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Diaspora

L’archimandrite Alphonse Nagib Sabbagh, une figure intellectuelle du Brésil

Portrait Au Brésil depuis 1965, Mgr Alphonse Sabbagh est un missionnaire grec-catholique et auteur d’un dictionnaire arabo-portugais.
19/09/2011

Avec la grande émigration libanaise dans le monde, les Libanais se sont dirigés vers le Brésil à partir de 1880. Le nombre des émigrés étant considérable, ils se regroupèrent autour de leurs communautés religieuses. Ainsi, l’Église grecque-melkite catholique forma un premier conseil en 1928, qui a donné lieu, en 1941, à la construction à Rio de Janeiro de la première église grecque-catholique au Brésil, réalisée par l’archevêque Mgr Élias Coueiter. En 1952 fut construite l’église Notre-Dame du Paradis (Nossa Senhora do Paraíso) à São Paulo, qui est devenue la cathédrale grecque-melkite catholique du Brésil.
Arrivé à São Paulo en 1957, le père Alphonse Nagib Sabbagh est devenu curé de l’église Notre-Dame du Paradis. Il est né à Deir el-Qamar au Liban en 1920, où vivaient ses parents Nagib Sabbagh et Hunaine Latoufe. Le père Sabbagh avait fait ses premières études au séminaire du couvent Saint-Sauveur à Saïda puis était parti en 1938 en France pour poursuivre ses études au Séminaire international de Strasbourg pendant sept ans. Licencié en théologie à Strasbourg et en lettres à la Sorbonne à Paris, il avait été ordonné prêtre en 1943.
En 1965, le père Alphonse fut transféré à Rio de Janeiro et nommé curé à l’église Saint-Basile, où il se trouve toujours. En plus de sa mission religieuse, il était très motivé par l’enseignement de la langue et de la culture arabes au Brésil au niveau supérieur. Ainsi, il devint professeur de langue arabe à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro (PUC-RJ) pendant 4 ans.
Il fut nommé archimandrite en 1969 par le patriarche Maximos V Hakim, en visite officielle au Brésil. Il réalisa cette même année son objectif: créer la section des études arabes à la faculté des lettres de l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), qui s’est développée rapidement et est devenue une des références académiques de l’enseignement de la langue arabe au Brésil jusqu’à aujourd’hui. Le père Sabbagh continue toujours son activité dans le centre des études arabes, même après avoir pris sa retraite, et reste également très actif auprès de la communauté grecque-catholique de Rio de Janeiro.
Parmi ses activités académiques (publications, conférences, séminaires...), il a réalisé en 2009 le premier symposium arabe luso-brésilien à Rio de Janeiro et vient de publier cette année un dictionnaire arabe-portugais à la maison d’édition Almádena, fruit de quarante années de travail.

Entrevue à l’Institut de la culture arabe (ICARabe) à São Paulo

 

Dans une entrevue avec la journaliste Ana Maria Straube de l’Institut de la culture arabe (ICARabe) à São Paulo, Mgr Alphonse Nagib explique l’importance de son œuvre :
ICARabe – Vous avez lancé récemment le dictionnaire arabe-portugais. À quel public est-il destiné et quelle est l’importance de l’étude de la langue arabe pour les personnes qui maîtrisent la langue portugaise ?
A.S. – Le dictionnaire arabe-portugais, en premier lieu, est adressé aux lecteurs de langues arabe et portugaise, sans distinction. Naturellement, l’intérêt de chaque groupe est différent, en fonction de ses besoins. En plus, la langue arabe a une importance fondamentale dans la formation de la langue portugaise et elle occupe, aussi, une place proéminente comme langue de culture et de transmission de la connaissance.
Le grand nombre de personnes qui parlent l’arabe doit être également considéré, vu qu’ils sont plus de 300 millions. Quant à ceux qui utilisent la langue du prophète Mohammad comme instrument liturgique, ils sont approximativement 1 milliard et 300 millions de musulmans. À partir de ce point de vue, ceux dont l’arabe est la langue native sont minoritaires.

 

Comment s’est déroulé le processus de production de ce dictionnaire? Combien de temps de travail vous a-t-il pris? Est-ce qu’il y avait des collaborations avec d’autres chercheurs sur la langue
arabe?
Ce dictionnaire est né naturellement, suite au besoin de support didactique pour l’enseignement dans l’UFRJ. Le travail a duré 40 années, comptant avec le support institutionnel de l’UFRJ et la collaboration des professeurs et étudiants de la section d’études arabes. Le travail lexicographique n’est pas fini et ne peut jamais être complet, des ajustements et mises à jour sont nécessaires, d’où l’importance de garder la liaison avec les institutions officielles.
Vous possédez l’expérience académique et vous avez été le fondateur de la section d’études arabes de l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Comment évaluez-vous la manière de divulguer la culture et la langue arabes au Brésil?
Dans le monde contemporain, de plus en plus s’impose le besoin de la connaissance de l’autre. Les pays arabes sont dans les médias chaque jour. Le Brésilien, en général, a la curiosité d’approfondir les sujets internationaux qui sont publiés dans les journaux. Il y a aussi la politique d’approche entre les gouvernements des pays d’Amérique du Sud et des pays arabes, à la recherche de marchés alternatifs. Je crois ainsi qu’il y a plusieurs raisons pour l’augmentation croissante de l’intérêt pour la culture arabe au Brésil.

 

Quelle est l’importance de l’existence d’éditeurs, d’instituts et d’autres organisations tournées vers la promotion de la culture arabe au Brésil ?
Je suis arrivé au Brésil le 17 novembre 1957, avec une mission religieuse, reçue du patriarche grec-catholique Maximos Sayegh, qui m’a chargé aussi de diffuser la langue arabe dans le pays. J’ai fait mon possible. Je vois avec beaucoup de bonheur les progrès réalisés par les centres d’études arabes de l’USP (Université de São Paulo) et de l’UFRJ, produisant des travaux de qualité qui font la fierté de tout immigré arabe. Avec satisfaction, je vérifie l’existence des éditeurs tournés vers la divulgation de la production académique sur la langue, la littérature, la culture arabes et arabes brésiliennes. Je félicite aussi l’ICArabe pour sa capacité de diffuser la culture arabe parmi les Brésiliens, indépendamment de tout parti politique, et d’être le porte-parole des diverses composantes de la société arabe au Brésil, servant de plate-forme pour les dialogues et débats libres et démocratiques.

Roberto KHATLAB

Pour en savoir plus:
Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), section des études arabes:
http://estudosarabesufrj.blogspot.com
Maison d’édition Almádena à Rio de Janeiro:
www.almadenaeditora.com
Institut de la culture arabe (ICARabe) à São Paulo: www.icarabe.org

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