Jean-Claude Ellena dans sa maison de Cabris, le 26 juillet 2011. Photo AFP/Anne-Christine Poujoulat.
À l’intérieur, un petit laboratoire accueille deux carrousels chargés de centaines de flacons d’essences. Mais c’est loin de ces matières odorantes que crée celui qui se présente comme « un écrivain d’odeurs ».
Dans son bureau, papier et crayon lui suffisent : « Pour créer un parfum, il faut que je raconte une histoire. Dans mon métier, il faut les mots », explique l’auteur de Journal d’un parfumeur, paru en mai aux éditions Sabine Wespieser, dans lequel il relate un an de sa vie et révèle les formules de 22 odeurs.
En période de création, les va-et-vient se succèdent entre le bureau, où il rédige les formules, assemblées et pesées dans le laboratoire avant de revenir sur la table du maître pour être senties sur des « touches » de papiers buvard. «Trop de ci, pas assez de ça »... une nouvelle formule éclot et la valse recommence, « parfois des centaines de fois », explique cet amoureux de Jean Giono.
« J’avais dans l’idée, pour “Voyage” d’Hermès, de créer une odeur tendue. Pour moi ça voulait dire beaucoup. Sans ce tendu que j’avais en tête, ce n’était pas bon. Finalement, je l’ai eu, mais on est dans une totale abstraction », explique-t-il en riant.
Pour « Jardin après la mousson », « l’idée était de rendre l’odeur de la pluie ». Mais « si en Inde, la mousson est très positive, en Occident, elle est vécue comme un désastre », avance-t-il pour expliquer l’accueil mitigé du parfum, seul bémol d’un succès indéniable, l’activité parfum de la prestigieuse maison étant en croissance de 18 % au second trimestre 2011. « Terre d’Hermès », créé en 2006, s’est également classé cinquième parfum le plus vendu en France.
Entré à 16 ans comme ouvrier à l’usine Chiris, à Grasse, Jean-Claude Ellena se retrouve sous l’aile de madame de Dortan, une chimiste qui lui livre les rudiments du métier. Cet autodidacte fâché avec l’école débute ensuite comme élève puis assistant-parfumeur chez Givaudan.
Vient alors en 1976, à tout juste 28 ans, son premier grand succès : « First » de Van Cleef & Arpels. « C’est avant tout l’histoire d’une rencontre avec Jacques Arpels.» Un parfum qu’il ne renie pas, mais qui constitue ce qu’il ne veut plus faire : « une accumulation, un empilement de composants » qui a laissé la place à « une envie d’épure». «Aujourd’hui, je créé avec moins de 200 matières», quand les parfums en contiennent communément 1000 ou 1500. Après avoir vécu avec femme et enfants (une fille parfumeuse et un fils architecte) à Paris et New York, il revient sur les terres grassoises. En 2001, Hermès l’approche pour ce qui deviendra « Jardin en Méditerranée ».
Premier à introduire l’odeur de thé dans les parfums, il attribue sa réussite « aux rencontres, au travail et à ma femme », et avoue ne pas se parfumer, par souci « d’être le plus neutre possible ». Seule concession, « je porte mes essais sur le point d’aboutir pour voir leurs imperfections ». Féminins, masculins, sans distinction. « L’idée de mettre un genre sur les parfums est récente et commerciale », révèle-t-il, malicieux.
Amateur des « odeurs de peau », il confie un fantasme : « J’aimerais que les parfums ne soient pas portés, parce que je les vois comme des œuvres artistiques. »


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