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Liban - Éclairage

Ramadan fini, la partie syrienne joue les prolongations...


C’est un mois de septembre lourd en échéances pour le Liban et pour l’ensemble de la région qui commence. Au cœur de la tourmente présente, et peut-être à venir, la Syrie et ses développements ont une incidence considérable sur l’intérieur libanais mais aussi sur l’équation régionale et internationale. Dire que les Libanais suivent attentivement ce qui se passe en Syrie est devenu une litote. Mais comme toujours quand cela concerne ce pays, les Libanais prennent la situation à cœur, dans un sens ou dans l’autre.
Ce qui est certain pour l’instant, c’est que le mois de ramadan que l’on avait annoncé sanglant et décisif s’est achevé alors que la situation à l’intérieur du pays semble au point mort (sans mauvais jeu de mots). L’opposition se débat dans ses contradictions et ne parvient toujours pas ni à se doter d’un programme clair, ni à conquérir une base territoriale au sein du pays, qui deviendrait à la fois un symbole et un terrain d’action pour les ennemis du régime, ni encore à obtenir des défections de symboles du régime au sein de l’appareil diplomatique, militaire ou administratif. En plus de cinq mois de révolte, il y a eu il y a deux mois la rocambolesque démission de l’ambassadrice de Syrie en France vite démentie par elle-même, puis récemment, la démission du mohafez de Hama dans des circonstances controversées, ainsi que des désertions mineures au sein de l’armée, alors que celle-ci se tient globalement aux côtés du régime, contrairement à ce qui s’était passé en Égypte et en Tunisie, où l’armée s’est désolidarisée des dirigeants, accélérant leur chute. En même temps, les mesures de réformes prises par le président syrien ne parviennent pas à convaincre, tout comme « la solution sécuritaire » n’a pas réussi à épuiser les manifestants, et la communauté internationale ne cesse de hausser le ton à l’égard du président syrien, augmentant régulièrement les sanctions contre lui et ses proches. Certains disent même que la communauté internationale (autrement dit les États-Unis et l’Union européenne) augmente les sanctions pour compenser les échecs de l’opposition sur le terrain. Il est toutefois certain que depuis la chute du régime libyen, la communauté internationale semble plus concernée par le dossier syrien et plus pressée de pousser l’opposition syrienne à en finir avec le régime. Il semble aussi que le régime syrien, qui a longtemps été au cours des dernières décennies celui qui négocie en accumulant les cartes entre ses mains, s’est désormais transformé en carte entre les mains de l’Iran et d’autres pays comme la Russie et la Chine.
C’est apparemment dans ce contexte qu’il faudrait comprendre la dernière visite de l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, en Iran. Au cours de ses entretiens avec les dirigeants iraniens, l’émir du Qatar aurait tenu des propos allant dans le sens suivant : le régime de Bachar el-Assad est fini aux yeux de la communauté internationale. Ce serait une décision irrévocable et il serait bon d’aider à assurer une transition pacifique... Selon des sources proches de l’Iran, la réponse des dirigeants de Téhéran aurait été peu nuancée, refusant totalement de considérer que le régime de Bachar el-Assad était fini et encore moins d’entamer des négociations sur la transition en Syrie. Les sources proches de l’Iran sont catégoriques : toutes les rumeurs qui ont circulé récemment dans les médias au sujet d’un possible lâchage iranien du régime syrien sont dénuées de tout fondement. Coïncidence ou pas, l’opposition a relancé depuis quelques jours son action à Bahreïn, montrant à ceux qui estimaient que le dossier des revendications démocratiques dans le petit royaume du Golfe avait été fermé avec le déploiement du bouclier d’al-Jazira qu’ils se trompaient totalement et que la stabilité dans le Golfe reste une carte entre les mains de l’Iran. De même, les Kurdes de Turquie ont repris du poil de la bête, causant des problèmes au régime qui se retrouve en train de mener une forte répression contre les positions présumées du PKK. Ces incidents interviennent au moment où la Turquie est pressentie pour jouer (dans un premier temps au moins) le rôle de l’OTAN en Libye, c’est-à-dire de créer une zone à la frontière avec la Syrie qui servirait de base pour l’opposition. De plus, la recrudescence de la tension entre la Turquie et Israël au sujet de la flottille de la liberté (mai 2010) n’est pas pour faciliter la position de la Turquie. De plus, en Irak, c’est de nouveau le bain de sang, à quatre mois de la fin officielle du mandat des forces américaines dans ce pays, mandat que l’administration souhaite prolonger, d’une part pour ne pas permettre à l’Iran de remplir le vide stratégique que créerait le départ des troupes américaines, et d’autre part, pour continuer à avoir un accès direct aux ressources pétrolières du pays. L’administration américaine attend du gouvernement irakien une demande officielle pour le maintien de ses troupes sur le territoire irakien au-delà de décembre 2011 et le gouvernement se fait tirer l’oreille, pris entre le marteau iranien et l’enclume américaine. Enfin, la décision de l’Autorité palestinienne de réclamer à l’Assemblée générale des Nations unies une reconnaissance d’un État palestinien indépendant (probablement aux alentours du 20 septembre), au moins avec le statut d’observateur pour commencer, ajoute un dossier conflictuel de plus à une situation bien complexe. En somme, septembre devrait être le début d’une nouvelle étape, mais la partie syrienne continue et toutes les cartes n’ont pas encore été jouées.
C’est un mois de septembre lourd en échéances pour le Liban et pour l’ensemble de la région qui commence. Au cœur de la tourmente présente, et peut-être à venir, la Syrie et ses développements ont une incidence considérable sur l’intérieur libanais mais aussi sur l’équation régionale et internationale. Dire que les Libanais suivent attentivement ce qui se passe en Syrie est devenu une litote. Mais comme toujours quand cela concerne ce pays, les Libanais prennent la situation à cœur, dans un sens ou dans l’autre.Ce qui est certain pour l’instant, c’est que le mois de ramadan que l’on avait annoncé sanglant et décisif s’est achevé alors que la situation à l’intérieur du pays semble au point mort (sans mauvais jeu de mots). L’opposition se débat dans ses contradictions et ne parvient toujours pas ni...
commentaires (5)

