Mais on sait qu’au sein même du cabinet, le dossier est contesté. Le groupe de Joumblatt a été le premier à soulever des objections. Ghazi Aridi explique que le bloc dont il fait partie n’est évidemment pas contre un rabiot consistant de distribution électrique. Mais qu’il se pose de sérieuses questions techniques tournant autour de la capacité du ministère de l’Énergie et de l’office de l’Électricité à mener à bien le chantier annoncé. Tout seuls, avec un personnel peu expert, et sans le concours de spécialistes extérieurs.
Il ajoute que sur le plan comptable, juridique ou administratif, le programme doit obligatoirement être supervisé par une commission ministérielle, dirigée par le président du Conseil et comprenant les ministres de l’Énergie, des Finances, de l’Économie et de la Justice.
Pour observer ensuite qu’il serait nécessaire, en pratique, d’obtenir le concours du secteur privé. Afin d’assurer le bon déroulement des quatre étapes prévues, dont la première prévoit un surplus de 700 MW devant coûter 1,2 milliard de dollars.
Sur le fond, un ministre indépendant affirme que le gouvernement, loin de vouloir rejeter le plan, y tient beaucoup. Pour le service du public. Il se soucie d’autant plus d’éviter les dérapages. Et certains de ses membres proposent, pour plus d’assurance, la création d’un institut technique, chapeauté par un comité régulateur politique que l’on chargerait de mener l’opération à bien.
Ils rappellent que l’on songe à mettre sur pied un comité du pétrole, pour superviser les forages potentiels en mer. À leur avis, il doit en être ainsi également pour l’électricité ou encore l’eau. Car ce sont des secteurs d’un intérêt vital pour la population. Ils doivent aller de l’avant avec dynamisme et technicité accentuée. L’on ne peut, concluent-ils, s’y contenter de structures étatiques traditionnelles, archaïques, rigides et par trop bureaucratiques.
Plaintes
Cependant, le CPL grogne. Il estime que l’on tergiverse à dessein, pour lui couper l’herbe sous le pied. Alors que le temps étant de l’argent, il en coûte au pays beaucoup d’en perdre. Les cadres du courant pensent dès lors que ce n’est pas le souci de mieux cerner la question technique qui anime les détracteurs voilés qui les interrogent. Mais la volonté de tout saboter. S’il y avait eu bonne foi, l’on aurait d’abord approuvé le plan. Et, seulement ensuite, poser les questions techniques. D’autant qu’elles doivent s’adresser au service de régulation qualifié que le ministre de l’Énergie doit former, du moment qu’il lui appartient de mener le plan à terme.
Selon eux. Rappelons en effet que d’autres, dont les centristes, estiment que la supervision doit revenir non pas au seul détenteur du portefeuille de l’Énergie mais à un comité ministériel qui l’inclurait.
Les aounistes se sentent donc ciblés. À les en croire, le Conseil des ministres ferme souvent les yeux sur des adjudications conclues à l’amiable par des ministères ou des offices autonomes, pour des millions de dollars, sans qu’aucun contrôle ne leur soit imposé. Or, poursuivent-ils, dès que nous faisons mine de bouger le petit doigt, c’est la ruée des inquisiteurs. On ne veut rien nous laisser faire, même si le pays en pâtit.
Se référant à Taëf, ces cadres affirment que le pacte attribue à tout ministre le pouvoir de diriger son département en maître absolu. Sous obligation, bien entendu, de s’expliquer en Conseil des ministres et de rendre des comptes à la Chambre, quand cela lui est demandé. Ses prérogatives, disent-ils encore, sont totales. Et les organismes de contrôle, comme la Cour des comptes ou les diverses inspections, ne peuvent jamais les brider avant coup, devant se contenter, le cas échéant, de signaler les erreurs commises.
Avec Bassil, cela va encore plus loin. Il rejette les suggestions visant à ce qu’il partage la responsabilité ou, si l’on préfère, le contrôle du plan. En y voyant une atteinte à sa dignité, ainsi qu’à celle du courant qu’il représente au sein du cabinet. Le général Michel Aoun déclare à ce propos : le gouvernement peut toujours sauter, nous gardons avant tout notre dignité.
Bassil ne veut donc pas lâcher du lest. Il n’accepte pas de comité cogérant le dossier (et le devis) avec lui. Tout ce qu’il consent à faire, c’est de remettre régulièrement au Conseil des ministres des rapports circonstanciés sur le déroulement des opérations de distribution. Des relevés de journal de bord, en somme, à la manière d’un commandant de navire seul maître à bord après Dieu.
En tout cas, il est probable, selon des sources diverses, que le plan soit finalement adopté le 7, ou après, mais après modification. De quoi au juste, on ne le sait pas encore. Il reste que Joumblatt est lui aussi déterminé à ne pas permettre d’escamotage. Il déclare sans ambages que le Conseil des ministres doit « prendre nos observations en compte. Car nous n’allons pas nous soumettre à la logique de la menace et du chantage que certains développent ». Cela en allusion manifeste à la menace de Aoun de claquer la porte du gouvernement. Et de conclure : « Peu nous importe, même si ma position doit ébranler la présente alliance politique. »
De son côté, Mikati consulte Berry. En vue d’un compromis que Aoun et Joumblatt accepteraient. Ils invitent la majorité à rester unie, pour servir le pays comme une équipe de travail bien soudée. Le président Sleiman déploie également des contacts d’apaisement.


Il semble que les vents ont tourne et que Joumblatt cherche toutes sortes d' excuses pour s'en sortir! A suivre...
06 h 45, le 25 août 2011