Une vue de l’exposition.
Le fruit de ces investigations: «Pavement Popsicles » (glaces de trottoir), «Cracked Windshield» (brisures de pare-brise), et « Mausoleum » (mausolée), s’inscrit dans le contexte plus large de son projet «Impression, Proche-Orient» (IPO). Il y transcrit ses expériences d’Européen vivant en Orient et sa compréhension (ou pas) de la région. «Je suis un étranger. Un outsider. Mais j’ai le privilège d’avoir accès aux affaires intérieures. Alors je m’inspire de l’ironie, des récits et de la gestuelle de la région pour mes productions artistiques.» Devant cette démarche, nombreux sont ceux qui l’ont comparé à ses prédécesseurs orientalistes. Face à cette étiquette brandie un peu comme une accusation, à prendre dans le contexte de la pensée d’Edward Saïd (pour qui les écrits orientalistes étaient le meilleur support de la conquête coloniale), Tom Bogaert réplique: «Je suis un orientaliste par accident.» Une belle répartie, de l’humour aussi, pour celui qui était, dans une autre vie, un avocat au sein d’Amnesty International et de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. Pendant quatorze ans, il a milité pour les droits de l’homme et documenté les génocides et les abus en Afrique, en Europe et en Asie. «Jai quitté ce monde non pas parce que j’en étais déprimé ou dégoûté, mais tout simplement parce que j’avais envie de faire de l’art», dit-il. Il s’installe ainsi à New York pendant cinq ans avant d’entamer ses périples moyen-orientaux. Non, son œuvre n’est pas une extension directe de son travail avec les réfugiés, mais l’artiste reconnaît que son art présente un subtil dosage de militantisme pour les droits de l’homme, de propagande et de divertissement.
Le message qu’il a voulu faire passer pour Beyrouth ? Bogaert esquive habilement la question. Il voudrait apparemment que chacun puisse lire les œuvres selon sa propre vision...
Pour construire ses Glaces de trottoir, il a suivi tout un périple dans les dédales de l’administration beyrouthine à la recherche de ces petits jalons lumineux qui bordent les trottoirs ou ronds-points. Ayant réussi à se dégoter un modèle, il en a fabriqué un moule en caoutchouc pour réaliser ses glaces en forme de lampes. Muni d’un seau contenant ses modèles en glace, il a remplacé les bornes lumineuses cassées encastrées dans les pavés par ses propres reproductions éphémères qui fondaient au bout de trente minutes. Le vidéaste Siska qui l’accompagnait a documenté visuellement cette démarche. «Dans une ville aussi changeante que Beyrouth, ma tentative de réparer ou de collaborer à son embellissement passe comme inaperçue ou trop passagère.»
Son Brisure de pare-brise donne à voir, comme le nom l’indique parfaitement, un pare-brise de voiture dont le craquèlement reproduit, bizarrement, la carte géographique de Beyrouth.
Quant au Mausolée, il s’agit d’une reproduction en carton du fameux «E-chart» des ophtalmologues, devenu maquette de ce que l’artiste imagine être le mausolée du président Bachar el-Assad. Bogaert accompagne cette construction d’un jeu vidéo et d’une musique léninienne.
Partout où il passe, l’artiste voudrait surtout provoquer des questionnements. À travers ses installations, sculptures ou vidéos, il présente des sujets apparemment non dénudés de sérieux dans des «emballages» légers, décalés et même parfois abrasifs.
Au final, Tom Bogaert voudrait être plus qu’un simple «orientaliste par accident.» Edouard Saïd lui-même faisant la différence entre celui qui possède la volonté de comprendre dans le but de la coexistence et de l’élargissement des horizons, et celui qui veut dominer», conclut l’artiste qui parlera de son expérience ce soir, à 19h, sur le lieu de l’exposition.
*Rue Spears, jusqu’au 21 septembre, de 10h a 17h. Tél. 76/678135.

