Coup sur coup, mardi et mercredi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, et celui de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont tiré la sonnette d’alarme. Devenue « systémique », la crise économique et financière ne serait plus circonscrite à la Grèce, mais serait en train de se répandre comme une traînée de poudre à l’ensemble du système économique et financier. La dernière catastrophe en chaîne du genre remonte à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, le 15 septembre 2008.
« Depuis trois semaines, les choses se sont détériorées », a asséné M. Trichet, un avis partagé par M. Barroso qui a appelé à une recapitalisation « urgente » des banques européennes. Pour Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS, si l’Europe n’est pas encore tout à fait plongée dans une crise systémique, « tous les ingrédients sont réunis : un mécanisme incontrôlé qui fait que tout affaiblissement des banques atteint les États qui affaiblissent à leur tour les banques », priés de prendre leur part du fardeau. « Autant il est possible de gérer un défaut de paiement de la Grèce, autant celui de l’Italie serait plus inquiétant », observe-t-il.
Les Bourses européennes ont réagi plutôt positivement aux déclarations de MM. Barroso et Trichet. Et selon M. Cohen, les marchés « ont le sentiment que les responsables politiques ont pris conscience du problème », même si lui-même se dit « assez sceptique ».
Rappelons que dès la fin août, la directrice générale du FMI Christine Lagarde avait évoqué le « besoin d’une recapitalisation urgente » des banques européennes. Quinze jours plus tard, le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner avait mis en garde contre les risques « catastrophiques » d’une désunion de la zone euro. Mais tous deux s’étaient alors attiré les foudres des responsables européens.
Pour Jean Pisani-Ferry, directeur du cercle de réflexion Bruegel à Bruxelles, le « pire serait de donner une nouvelle fois le sentiment que l’on est en arrière de la courbe, encore en train de croire qu’il s’agit de problèmes périphériques ». De ce point de vue, le langage de vérité désormais tenu par les plus hauts responsables européens irait dans le bons sens, ajoute-t-il.
« On a basculé dans une crise incontrôlée mais pas incontrôlable », analyse de son côté Cédric Tille, de l’Institut des hautes études internationales et de développement de Genève, qui déplore la lenteur de la réaction des autorités dans une zone euro « très fragmentée ». Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit agricole, parle, lui, d’une « situation tendue, compliquée, interdépendante » avec une BCE « en limite de ses capacités de refinancement des banques et d’achat de bons du Trésor » et en attente d’une relève du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Voix discordante, Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes, juge les déclarations de MM. Barroso et Trichet « excessivement alarmistes ». « L’Espagne et l’Italie ont un problème éventuel de liquidités, pas du tout de solvabilité comme la Grèce », fait-il valoir.
(Source : AFP)


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