Liban

Intimidation ou litige personnel ? Nouvel enlèvement de Syriens dans la Békaa

OLJ
27/08/2011
Les méthodes d’intimidation exercées par le régime de Damas contre ses « détracteurs » auraient-elles été importées au Liban ? Depuis le début des soulèvements populaires en Syrie, nombre d’opposants réfugiés au Liban, notamment aux frontières nord, ont été portés disparus, selon des militants des droits de l’homme sur le terrain, qui estiment qu’ils ont été remis par l’armée libanaise au régime syrien.
Plus récemment, depuis mercredi précisément, deux enlèvements, qualifiés explicitement comme tels cette fois et visant tous des ressortissants syriens, ont eu lieu consécutivement à Tripoli et dans la Békaa. Mercredi en effet, un militant syrien antirégime, Zouheir Najjar, a été enlevé puis libéré par des inconnus à Tripoli, dans le bureau d’un opposant islamiste. Ce dernier a affirmé à l’AFP que « huit hommes armés et vêtus du treillis militaires libanais sont venus dans mon bureau et ont demandé à Zouheir où j’étais, en se présentant comme membres des services de renseignements de l’armée ».
Hier, nouvel enlèvement de deux Syriens dans la Békaa, dans des circonstances qui demeurent obscures, d’autant que les victimes, impliquées dans le monde des affaires, ne s’affichent pas en tant que militants anti-Assad, mais auraient été suivis depuis la Syrie pour être enlevés en territoire libanais.

Les faits
Les faits, confirmés par l’enquête préliminaire, se présentent ainsi : des inconnus ont kidnappé à 10h15 hier deux Syriens sur la route internationale de Bar Élias, dans le centre de la Békaa, où un véhicule 4x4 (de type Hyundaï, selon l’Agence nationale d’information) a intercepté une voiture de type Jaguar qui transportait l’homme d’affaires Nour Jamil Hajj Kaddoura (né en 1980), ingénieur de formation et propriétaire de la société AYLA Lebanon pour les matériaux de construction, basée à Saïfi, ainsi que le comptable qu’il emploie, Mohammad Ayman Bachir Ammar (né en 1962). Des hommes armés, descendus du véhicule 4x4, les ont retirés de leur siège et reconduits vers une destination inconnue, laissant sur place le propriétaire de la Jaguar, le Libanais Khalil Saleh Agha du village de Tfeil. Une patrouille de la caserne des Forces de sécurité intérieure de Chtaura s’est immédiatement rendue sur les lieux du rapt, avant de réquisitionner le véhicule et d’entamer l’enquête avec le chauffeur M. Agha. Selon une source sécuritaire, ce dernier aurait décrit M. Kaddoura comme « un honnête homme », sans plus de détails, avant d’être déféré, tard dans la soirée d’hier, devant la police judiciaire qui poursuit l’enquête. Par ailleurs, d’autres sources sécuritaires ont confié à l’agence al-Markaziya que le rapt a eu lieu quelques minutes à peine après que la voiture des victimes eut pénétré en territoire libanais à travers la zone de Masnaa. Des témoins parmi les résidents locaux ont de plus signalé que le 4x4 avait entamé la poursuite de la voiture ciblée depuis le territoire syrien jusque dans la Békaa où il l’a interceptée.
Si les explications de l’incident oscillent entre litige financier et motivations politiques, un élément de l’enquête a démontré qu’une somme de 5 000 dollars US se trouvant dans le tableau de bord n’a pas été touchée par les kidnappeurs, ni d’ailleurs les téléphones portables des deux victimes, laissés sur place. En outre, l’enlèvement survenu à la lumière du jour, sur une artère principale, à quelques mètres d’une mosquée, dans un endroit entouré de caméras de surveillance, selon une source du terrain, laisse planer des interrogations sur les auteurs du rapt, d’autant que les allers-retours de M. Kaddoura étaient fréquents entre le Liban et la Syrie.
Une source engagée en faveur des droits de l’homme et interrogée par L’Orient-Le Jour estime qu’il s’agit effectivement d’une « entreprise systématique d’intimidation menée par les services de renseignements à l’égard des Syriens ». Cet enlèvement n’y déroge pas, et s’aligne, selon la source, sur la récente convocation, par la police judiciaire, du représentant des comités de coordination de l’opposition syrienne au Liban, Omar Edelby. Cette convocation aurait été la conséquence d’une plainte déposée contre ce dernier « par le responsable d’une organisation libanaise proche du Hezbollah ». Aucune charge n’ayant été retenue contre lui, il a été finalement relâché. Interrogé entre-temps par les agents de sécurité sur l’existence d’autres activistes à ses côtés, M. Edelby a refusé de donner de réponses. Enjoint de donner son adresse exacte, il s’est contenté de fournir comme référence la résidence d’un avocat libanais qui suit le dossier de près. L’opposant syrien aurait ainsi voulu éviter que des factions locales, ou des miliciens proches de Damas ne se livrent à des agressions contre le groupe que M. Edelby représente. Cet état des choses aurait amené la source citée et plusieurs autres militants pour les droits de l’homme à établir des contacts avec différentes ambassades afin de les informer de ces « tracasseries » qui visent les opposants syriens ayant trouvé refuge au Liban. Ce sont d’ailleurs ces mêmes militants qui ont entamé mercredi les contacts ayant précipité la libération de l’opposant Zouheir Najjar à Tripoli... et qui attendent désormais un fil conducteur vers le lieu de détention de MM. Kaddoura et Ammar.

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