De la belle ouvrage journalistique sans parti pris...il y a un moment que j'attendais çà.Bravo et merci.

GEDEON Christian

08 h 38, le 03 septembre 2011

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Commentaires (5)

  • De la belle ouvrage journalistique sans parti pris...il y a un moment que j'attendais çà.Bravo et merci.

    GEDEON Christian

    08 h 38, le 03 septembre 2011

  • Scarlett nous dit tellement de choses et c'est normal, puisqu'elle exerce à merveille son sacerdoce, qu'on se voit obligé d'en choisir une portion et de la commenter. Ce qui a retenu mon attention c'est la visite du qatari à Téhéran, évidemment envoyé spécial par "la communauté internationale", pour signifier aux iraniens que la carte Bashar était arrivée à expiration. Cela voudrait il dire comme je l'ai souvent et à maintes fois indiqué qu'il y a un "Yalta" proche oriental ? La Turquie qui ne joindra jamais l'Europe, se voit donner en compensation les résidus arabes, incapables de s'exprimer par eux et pour eux, l'Iran prenant en charge la partie rebelle du monde musulman à savoir les chiites, et israel restera le mercenaire de l'occident pour compenser une faute grave dans les années 40 par ces derniers. Et comme dans tout partage, il y a toujours un os, la Syrie refuse de se laisser classer dans une partie ou une autre de ce dépeçage. Et les troubles continueront, tant que la peau de l'ours sera vendue alors qu'il respire encore.

    Jaber Kamel

    06 h 09, le 03 septembre 2011

  • Le Liban sera t -il de nouveau un champ fertile pour décongestionner la crise syrienne et vivrons nous de nouveau comme dans les années1970 les mêmes remous aux veilles de coups d Etat ?A suivre Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    05 h 25, le 03 septembre 2011

  • - - Étant donné que mon précédent commentaire n'a pas été publié , je me dois de réagir " autrement " .. ! Oui , Scarlett Haddad à raison comme d'habitude , sur le prolongement Syrien d'après le Ramadan , et après avoir " su " éviter tous les obstacles , malheureusement avec des dégâts collatéraux ..!! et des annonces qui se sont avérées fausses ..!! Le régime reste solide à l'intérieur , et ne semble pas prêt de vasciller ou de céder à la pression de la rue . Évidement , vous n'êtes pas obligé de me croire .

    JABBOUR André

    04 h 18, le 03 septembre 2011

  • Analyse tres objective. Tout le monde avance ses pions suivant ses interets. Pourvu seulement que le Liban ne redevienne pas aussi un champ de bataille. Une chose est cependant sure, le regime en Syrie est fini que cela plaise ou ne plaise pas. Celui d'Iran suivra peu de temps apres.

    Petrossou

    01 h 40, le 03 septembre 2011

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