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Liban - Éclairage

L’impasse syrienne et la donne libanaise

Alors que la médiation de la Ligue arabe se dirige vers une mort clinique, la situation en Syrie continue de diviser les Libanais entre ceux qui croient que la chute du régime est inévitable, voire imminente, et ceux qui pensent que Bachar el-Assad s’en est pratiquement sorti. La réalité, comme c’est souvent le cas d’ailleurs, se situe pourtant entre ces deux positions extrêmes.
De retour de Syrie, les visiteurs rapportent ainsi que le régime tient parfaitement la situation dans les grandes villes, notamment à Alep et à Damas, où des incidents se produisent régulièrement, mais sont vite circonscrits. Dans les régions éloignées, la situation est plus confuse. Les petites localités sont souvent livrées aux brigands et autres fauteurs de troubles qui ne sont pas forcément avec l’opposition mais profitent du fait que les forces de l’ordre sont occupées ailleurs. À l’heure actuelle, le véritable problème pour les autorités syriennes est concentré à Homs où le chaos sécuritaire semble régner. Dans cette ville au tissu social diversifié, les forces de l’ordre n’ont aucun contrôle sur des quartiers entiers, qui sont entre les mains de l’opposition. Mais les autorités restent globalement confiantes, préférant laisser l’opposition s’épuiser ou sombrer dans la violence, ce qui à leurs yeux ne pourrait que la discréditer auprès de la population. D’ailleurs, tout le monde (ou presque) reconnaît désormais que la violence est le fait des deux camps. Selon de nombreuses personnalités libanaises qui se sont rendues récemment en Syrie, le régime de Bachar el-Assad est plutôt serein, convaincu que la situation ne peut qu’évoluer en sa faveur. Il se considère protégé des interventions étrangères et des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU par le veto chinois et russe, qui s’inscrit dans une stratégie de longue haleine pour ces deux États et n’est donc pas une position ponctuelle sujette à des changements. De même, il se considère protégé sur le plan interne par la solidité de ses institutions, notamment l’armée et les forces sécuritaires, qui n’ont pas connu, sept mois après le début de l’insurrection, des défections significatives. La Turquie, qui représentait une menace réelle pour le régime syrien avec son plan de créer une zone tampon à la frontière et de donner ainsi un bastion à l’opposition en Syrie même, est actuellement plongée dans ses propres problèmes avec les Kurdes mais aussi avec les différentes composantes de son tissu social. Fer de lance du plan américano-européen de déstabilisation de la Syrie, la Turquie est pratiquement paralysée aujourd’hui, et les déclarations virulentes contre le régime syrien de ses responsables ainsi que leur appui considérable à l’opposition syrienne ne constitueraient donc pas une véritable menace pour Assad.
Par contre, le véritable problème du régime syrien serait ailleurs. Il résiderait essentiellement dans l’approfondissement du clivage communautaire entre les différentes composantes de la société syrienne, et notamment entre les sunnites et les alaouites. Désormais, les membres des deux communautés se critiquent ouvertement, alors que, pendant de nombreuses années, l’approche confessionnelle était en apparence inexistante en Syrie. S’il existait effectivement un plan de déstabilisation confessionnelle dans la région par le biais de l’exacerbation des susceptibilités entre les sunnites et les chiites, comme l’affirme le camp hostile aux Américains, il serait donc en train de marquer des points dans plusieurs pays de la région, et en particulier en Syrie. Cette nouvelle réalité entrave le processus de réformes voulu et annoncé par le régime Assad. Car dans un climat aussi exacerbé, et si les réformes devaient se concrétiser par un processus électoral, le régime pourrait tomber et c’est évidemment ce qu’il ne souhaite pas. C’est pourquoi il se trouverait dans une sorte d’impasse, convaincu de la nécessité de procéder à des réformes, mais hésitant à leur donner forme pour ne pas risquer sa survie. Ce qui permet d’aboutir à la conclusion suivante : le régime tient donc encore les rênes du pays et n’est pas sérieusement ébranlé. Mais il n’y a pas non plus d’issue en vue à la crise intérieure.
Le pouvoir a ainsi montré que son approche sécuritaire tant critiquée lui a permis de se maintenir en place et de pousser les opposants à recourir à la violence, mais il n’a pas encore trouvé de solution qui lui permette de calmer l’opposition. Face à un tel constat, de nombreuses chancelleries occidentales estiment que la crise syrienne devrait prendre encore du temps et que son issue reste incertaine. Les Libanais qui attendent donc un règlement rapide à cette crise seront ainsi déçus, et la classe politique libanaise qui attend l’évolution de la situation en Syrie pour bouger dans un sens ou dans l’autre devrait modifier ses plans et son approche. Le régime syrien semble être là pour rester, même s’il a moins de temps à consacrer aux développements locaux libanais. Ce qui pourrait être un développement positif si les Libanais, toutes tendances confondues, cessaient d’avoir l’œil sur la Syrie avant de prendre une décision qui les concerne. Sans parler de leurs montres, réglées en permanence à l’heure syrienne.
Alors que la médiation de la Ligue arabe se dirige vers une mort clinique, la situation en Syrie continue de diviser les Libanais entre ceux qui croient que la chute du régime est inévitable, voire imminente, et ceux qui pensent que Bachar el-Assad s’en est pratiquement sorti. La réalité, comme c’est souvent le cas d’ailleurs, se situe pourtant entre ces deux positions extrêmes. De retour de Syrie, les visiteurs rapportent ainsi que le régime tient parfaitement la situation dans les grandes villes, notamment à Alep et à Damas, où des incidents se produisent régulièrement, mais sont vite circonscrits. Dans les régions éloignées, la situation est plus confuse. Les petites localités sont souvent livrées aux brigands et autres fauteurs de troubles qui ne sont pas forcément avec l’opposition mais profitent du fait...
commentaires (8)

