Il n’y a pas qu’au Liban où l’on constate un niveau alarmant sur le plan estudiantin (scolaire et universitaire). Et il n’y a pas qu’au plan estudiantin où cette inquiétude est palpable. Sans passer en revue ce qui se passe dans le monde dans ce domaine, disons que, de nos jours, la société va plutôt mal à divers points de vue. Nous ne parlons pas seulement des guerres et autres crises qui parcourent notre planète (bien que certaines de ces crises soient probablement la conséquence de ce mal qui atteint notre société).
Si ça va mal, c’est très probablement parce que les méthodes appliquées de nos jours au niveau des entreprises ne sont plus adéquates. En effet, nous avons hérité, dans notre société industrielle actuelle, des méthodes de la fin du XIXe siècle (cela vaut aussi pour d’autres domaines, dont la psychanalyse, et comme tout est relié...), et nous continuons de les appliquer assidûment. D’aucuns ont tiré la sonnette d’alarme, mais il semblerait plutôt que ce soient des voix prêchant dans le désert (voir encadré).
Or, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les méthodes initiées par le courant cybernétique de chercheurs tels que Norbert Wiener ou John von Neuman – pour ne citer qu’eux – et qui ont mené aux sciences cognitives ont profondément remodelé notre façon de penser. Ajoutons à cela Internet, le Web 2.0, le livre numérique, assaisonnés de nano-technologies, de biomimétisme et de théorie constructale, avec tout ce qui s’ensuit comme conséquences sur le plan cognitif, nous sommes en droit de conclure que les méthodes héritées du XIXe siècle sont obsolètes et devraient être remplacées. Certaines méthodes ont déjà commencé à se mettre en place, tacitement, par elles-mêmes, de par l’intelligence collective des internautes. Elles devraient pouvoir être appliquées au milieu de l’emploi. Certaines entreprises ont déjà modifié leur façon d’être (ex. la société brésilienne Semco ou la française Edhec-Risk Institute) et les nouvelles méthodes mises en place font aussi l’objet de recherches en sociologie.
Mais avant d’en arriver là, il faudrait préparer le terrain. Et c’est à l’école que le premier pas commence pour se poursuivre ensuite à l’université. Il tient en un mot qui constitue un principe sur lequel toute éducation devrait être bâtie : la reliance (Cf. Edgar Morin), à savoir se rendre compte que tout est relié et forme une totalité. Sinon, pas d’interdisciplinarité. Ainsi – pour prendre un exemple du domaine académique –, tout au long de nos études, le monde nous est présenté de manière parcellaire, découpé en disciplines ou en portions de réalité fragmentées, isolées. Aujourd’hui encore, dans nos écoles, les élèves sont confrontés à des « matières » sans qu’on leur enseigne qu’elles sont interreliées de manière à former un tout indissociable mais modulaire, c’est-à-dire qu’elles sont autonomes mais interdépendantes. Le français, par exemple, est ainsi subdivisé en compartiments : grammaire, dictée, expression écrite, lecture, explication de texte, etc., et les élèves ne se rendent pas toujours compte que c’est une langue qu’ils apprennent avec tout ce qu’elle véhicule comme histoire, culture, structure... Nous avons là un exemple d’intradisciplinarité. Cette constatation vaut également pour les autres matières.
Ce qu’il faudrait donc, c’est sensibiliser les étudiants au fait que ce sont les relations – ou interactions – entre les éléments d’un ensemble organisé qui priment et qu’en agissant sur ces relations, on peut mieux gérer cet ensemble. Cette méthode est une approche constructiviste. Il faudrait également faire en sorte que les résultats globaux à l’université se répercutent sur l’école pour que celle-ci, en retour, forme des élèves à la tête bien faite, tout en se réformant elle-même. Vaste programme, bien évidemment, mais résolument tourné vers l’avenir, vers l’innoversité.
Cela nous ramène donc à l’entreprise et à l’emploi du futur : nous vivons dans la société de l’information – troisième révolution industrielle – depuis quelques décennies. Et l’information semble de plus en plus se nicher au cœur de l’univers : les milieux scientifiques, les physiciens surtout, accordent de plus en plus d’importance à l’information qui, selon certains (Zelinger, Wheeler...), serait la brique élémentaire du monde (ce n’est pas l’information dans l’acception shanonienne). De plus, de nos jours, les sciences cognitives semblent avoir le vent en poupe : le neuro-roman fait son apparition, les industries créatives prennent de l’ampleur tant et si bien que d’aucuns affirment que l’avenir appartiendrait aux right-brainers, à savoir les imaginatifs, les intuitifs, les synthétisants, ceux dont l’hémisphère droit du cerveau serait plus actif, laissant ainsi derrière eux les analytiques (hémisphère gauche plus actif).
L’ère de la troisième cybernétique, celle de l’infognition, aurait-elle débuté ? Serait-ce l’ère où l’immatériel et le matériel s’emmêleront ? L’ère de l’homme symbiotique de
Joël de Rosnay ? L’ère du Cyborg ? Ou plutôt l’ère des philosophes-entrepreneurs ascendant créateurs ? Les philanthropreneurs, peut-être ? Un mélange de tout ça ?
Sans attendre que l’avenir nous le dise, préparons cet avenir-là qui se profile au loin, en vue de bâtir un monde innovant, donc meilleur, avant qu’il ne soit trop tard.
Serge GÉLALIAN
Enseignant de linguistique
USJ
To a large extent, your company is being managed right now by a small coterie of long-departed theorists and practitioners who invented the rules and conventions of “modern” management back in the early years of the 20th century. Management is out of date. Like the combustion engine, it’s a technology that has largely stopped evolving, and that’s not good.
Gary Hamel, The Future of Management, 2007
La seconde solution serait de se débarrasser enfin du mode de pensée obsolète du XIXe siècle. Tant que l’on s’accrochera à cette idée périmée que le travail est obligatoire et indispensable pour percevoir des revenus, on ne s’en sortira pas !
Il faut donner un sens et une valeur différente au travail. Il faut penser la société différemment. Il faut réorganiser la répartition des richesses sur d’autres critères. Peut-être faut-il créer des outils d’échange autre que l’argent, de nouvelles valeurs, de nouvelles règles sociales.
Quoi qu’il en soit, la mutation se fera, c’est certain ! Peut-être en douceur, peut-être dans un choc révolutionnaire, mais elle se fera !
Le chômage doit être un signe de progrès et non une catastrophe économique.
http ://rachat-credit-solutions.fr/chomage-economie.php

