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Moyen Orient et Monde - Le Point

Du bon usage de la démocratie

Dieu qu’il a fière allure, Bernard-Henri Lévy, juché sur un char, mains martialement posées sur le canon et, il faut bien le reconnaître, chemise moins immaculée que d’habitude. C’est qu’on est sur le front, que diantre ! Qu’on se le dise, cette guerre est la sienne, mais le ton n’est nullement triomphaliste, modeste plutôt, un rien revanchard aussi quand il constate que « Sarkozy a réalisé, en Libye, ce que Mitterrand n’avait pas fait en Bosnie ». L’ours n’est pas mort que déjà on se dispute sa peau, et aussi la paternité de « ces six mois qui ont peut-être changé le visage de ce début de siècle », écrit l’inoubliable spécialiste de Jean-Baptiste Botul. Le kadhafisme – sinon le petit père des peuples arabes lui-même –, il l’a déjà enterré. Peut importe si les principaux intéressés, ces membres du Conseil national de transition qui ont si bien assimilé ses doctes leçons sur la manière de faire tomber les tyrans (tous des « tigres de papier », assène-t-il, péremptoire), sont moins catégoriques, assurant que l’ex-leader de la Jamahiriya, en fuite, représente toujours un danger.
On pourrait dire, paraphrasant Georges Clemenceau, que la révolution est une chose trop grave pour la confier à des philosophes. Une entreprise de longue haleine aussi, dans un monde arabe où le transfert de pouvoir s’effectue rarement en douceur mais plutôt à coups de putschs, particulièrement ces dernières décennies. Il n’est pas étrange, à cet égard, que les premières convulsions de l’après-Seconde Guerre mondiale se soient produites quelques mois à peine après la « nakba » représentée par l’issue du conflit ayant mené à l’implantation d’Israël. C’était, que l’on se souvienne, la Syrie qui avait donné le signal avec le pronunciamiento du colonel Husni Zaïm, le 30 mars 1949, suivi des contre-coups successifs opérés par deux autres colonels, Sami Hinnaoui,en août, puis Adib Chichakly, en décembre de la même année. Gamal Abdel Nasser n’est venu que trois ans plus tard, suivi de l’Irakien Abdel Karim Kassem (1958), du Yéménite Abdallah Sallal (1962) et de nouveau de la kyrielle des coups d’État en Syrie, après l’éclatement de la République arabe unie. Depuis, de l’eau (mêlée à beaucoup de sang) a coulé sous les ponts arabes, et avec elle que de désillusions... C’est que le changement, gigantesque tapisserie de Pénélope, n’a cessé, au fil des ans, de s’opérer (disons plutôt de s’esquisser) avant de se défaire.
Alors, nouvel ordre ? Nouveau désordre plutôt, pour peu que l’on consente à jeter un coup d’œil sur la gigantesque pelote de laine que les grands de ce monde s’évertuent en vain à démêler. On nous concédera que l’expédition en terre mésopotamienne n’a pas été, loin de là, un succès, pas plus que l’aventure afghane. La Tunisie de l’après-Ben Ali, l’Égypte de l’après-Moubarak en sont encore à se chercher, ce qui n’est pas sans donner des idées aux autres dictateurs, convaincus qu’il suffit de s’accrocher en attendant la fin de la bourrasque. Rien n’est moins vrai car s’il arrive aux coups de force d’échouer, les mouvements de masse, eux, ont un caractère d’irréversibilité qui ne s’est presque jamais démenti à travers les siècles. Au niveau étatique, la résistance n’a entraîné jusqu’à présent que davantage de violence et de sang versé et un avenir marqué par une incertitude dangereusement grandissante.
D’un autre côté, s’échiner à plaider pour l’instauration de la démocratie, applaudir à chaque manifestation, n’est-ce pas prendre puérilement ses désirs pour des réalités ? Il y a lieu tout d’abord de se demander si les grands bonds en avant que l’histoire a retenus ont été le fait de doctes assemblées élues par la vox populi ou bien de dirigeants, autocrates ou non, convaincus de servir ce faisant la cause de leurs sujets. Il s’agit ensuite de réfléchir sur le genre de démocratie que l’on imagine, un peu trop vite, en cours d’instauration. C’est qu’en effet, le concept n’est pas le même au-delà et en deçà de la mare nostrum. Nombreux sont ceux qui vont jusqu’à affirmer que l’idée même de cette forme de gouvernement n’existe pas en Orient, du moins dans la forme qu’on lui connaît dans le monde dit évolué. Historien spécialisé de l’islam et de ses rapports avec l’Occident, Bernard Lewis soutient que le principe de la consultation (la « choura ») a constamment été à la base de l’exercice du pouvoir chez les Arabes et que la dictature est un produit inoculé par l’Occident dans ce grand corps. Dernier point : il importe de s’interroger sur le rôle, dans la société appelée à naître, des ultras, parés ces jours-ci des vertus que l’on prête à l’islamisme turc dans la version « soft » de Recep Tayyip Erdogan.
Des esprits éclairés jugent convenable, en ces temps de toutes les incertitudes, de donner le temps au temps. Sage conseil. On vous demande seulement d’imaginer demain des manifestants hurlant à pleins poumons : « Le peuple veut la patience. » Effet violent garanti.
Dieu qu’il a fière allure, Bernard-Henri Lévy, juché sur un char, mains martialement posées sur le canon et, il faut bien le reconnaître, chemise moins immaculée que d’habitude. C’est qu’on est sur le front, que diantre ! Qu’on se le dise, cette guerre est la sienne, mais le ton n’est nullement triomphaliste, modeste plutôt, un rien revanchard aussi quand il constate que « Sarkozy a réalisé, en Libye, ce que Mitterrand n’avait pas fait en Bosnie ». L’ours n’est pas mort que déjà on se dispute sa peau, et aussi la paternité de « ces six mois qui ont peut-être changé le visage de ce début de siècle », écrit l’inoubliable spécialiste de Jean-Baptiste Botul. Le kadhafisme – sinon le petit père des peuples arabes lui-même –, il l’a déjà enterré. Peut importe si les principaux...
commentaires (4)

