Les experts pétroliers s’accordent à dire qu’il faudra un an dans le meilleur des cas, et probablement deux dans la réalité, pour que la Libye retrouve son niveau de production d’avant le conflit. Il faudra certainement réparer et il faut de toute façon plusieurs mois pour relancer des champs fermés, souligne M. Perrin. Face à cette urgence, les rebelles devraient renoncer à un grand chamboule-tout des anciens contrats, même s’ils ne devraient pas oublier leurs alliés occidentaux (France, Royaume-Uni, États-Unis, Italie) et arabes (Qatar) dans la reconstruction et pour les juteux nouveaux contrats d’exploitation qui se dessinent. « Le Conseil national transitoire a fini par indiquer qu’il respecterait tous les contrats passés, donc une bonne part de la production actuelle est déjà préemptée », explique Mathieu Guidère. « Mais ce qui est intéressant, c’est que le pétrole libyen est sous-exploité par rapport aux ressources du pays », souligne ce professeur.
Disposant de très loin des premières réserves de pétrole d’Afrique, la Libye n’était, même avant la révolution, que le quatrième producteur du continent (derrière le Nigeria, l’Angola et l’Algérie), un héritage des deux décennies 1980 et 1990, durant lesquelles le régime de Kadhafi était paria. Or le CNT a évoqué l’attribution à la France, en pointe dans les frappes internationales en Libye, de quelque 35 % des nouveaux contrats pétroliers, comme rétribution pour la coûteuse intervention militaire française, souligne M. Guidère. Mais pour Francis Perrin, qui ne s’attend pas une grande redistribution géopolitique avant 2013, il faut se méfier des promesses faites durant le conflit. « On est quand même dans un business et je pense que l’expérience montre que cela pèse d’un poids beaucoup plus grand que les déclarations politiques du type “vous verrez, quand nous serons au pouvoir, vos entreprises crouleront sous les contrats” », tempère-t-il.
« Quel que soit le régime, il aura besoin d’exporter. Et cela se fera avec le soutien des compagnies internationales », estime Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l’IFP Energies.
(Source : AFP)

