homme. « Il faut patienter trois à quatre heures pour se procurer quelques litres de mazout », se lamente un chauffeur de taxi à Damas, qui dit utiliser désormais un poêle électrique pour se chauffer. Des opposants estiment que « le régime tente de resserrer l’étau autour de ces régions dans le but de leur faire sentir l’impact des sanctions internationales » exercées sur la Syrie. L’activité économique est au ralenti, l’achat de biens de consommation est en berne et les hôtels sont vides.
Les violences ont eu raison du secteur touristique, qui employait 11 % de la main-d’œuvre, générant plus de 7,6 milliards de dollars en 2010, soit 12 % du PIB, selon Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient.
« Le commerce extérieur a baissé de plus de 50 %, les investissements étrangers ont cessé, la fuite des capitaux s’est accélérée », notamment vers Dubaï, affirme M. Salem. Des experts économiques et des hommes d’affaires syriens évoquent des transferts de plus de quatre milliards de dollars hors de Syrie depuis le début de la contestation en mars, alors que la livre syrienne a perdu 10 % de sa valeur face au dollar. L’Union européenne et les États-Unis ont imposé de sévères sanctions commerciales au régime syrien pour dénoncer la répression, qui a fait plus de 3 500 morts parmi les civils, selon l’ONU. Le manque à gagner atteint près de 450 millions de dollars par mois depuis l’embargo européen décrété en septembre sur les livraisons de pétrole syrien, une source-clé de revenu, selon des experts.
L’UE prépare en outre un gel des crédits de la Banque européenne d’investissement (BEI) à la Syrie, dans le cadre d’un nouveau train de sanctions.
En 2009, la BEI avait prêté 275 millions d’euros au secteur de l’électricité syrien et 50 millions pour la remise en état d’infrastructures urbaines.
En septembre, le ministre syrien des Finances Mohammad Jleilati avait estimé que le taux de croissance devrait chuter d’environ 1 %, et reconnu que les sanctions européennes allaient avoir « un impact sur le commerce et l’industrie ».
« Le premier secteur frappé, c’est le tourisme, dont les recettes ont baissé de 90 %, et le citoyen sera le premier touché. Les transports, les importations, l’industrie, tout va être de plus en plus perturbé, et le chômage et la pauvreté vont s’accroître », avait précisé de son côté fin août le gouverneur de la Banque centrale de Syrie Adib Mayaleh. Mais, déjà avant la contestation, l’économie syrienne était confrontée à des défis considérables liés à la pauvreté qui touche 14 % des 22 millions de Syriens et au chômage qui frappe plus de 20 % de la population active.
Le ministre syrien de l’Économie Mohammad Nidal al-Chaar a révélé début novembre que les subventions gouvernementales des produits de première nécessité, comme les dérivés pétroliers, l’électricité et certains produits alimentaires, « n’allaient pas durer, l’économie syrienne traversant une période d’urgence ». « Il est nécessaire de trouver des moyens adéquats et rapides pour augmenter la demande et stimuler l’économie en finançant le déficit et en soutenant les exportations qui ont reculé à des niveaux » inédits, a-t-il dit lors d’une réunion.
(Source : AFP)