Entièrement d'accord avec Monsieur Hadjigeorgiou, le régime syrien agonise il fait parti du passé, Monsieur Bachar.el Assad est tombé dans le piège et il est effectivement " the closed chapter ". Heureusement ou malheureusement pour nous, difficile de connaître les répercussions sur le Liban de sitôt. Allah yestor. Marie José Malha.

Marie Jose Malha

09 h 24, le 20 octobre 2011

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Commentaires (8)

  • Entièrement d'accord avec Monsieur Hadjigeorgiou, le régime syrien agonise il fait parti du passé, Monsieur Bachar.el Assad est tombé dans le piège et il est effectivement " the closed chapter ". Heureusement ou malheureusement pour nous, difficile de connaître les répercussions sur le Liban de sitôt. Allah yestor. Marie José Malha.

    Marie Jose Malha

    09 h 24, le 20 octobre 2011

  • Pourquoi faut-il que le sort de la situation politique au Liban soit lié a la situation en Syrie. Laissons le régime syrien résoudre ses problèmes et occupons-nous de nos moutons. Quant a dire que "le régime syrien tient encore les rênes du pays et n’est pas sérieusement ébranlé" conduit a la question: Jusqu'a quand? N'oublions pas qu'il y a eu 3000 morts sans compter les militaires qui ont succombé, et le sang continue a couler. Que dire aux parents et amis de ces martyrs pour les amener a accepter le même régime. Pourraient-ils oublier leurs morts? Ils n'ont encore rien vu des réformes promises. Le prix qu'ils ont déjà payé est trop important par rapport a ce qui a été promis. Comment pourraient-ils oublier qu’ils ont été traités comme des ennemis du pouvoir et non pas comme des citoyens syriens ?

    Bardawil Michel Charles

    07 h 00, le 20 octobre 2011

  • Analyse intelligente Mme Haddad, malheureusement beaucoup ici ne lisent que ce qu'il veulent comprendre. Tout ce que vous dite l'a été avant cela, dans votre journal a travers mes commentaires. Le régime va tomber car comme vous le dite si bien, les haines se sont si exacerbées qu'il est impossible d’arrêter la machine en marche. La Syrie s'en est si bien servie qu'aujourd'hui l'arroseur se trouve arrosé et ne sait plus comment s'en sortir. L'imminence de la chute du régime est donc un fait. Dans la vie des nations l’année ne représente que des jours pour l’être humain normal et cela vous le savez bien Mme Haddad. Bashar ne saura plus se maintenir au pouvoir car il n'a plus beaucoup de choix et son peuple non plus: Soit il abdique et c'est le tribunal qui l'attend pour crime contre l’humanité sans oublier le TSL, soit il meurt, soit il applique les reformes et il part de toute manière, avant de se retrouver ici aussi en face des tribunaux. Le facteur temps n'est donc plus important autre qu'aux malheureux torturés ou massacrés par ses sbires. La seule action qui aurait sauver le régime aurait été aux moment des premiers faits, arrêter les responsable de son camps et les juger! Tout dictateur fini par tomber aux sons des sirènes de l’orgueil et de la fatuité.

