Son forfait de violence a mis en émoi la région de Lassa. Plus largement de Kartaba ou des hauteurs de Jbeil, jurd inclus, déjà à fleur de peau à cause du conflit sur des terres, diocésaines, paroissiales ou autres, que des résidents chiites veulent s’approprier. En multipliant, malgré un accord de gel conclu avec le patriarcat, en présence du Hezbollah, les spoliations et les constructions illicites sur le bien cadastral d’autrui.
On le sait, le coordinateur du 14 Mars, l’ancien député Farès Souhaid, se bat contre le plan de mainmise, pour ne pas dire de conquête, d’un des noyaux du Mont-Liban, par la reptation hezbollahie. Il met en garde contre les effets pervers d’un attentisme laissant les faits accomplis s’accumuler, en sciant le principe vital de la coexistence. En rappelant que la région de Jbeil avait su se distinguer par l’unité de ses enfants, chrétiens et musulmans, lors de l’effroyable série de guerres intestines déclenchée en 1975. Une harmonie qu’un pacte d’honneur islamo-chrétien, signé dans le haut lieu spirituel d’Annaya, au couvent même de Saint-Charbel, avait à l’époque solennellement consacrée. Engagement suivi à la lettre durant toute la sinistre période des hostilités, et qui faisait souvent de la région une zone de refuge pour les autres Libanais.
À la suite de l’agression contre un homme de religion, le patriarcat a publié un communiqué condamnant l’acte et invitant l’État à faire arrêter le coupable, dont le nom est connu. Mais cela n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau, car les services n’ont pas bougé. Ils soutiennent que l’individu est en fuite. Mais les habitants de Lassa le démentent. En répliquant qu’il est bien là, au village, et qu’il s’y déplace librement.
Partant de là, le patriarcat a prié les diocèses et les paroisses de faire donner lecture de son communiqué lors du rassemblement des fidèles pour la messe dominicale. Une initiative qui a permis de susciter, à propos du laxisme des autorités, le courroux des chrétiens, maronites en tête, de la région.
La grogne
Les gens se sont mis à marmonner. Pour dénoncer le laisser-aller des autorités vis-à-vis de l’application de la loi. Ce qui est bien étrange dans une région à laquelle appartiennent le chef de l’État et le ministre de l’Intérieur...
Ils en rajoutent à travers cette série de questions au premier degré : le président de la République accepte-t-il ce qui se passe ? Le ministre de l’Intérieur admet-il que l’agresseur reste libre ? Où sont les députés qui gravitent dans l’orbite aouniste mais restent censés nous représenter ? Pourquoi, de leur part, cette absence, ce vide si paradoxalement opaques ? Pourquoi plient-ils l’échine ? Pourquoi ne demandent-ils pas à leurs alliés du Hezbollah de bien faire respecter le moratoire conclu à Bkerké qui gèle toute action de terrain, toute spoliation ou construction illicite, pendant deux mois ? Que devient le fameux pacte initial que le CPL a conclu avec le Hezbollah ? Et à quoi sert-il quand le courant laisse le parti mordre sur des droits chrétiens dont il se prétend le défenseur, le grand champion même ?
Et ils concluent sur cette volée de trop-plein : il devient évident que c’est la logique de la force milicienne armée qui prévaut. En s’imposant même aux alliés, ou aux partenaires, du Hezbollah, le CPL autant que Baabda, l’Intérieur ou Mikati. Pour s’emparer d’une région paisible qui était, jusque-là, l’un des symboles de la coexistence. Tout comme pour fouler la loi aux pieds, dans un insolent défi à l’État. Est-il admissible qu’un homme de religion soit agressé sans que le coupable ne soit interpellé ?
