Les foules ont scandé : « Le peuple exige la justice sociale », slogan de la contestation depuis son début à la mi-juillet.Menahem Kahana/AFP
Selon le porte-parole de la police nationale, Micky Rosenfeld, les manifestations ont réuni samedi soir un peu plus de 50 000 personnes, dont 25 000 à Haïfa, la capitale du nord d’Israël, et 15 000 à Beersheva, la grande ville du Néguev, au Sud, une région défavorisée. Les médias ont estimé à plus de 73 000 le nombre de manifestants, tandis que les organisateurs donnaient le chiffre de 100 000 dans tout le pays, dont 40 000 pour la seule ville de Beersheva. Les dirigeants du mouvement et militants de base ont affiché leur satisfaction d’avoir pu mobiliser tant de manifestants en dehors des deux plus grandes villes d’Israël. « On entend finalement la voix de gens du Sud, pas seulement celle de Tel-Aviv », a expliqué Adar Meron, une danseuse de flamenco, la première à dresser une tente de protestations à Beersheva, après la naissance du mouvement à Tel-Aviv. Sur une grande place de Beersheva, une immense banderole était déployée, sur laquelle était écrit : « Le Néguev se réveille », tandis que des manifestants brandissaient des pancartes : « Israël m’est cher », « Le Sud en colère », « Pour un État providence maintenant ». Pour Haim Bar-Yaakov, 53 ans, un travailleur social de Beersheva, cette manifestation a constitué « un moment historique ». « J’habite depuis 40 ans dans cette ville, je n’ai jamais vu une telle mobilisation. Le peuple tout entier, juifs et Arabes, Sépharades et Ashkenazes (juifs orientaux et d’Europe de l’Est), est uni pour une société plus juste », a-t-il expliqué. Des bédouins et des juifs religieux se sont aussi mêlés aux contestataires. Des rassemblements ont également eu lieu notamment à Afula, à Modiin et Eilat. Les foules ont de nouveau scandé : « Le peuple exige la justice sociale », le slogan adopté par la contestation depuis son début à la mi-juillet avec l’apparition des premières tentes de protestations le long du boulevard Rothschild, dans le quartier le plus chic de Tel-Aviv.
Par ailleurs, l’objectif déclaré des organisateurs samedi n’était pas seulement d’étendre le mouvement à la « périphérie » mais aussi de mobiliser les classes populaires afin de ne pas apparaître comme une protestation de « bobos » (bourgeois bohème) de Tel-Aviv, caricaturés sous les vocables d’« amateurs de sushis et fumeurs de narguilé ». Depuis le début de la contestation, ce sont surtout les classes moyennes et les étudiants qui ont été les plus actifs. Selon un sondage rendu public mardi passé, une très grande majorité de la population israélienne (88 %) soutient cette grogne sociale, la première du genre d’une telle ampleur en Israël et 53 % d’entre eux se disent prêts à participer à des manifestations.
Soumis à cette pression, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est dit prêt à infléchir son approche ultralibérale de l’économie pour répondre aux exigences des manifestants. Il a créé une commission chargée de proposer des réformes avec les partenaires sociaux et de présenter des recommandations au gouvernement d’ici à un mois. Il s’est engagé également hier, lors du Conseil des ministres hebdomadaire, à trouver des « solutions concrètes » pour réduire le coût de la vie en Israël, mais il a rappelé qu’il faudrait obéir à certaines « contraintes » pour réaliser ces réformes.
(Source : AFP)


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