    Pierre Hadjigeorgiou

    05 h 47, le 20 octobre 2011

  • D'où Scarlett Haddad tient-elle que la Turquie est "Fer de lance du plan américano-européen de déstabilisation du régime syrien"???? Pourquoi laisser croire que le régime peut s'en sortir sans examiner les conséquences de l'éclatement de facto de l'Etat-parti Bas? La société syrienne ne va-t-elle pas se trouver livrée pour longtemps à la violence? Pourquoi ne pas entrevoir les conséquences de cette contagion au sein de la société libanaise????Cette misère est pourtant toute proche, non?

    Beauchard Jacques

    04 h 58, le 20 octobre 2011

  • La conclusion de Scarlett est exactement ce que je dis depuis des mois...profitons de "l'allègement" de la pression syrienne pour régler nos problèmes entre libanais...c'est vrai.Mais les faits étant ce qu'ils sont,les choses ne se passent pas ainsi.. A la réflexion,est elle si allégée que çà,cette pression?N'est elle pas au contraire exacerbée dans les circonstances actuelles partant du principe que pour les dirigeants syriens nous sommes "un peuple,deux pays"?Et que fait Scarlett de la pression iranienne?Elle a disparu dans les limbes?Aussi entre les voeux pieux exprimés par Scarlett et la réalité,il y a (encore?) une différence notable.

    GEDEON Christian

    04 h 55, le 20 octobre 2011

  • Analyse objective, Madame Scarlett Haddad. Félicitations. Le réveil des appréhensions inter-communautaires est à son comble partout dans ce Moyen Orient en ébullition. La peur et l'insécurité des communautés sont réveillées, attisées, et commencent à être bien exploitées. Le Dialogue reste lettre morte, comme par entendement, dans tous les pays du Moyen Orient. Partout, on s'attaque à travers les médias, on refuse de s'asseoir ensemble et de débattre des problèmes, et ça empire les situations irrémédiablement. L'Ogre et la Chimère se donnent à coeur joie... et la bêtise et l'aveuglement traînent vers les bûchers, déjà dressés. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 45, le 20 octobre 2011

  • Nous voilà fixé sur la réalité du terrain, loin des prévisions magiques et des faux espoirs de ceux qui nous disaient ;de toute façon le régime va tomber bientôt , dans pas longtemps, incessemment. Mais la question est si cette situation est bénéfique aux syriens d'abord et aux libanais ensuite. Coté syrien, je pense que le chaos en l'état actuel, sans intervention étrangère pour le compte des comploteurs ne joue pas en leur faveur, car celui qui détient encore les rennes du pouvoir possède un avantage certain. Côté libanais, Scarlett le dit en conclusion et je pense qu'elle a raison, il serait extrêmement intelligent qu'ils accordent leurs violons en décidant de penser pour eux et par eux, comme le font les palestiniens en ce moment où le triomphe du Hamas a été ressenti par tous les palestiniens comme la victoire du peuple entier de Palestine.

    Jaber Kamel

    03 h 14, le 20 octobre 2011

  • - - Et Toc , à toutes celles et tout ceux qui attendaient la chute du régime Syrien , pour revenir aux affaires d'où ils ont été royalement éjecté . Vous ne reprendrez pas de service de sitôt , vous ne ramenez plus la corruption au pays du Cèdre , les choses vont dorénavant prendre une autre tournure , à commencer par les nominations qui vont s'accélérer , et d'autres décisions majoritaires qui seront proclamées bientôt en temps utile , voire après la non reconduction du TSL an mars prochain . Messieurs , accrochez vous bien .

    JABBOUR André

    00 h 06, le 20 octobre 2011

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