Carl Gotzmer dans son atelier.
En effet, le dulcimer, qui est d’origine nord-européenne, avait seulement survécu dans les montagnes des Appalaches, où les migrants l’avaient jadis apporté. C’est un cousin de l’épinette des Vosges, du hummel, allemand et du langeleik de Norvège. Après une longue période d’oubli, cet instrument a connu un regain d’intérêt dans les années 1970, à la faveur du mouvement folk. Depuis, des luthiers ont repris sa fabrication aux États-Unis et au Canada, et d’importantes rencontres de musiciens ont lieu sur le continent nord-américain, donnant lieu à des concours. Son nom en vieux français est « doulce melle », signifiant « douce mélodie », en rapport avec son volume sonore modeste. Par déformation phonétique, les anglophones le nommèrent dulcimer.
Plus de quatre mille instruments
Il a donc trouvé sa place au soleil dans les orchestres « folk » qui en demandent et en redemandent, comme témoigne la bonne marche de l’atelier de Carl Gotzmer. À 69 ans, il pratique encore cet artisanat avec son épouse Kathleen et leur fille Ayden et, en 30 ans de métier, il a produit plus de quatre mille instruments : du dulcimer à d’autres de la même famille, dont certains souvent moins connus comme l’épinette islandaise. Son background scientifique lui a facilité l’appréhension de la physique de la sonorité. Il dessine lui-même les modèles des instruments et toutes les parties qui les constituent. De même qu’il grave lui-même les emblèmes propres à chaque type, par exemple la croix celte, la tête de dragon de l’emblème gallois, etc. Le choix du bois est déterminant dans la fabrication des dulcimers, tant du point de vue de la sonorisation que de l’esthétique. Carl Gotzmer utilise toute une variété : le cèdre rouge, le genévrier de Virginie, le noyer noir, l’érable, le bois de rose, le sycomore, l’ébène, le bois de cerisier et le bois zébré. Quant à la touche finale ou la juste tonalité, elle est réalisée à l’aide d’un outillage accordeur très perfectionné. Et c’est à cette adresse que se fournissent les grandes stars de la musique traditionnelle de l’Amérique profonde qui, elle aussi, n’est pas du tout en train de prendre des rides. Ainsi, il existe une formation nommée « Mill run Dulcimer band » qui, depuis deux décades, remporte succès sur succès avec son répertoire puisé dans les mélodies et les rythmes appalachiens. Cet orchestre pas du tout comme les autres a récemment remporté le prix du meilleur groupe acoustique.

