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Lifestyle - Nostalgie - Liban

Assaad Abou Khodr, un artiste à sa façon

Assaad est un artiste à sa façon, très spontané. C’est avec ses gros pinceaux qu’il a peint, durant de longues années, les affiches de cinéma arabe et étranger. Art éphémère, maladroit, drôle ou touchant, fait pour durer une semaine, qui a disparu après les années 70.

Assaad Abou Khodr regrette l’heureux temps des affiches peintes à la main. Photo Carla HENOUD

Le visage est souligné d’une moustache blanche. Le regard, d’épais sourcils qui ont vu le temps passer. L’homme est grand, plutôt fort. Il se déplace à vélo, son matériel rangé dans une boîte en bois derrière lui. À 66 ans, il vient d’acheter sa première voiture, rhumatismes obligent. « Je voulais aussi faire des promenades en famille », dit-il. Les mains sont larges, calleuses, et pourtant, ce sont ces longs doigts légèrement usés par trop de travail qui ont donné naissance à tant d’affiches cinématographiques. Immenses posters en toile que l’on montait après avoir achevé d’agrandir le portrait, et de lui donner des couleurs et des sourires. Et que l’on démontait après usage pour y apposer un nouveau travail, une semaine plus tard. Ainsi allait la vie... Assaad se souvient, en grillant une « Cedars » au bout de ses doigts usés.
Dans sa maison en pierres délavées, miraculeusement rescapée de l’avidité des promoteurs, Assaad Nicolas Abou Khodr vit avec ses quatre enfants depuis plus de 40 ans. Derrière lui, une nature morte qu’il signale fièrement, même s’il tient à souligner, juste après, qu’il n’est pas un artiste mais plutôt un artisan. « J’ai appris le métier par hasard », précise-t-il. L’enfant quitte l’école au certificat. Son père l’introduit alors à un peintre dessinateur, « un voisin », spécialisé dans les affiches de cinéma. « On me donnait des choses faciles, se souvient-il. Au début, je remplissais le noir des cheveux, les espaces des lettres qu’avait dessinées le calligraphe. J’observais pour apprendre. » L’apprenti, qui ne jurait que par ses maîtres Khalil el-Achkar puis Élie Majdalani, est assigné à des tâches plus complexes, comme les habits, les voitures, les bicyclettes, un pneu. Avec le temps, Assaad maîtrise suffisamment le pinceau pour s’attaquer au portrait. Il a connu des stars, Marylin, BB, Elizabeth Taylor, Faten Hamama, Sabah, Nadia Gamal, la Vierge Marie. Sa préférée ? « Je ne préférais personne. Je faisais mon boulot. » Mais, confie-t-il, « c’était plus facile de dessiner les étrangères. Elles étaient plus claires et leur visage n’était pas connu. Pas besoin de faire quelque chose de ressemblant, comme pour les stars arabes où tous les détails comptaient ». L’atelier d’Assaad était sa maison. À l’étroit, mais ce n’était pas si grave, il déroulait l’immense toile et la remplissait de rêve d’étoiles. « Il n’y avait même plus de place pour poser mon pied ! » Le travail, certes artistique, était également physique. Grimper sur une échelle, accrocher la bannière, la retirer, quelques jours plus tard, et recommencer les mêmes gestes. La satisfaction était grande. L’argent suffisant pour vivre. « On entrait aux cinémas gratuitement. Ils nous connaissaient tous, au Roxy, à l’Empire, au Rivoli ou au Capitole ! »
Ainsi allait la vie avant que n’éclate la guerre de 1975. Les salles de cinéma sont devenues de plus en plus obscures. L’heure n’était plus au divertissement. Puis les films historiques ont été remplacés par les films de karaté et autres films indiens et turcs. Petit à petit, l’ère du dessin à la main a disparu au profit du travail sur ordinateur, de l’impression ou de l’importation d’affiches.
Aujourd’hui, Assaad est principalement calligraphe. Il peint des dessins ou des textes sur des devantures de magasin, des « Montres à vendre », « Interdit de stationner ». Il grave des noms de disparus sur des pierres tombales. Et, à l’occasion, aide le croque-mort à « préparer le mort ».
Ainsi va la vie...

Le visage est souligné d’une moustache blanche. Le regard, d’épais sourcils qui ont vu le temps passer. L’homme est grand, plutôt fort. Il se déplace à vélo, son matériel rangé dans une boîte en bois derrière lui. À 66 ans, il vient d’acheter sa première voiture, rhumatismes obligent. « Je voulais aussi faire des promenades en famille », dit-il. Les mains sont larges, calleuses, et pourtant, ce sont ces longs doigts légèrement usés par trop de travail qui ont donné naissance à tant d’affiches cinématographiques. Immenses posters en toile que l’on montait après avoir achevé d’agrandir le portrait, et de lui donner des couleurs et des sourires. Et que l’on démontait après usage pour y apposer un nouveau travail, une semaine plus tard. Ainsi allait la vie... Assaad se souvient, en grillant une...
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