Prenant le relais, des cadres souverainistes soulignent que les responsables semblent tétanisés, paralysés, dès que le Hezbollah est en cause, ou en jeu. Ils vont jusqu’à bloquer, directement ou discrètement, toute éventuelle initiative de réaction, automatique ou réfléchie et volontaire, des services de l’État. Ce qui fait, entre autres exemples, qu’on prétend que les quatre inculpés n’ont pu être retrouvés et déférés au TSL. Malgré la retentissante interview au Time...
Abus
Ils se demandent pourquoi l’État accepte que le Hezbollah se place au-dessus des lois. En multipliant les redditions humiliées. Ces ex-loyalistes citent, en exemple d’une longue liste, la proclamation du ministre de l’Intérieur annonçant, à la veille de la fameuse rencontre de Bkerké au sujet de Lassa, la mise sur pied d’une force de 75 officiers et agents pour Lassa. Leur mission étant d’y imposer la loi, d’escorter les topographes pour qu’ils ne soient plus pris à partie, comme cela s’était produit auparavant. Et de réprimer les infractions cadastrales ou foncières.
Le ministre avait alors voulu se montrer ferme. En refusant d’accéder aux souhaits de certains députés le priant de geler l’opération, pour qu’il n’y ait pas d’incidents ou de troubles. Mais il s’y est résolu quand la même requête lui a été présentée par le patriarche Raï. Cela, faut-il préciser, à la suite de la réunion de conciliation, que l’on croyait réussie, tenue à Bkerké.
Une rencontre regroupant Ghaleb Abou Zaynab, représentant le Hezbollah, les députés et les notables de la région, le comité d’initiative de Lassa et des délégués du propriétaire des biens-fonds, le diocèse maronite de Jounieh. Mais, malgré les serments et les serrements de main, les méfaits se sont poursuivis, pour être couronnés récemment par l’agression, perpétrée par un élément armé, contre le diacre Hokayem et son garde du corps officiel.
Par suite de quoi, le ministre de l’Intérieur a quand même installé à Lassa un poste supplémentaire de surveillance policière. Pour guetter et arrêter le coupable. Cependant, un des collègues de Marwan Charbel au sein du gouvernement croit savoir qu’en réalité l’agresseur du diacre serait lui-même un homme de religion. Un cheikh qui aurait regagné son QG opérationnel de la banlieue sud, ghetto soumis au règne du Hezbollah et qui reste inaccessible à l’État.
Le comble, c’est que la paroisse Notre-Dame se trouve empêchée par les violateurs de biens ( ! ) d’installer un salon de réception, sous prétexte que le wakf n’excipe pas les documents cadastraux requis, les preuves historiques de propriété.
En tout cas, la région de Lassa reste sous forte tension, et même en état d’ébullition. Des figures de proue y tirent la sonnette d’alarme, pressant l’État de régler le problème rapidement. Avant la prochaine cueillette des pommes, les vergers s’interpénétrant, avec d’innombrables contestations réciproques de propriété ou de limites. Ce qui peut provoquer des affrontements.
Certains majoritaires accusent de leur côté les opposants de gonfler les choses à dessein, en vue des élections de 2013. Pour affaiblir les aounistes, en dressant l’opinion contre eux. Ces cadres assurent que les tentatives de leurs adversaires indisposeraient le patriarcat. Pour qui il vaudrait bien mieux que le dossier soit traité hors du champ médiatique et sans spectacle de tiraillements. En vue de solutions basées sur la concorde, loin de tout esprit de règlement de comptes ou de vindicte politique. Mais dans le respect de la loi. Ce qui s’adresserait aussi bien aux majoritaires qu’aux opposants.


Bachir, comme tout chef de guerre, ne cherche qu’une seule chose… arriver au pouvoir. Il n’a pas fait tout ça pour rester chef de milice… il n’a pas fait tout ça (tuant des chrétiens comme lui) pour les chrétiens. Tu n’as rien compris mon cher Christian, car tu continueras à penser chrétien d’abord… puis peut-être jamais libanais d’abord.
11 h 20, le 25 août 2011