S’il est courant de croiser à Rio des femmes en bikini dans les quartiers en bord de mer, en rencontrer une voilée est une exception. Ricardo Moraes/Reuters
« Au début, ma mère mourait de honte quand elle devait sortir avec moi. Je porte le voile pour afficher ma condition de musulmane, de minorité consciente », déclare-t-elle. En effet, s’il est courant de croiser à Rio des femmes en bikini dans les quartiers en bord de mer, en rencontrer une voilée est une exception. Omar et Fatima iront l’année prochaine en Arabie saoudite avec une bourse du gouvernement saoudien « pour apprendre l’arabe ».
La construction de la Mosquée da Luz, dans le quartier de Tijuca, dans le nord de Rio, a commencé il y a quatre ans avec l’argent des fidèles. Elle aura une capacité de 400 personnes pour la prière. Jusque-là, leur lieu de culte était une salle de 40 m2. « Le nombre de musulmans ne cesse de croître, et c’est en majorité des Brésiliens qui se convertissent. On recrute essentiellement par Internet », explique Sami Isbelle, 43 ans, porte-parole de la société musulmane de Rio (SBMRJ), fondée en 1951. « À Rio, il y a quelque cinq cents familles musulmanes dont 85 % sont des Brésiliens convertis qui n’ont rien d’arabe », souligne-t-il. C’est moins le cas dans les États de Sao Paulo et du sud du Brésil où se concentrent la plupart des musulmans d’origine. Il n’existe aucun recensement officiel du nombre de musulmans au Brésil où seules les religions catholique, évangélique, juive, spirite et afro-brésiliennes sont prises en considération. « Les musulmans entrent dans la catégorie “autres” comme les bouddhistes par exemple. Un nombre raisonnable serait une estimation d’un million de musulmans », affirme Paulo Pinto, spécialiste de l’islam à l’université Fluminense. Le meilleur indicateur de l’expansion, selon lui, est la multiplication des lieux de culte. On en compte 127, soit près de 4 fois plus qu’en 2000.
Paradoxalement, après les attentats du 11-Septembre, « il y a eu un éveil d’intérêt pour l’islam et beaucoup ont décidé de se convertir », explique l’universitaire. « L’islam a été perçu comme une nouvelle forme de résistance », selon lui. Mais c’est une « telenovela », lancée juste trois semaines après les attentats de 2001, Le Clone, qui a suscité l’engouement au Brésil. Situé au Maroc, le feuilleton populaire a diffusé « une image positive de l’Orient avec un héros musulman bienveillant et tout l’imaginaire de la fête », rappelle Paulo Pinto. « On a tendance à croire que la culture brésilienne avec sa sensualité et son libéralisme est opposée aux règles de l’islam. Mais en fait, il y a beaucoup de règles morales conservatrices, y compris dans la sexualité. Il suffit de voir qu’au Brésil, les mouvements évangéliques ont beaucoup de succès », souligne-t-il.
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