Mais de quelles révolutions parle t-on? Dans les pays arabes un dictateur en chasse un autre. Il en est ainsi depuis la nuit des temps, et ces peuples plongés dans l'obscurantisme ne sont pas près de changer.Qu'ils le veuillent ou pas, ils sont manipulés par le grand DOCTEUR NO..Maintenant, libres aux occidentaux de philosopher ou d'assumer la paternité de ces pseudo démocraties...Cela fait du bien à leur égo, étoffe les débats televisés, occupe les journalistes ...Mais qui en est vraiment dupe?Tant que les minorites non musulmanes ne jouissent pas de leurs droits sur un meme pied d'égalite que leurs concitoyens...tout est encore à refaire! En attendant les israeliens...se marrent!

Carine Fares

23 h 48, le 30 août 2011

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Commentaires (4)

  • Mais de quelles révolutions parle t-on? Dans les pays arabes un dictateur en chasse un autre. Il en est ainsi depuis la nuit des temps, et ces peuples plongés dans l'obscurantisme ne sont pas près de changer.Qu'ils le veuillent ou pas, ils sont manipulés par le grand DOCTEUR NO..Maintenant, libres aux occidentaux de philosopher ou d'assumer la paternité de ces pseudo démocraties...Cela fait du bien à leur égo, étoffe les débats televisés, occupe les journalistes ...Mais qui en est vraiment dupe?Tant que les minorites non musulmanes ne jouissent pas de leurs droits sur un meme pied d'égalite que leurs concitoyens...tout est encore à refaire! En attendant les israeliens...se marrent!

    Carine Fares

    23 h 48, le 30 août 2011

  • Les dictatures ont pour finalité de disparaitre, pour laisser la place à d'autres dictatures. L'Amérique latine, de religion soi disante démocratique, en a fait l'expérience, où on continue à accuser les nouveaux dirigeants d'obédience pré colombienne, de dictateurs parce qu'ils ne correspondent pas aux schémas de soumission sionisto/yanky. Il en sera de même pour ces régimes arabes à venir, tant qu'ils ne se déclareront pas officiellement protecteurs de ces schémas. BHL est là pour le rappeler, c'est son rôle, sa mission. Il l'a fait en Bosnie, il le fera sur tous les continents.

    Kamel Jaber

    06 h 07, le 30 août 2011

  • Tous les espoirs sont permis et la Lybie va enfin gouter à des elections démocratiques en esperant que les differents partenaires de ce 'nouveau ' pays vont diriger avec sagesse et reflexion l'avenir de ses citoyens. Quand à B.H.L c'est plutot une parodie!! car il n'a pas sa place au milieu des insurgés ; malgré ses désirs de faire croire qu'il a joué un role , il na jamais été capable de dénoncer les violences faites par Israel à l'egard des Palestiniens et des Libanais . Il reste profondément sioniste ,et ne s'interesse de près qu'aux causes qui pourraient faire parler de lui ..triste personnage et grosse gueule. Georges Saad

    saad georges

    03 h 00, le 30 août 2011

  • La démocratie ne pourra jamais forger son chemin dans les pays arabes à cause de la religion et les généraux qui résument toujours l’exercice du pouvoir . Le peuple est absent soumis il veut la patience mais n ’est pas du tout impatient . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    02 h 35, le 30 août 2011

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