Sur le terrain, plus de forces antiémeute que de manifestants. Photo Hassan Assal
Il suffisait, hier, d’emprunter la descente qui mène au siège du secrétariat général des écoles catholiques, à Aïn Najm-Mansourieh, pour être témoin d’un spectacle peu banal : des centaines de membres des forces antiémeute des Forces de sécurité intérieure (FSI), une dizaine de camions de transport de troupes garés sur le côté et des voitures de police. En avançant vers le sit-in, cause de cette présence policière marquée, on voit des habitants, en tee-shirts et casquettes pour la plupart, et un grand nombre d’écoliers qui ont déserté leurs salles de classe avec l’accord de leur direction. Ils sont arrivés le matin avec des roses qu’ils ont offertes aux forces de l’ordre. Aucun incident entre les manifestants et les policiers n’a été enregistré.
Le bras de fer entre les habitants, d’une part, qui craignent les répercussions d’une proximité des lignes de haute tension sur la santé publique, et le ministère de l’Énergie et l’Électricité du Liban (EDL), d’autre part, qui soutiennent que ces risques ne sont pas prouvés, date de plusieurs années, mais la tension est montée hier d’un cran. Alertés par la possibilité d’une installation imminente des câbles sur les pylônes, des habitants avaient passé la nuit dans la rue, se rassemblant en des points stratégiques. Ils ont même monté des tentes en journée, en prévision d’un séjour prolongé dans la rue.
Les camions de l’entrepreneur, chargés des lourds câbles, sont arrivés à l’aube, vers 5h, accompagnés des forces de l’ordre. Raja Noujaim, l’un des manifestants, raconte comment l’action des manifestants, qui ont fermé des routes à l’aide de leurs voitures, a bloqué l’avancée des camions de poseurs de câbles. « Ils n’ont tout simplement pas atteint les pylônes, dit-il. Entre-temps, les écoles avaient ouvert leurs portes. Des groupes d’écoliers sont arrivés et les habitants se sont mobilisés. À mon avis, ils ont essayé de nous prendre de cours et ont raté leur chance. »
Le quartier compte de nombreuses habitations et plusieurs écoles (des études épidémiologiques considèrent les enfants comme particulièrement vulnérables au champ électromagnétique). Hier, les habitants étaient secondés par le secrétaire général des écoles catholiques, le père Marwan Tabet, et par des directeurs d’établissement. Interrogé sur son opinion, le père Tabet a refusé de s’attarder sur le dossier de l’électricité, « largement commenté par les politiciens ». « Je viens protester contre la façon avec laquelle le gouvernement a réagi au sit-in des habitants et des élèves, dit-il. Est-il permis qu’ils placent des gendarmes et des agents des forces antiémeute face à des enfants ? Nous passons notre temps à enseigner aux élèves les principes de la citoyenneté et l’importance de respecter les services de sécurité, et c’est à cette fin que l’État les emploie contre les citoyens ? Qu’ils aillent poursuivre les fugitifs de Fateh el-Islam ou les contrevenants qui construisent des bâtiments illégaux. »
Une proposition de loi
La présence politique, à l’instar de la présence policière, était significative, même si elle s’est limitée aux partis des Kataëb et des Forces libanaises (FL). Le député Samy Gemayel, seul député de la région présent à ce sit-in, a fait le déplacement l’après-midi. Le député Nadim Gemayel (Beyrouth) était là le matin, alors que l’ancien ministre Sélim Sayegh a accompagné le mouvement des habitants durant une grande partie de la journée. Eddy Abillamaa, membre du directoire des Forces libanaises, était lui aussi présent durant une bonne partie du sit-in.
Le député Nadim Gemayel a révélé à L’Orient-Le Jour qu’il est sur le point de présenter une proposition de loi au Parlement pour empêcher les constructions sur un rayon de 350 mètres autour des lignes de haute tension et pour interdire l’installation de lignes de haute tension au-dessus des immeubles résidentiels, et donc pour enterrer les lignes dans toutes les zones urbaines.
« Cette cause ne concerne pas que la population de ce quartier, dit-il. S’il existe ne serait-ce qu’un soupçon de l’impact négatif de la proximité des lignes de haute tension aériennes sur la santé, celles-ci doivent être retirées des régions. Le Parlement a conféré au ministre de l’Énergie le budget nécessaire pour enterrer les lignes, qu’il emploie cet argent à bon escient. »
Le député Samy Gemayel, pour sa part, avait contacté durant la journée le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel pour s’assurer que la force ne sera pas utilisée pour imposer l’installation des câbles. Dans son intervention aux médias, le député a rendu hommage à l’engagement du ministre dans ce sens et l’a appelé à éviter toute confrontation avec les habitants. Il a demandé au Conseil des ministres de prendre une décision fondée sur les dernières recommandations du Conseil de l’Europe, dans sa résolution 1815. Cette résolution préconise « une distance de sécurité à respecter entre les lignes de haute tension et autres installations électriques, et les habitations » (NDLR).
« Comme le Liban a une superficie limitée et qu’il est impératif de profiter de chaque mètre carré, il faudrait enterrer les câbles dans toutes les régions, à l’instar des grandes villes », a souligné Samy Gemayel.
C’est aussi l’avis de l’ingénieur Akram Younès, membre du comité des habitants. « Il faudrait que les Libanais comprennent que nous sommes pour l’achèvement de ce tronçon, le dernier de cette ligne, dit-il. Mais il est faux de prétendre que le rationnement de l’électricité est causé par le retard dans l’installation de ces câbles, c’est une question de production, pas d’acheminement du courant. D’ailleurs, si on arrêtait de perdre du temps, on pourrait enterrer les câbles très vite. »
La tension s’est relâchée au cours de la journée et les forces de l’ordre s’étaient totalement retirées à la tombée de la nuit. Les habitants ont rouvert les routes qu’ils avaient fermées, tout en assurant que la vigilance restait de mise, jour et nuit.


Empêcher les constructions sur un rayon de 350 mètres autour des lignes de haute tension n’est pas nouveau , mais les constructions illégales à Aïn Najm-Mansourieh sont devenues légales grâce au bakshich . Qui en est responsable, les foudres du ciel bien sûr Antoine Sabbagha
01 h 51, le 06 octobre 2011