Des milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Misrata, la grande ville libyenne dont les combattants ont capturé l’ex-dictateur Mouammar Kadhafi, pour fêter la « Libye libre ».Philippe Desmazes/AFP
« Déclaration de libération : levez haut vos têtes, vous êtes des Libyens libres », a ainsi déclaré le vice-président du Conseil national de transition (CNT), Abdel Hafez Ghoga, lors d’une cérémonie devant une foule en liesse sur la place centrale de Benghazi, où, dans une marée de drapeaux vert, noir et rouge, des dizaines de milliers de civils et de combattants se sont rassemblés. La cérémonie s’est ouverte avec le nouvel hymne national, puis des responsables des nouvelles autorités se sont succédé à la tribune pour dire leur joie et leur fierté de voir le pays libéré, ponctuant leurs discours de vibrants « Allah w Akbar ».
Peu après cette cérémonie, Paris a salué « le courage, l’unité, la dignité » du peuple libyen, Londres a évoqué une « victoire historique pour le peuple libyen », Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, dont les opérations en Libye doivent prendre fin le 31 octobre, a estimé que le courage et la détermination des Libyens avaient « inspiré le monde » et Barack Obama a salué le début d’une « nouvelle ère de promesses », tout en se prononçant pour une « réconciliation nationale ».
Selon la feuille de route des nouvelles autorités publiée en septembre, la proclamation d’hier doit être suivie au plus tard dans un mois par la mise en place d’un gouvernement de transition. Le numéro deux du CNT, Mahmoud Jibril, confirmant sa démission de son poste de chef de l’exécutif, a assuré hier que des pourparlers étaient déjà en cours ; un processus qui « devrait prendre entre une semaine et un mois approximativement », mais qui risque d’être compliqué par de multiples luttes de pouvoir : libéraux contre islamistes, tensions régionalistes, rivalités tribales, ambitions individuelles ou pour le contrôle des revenus du pétrole... Le nouveau gouvernement devra ensuite organiser dans un délai de huit mois l’élection d’une Assemblée chargée de désigner un comité pour rédiger une nouvelle Constitution et d’organiser des élections générales dans un délai maximum d’un an après sa formation.
La charia
« En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia comme loi essentielle, et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue », a indiqué de son côté le président du CNT Moustapha Abdeljalil. À la mi-septembre, le chef des autorités de transition avait déjà affirmé que l’islam serait la principale source de législation dans la nouvelle Libye et rejeté toute « idéologie extrémiste ». Il a cité en exemple la loi sur le divorce et le mariage qui, sous le régime de Mouammar Kadhafi, interdisait la polygamie et autorisait le divorce. Il a également annoncé l’ouverture de banques islamiques qui conformément à la charia interdisent de toucher des intérêts. Il a par ailleurs demandé que les Libyens cessent de marquer leur joie par des tirs en l’air soulignant que « remercier Dieu ne veut pas dire tirer ».
Outre ces défis pesant sur l’avenir, la joie des Libyens a été assombrie par la polémique autour des circonstances de la mort de Mouammar Kadhafi, tué après avoir été capturé vivant. Selon M. Jibril, une autopsie réalisée hier matin a conclu que l’ancien dirigeant avait été tué d’une balle dans la tête lors d’un échange de tirs sur le chemin de l’hôpital. Pour le Royaume-Uni, cet incident a « un peu terni » la réputation du Conseil national de transition. « Ce n’est pas une façon de procéder (...). Nous aurions aimé voir le colonel Kadhafi devant la justice », a ainsi déclaré le ministre britannique de la Défense, Philip Hammond. Il n’en reste pas moins que M. Abdeljalil a assuré qu’une investigation était en cours, tandis que M. Jibril s’est dit « totalement d’accord » avec l’ouverture d’une enquête internationale. Un responsable du CNT a par ailleurs annoncé que le corps de M. Kadhafi serait à terme remis à ses proches, qui décideraient « en concertation avec le CNT » du lieu de sépulture.
(Sources : rédaction et agences)


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16 h 20, le 25 octobre 2011