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Nos lecteurs ont la parole

Qu’avons-nous signé hier et que nous prépare-t-on pour demain ?

Par George SABAT
Dans l’euphorie de la passation des pouvoirs après l’octroi de la confiance par l’Assemblée nationale, deux événements politiques de majeure importance ont été passés sous silence et n’ont curieusement fait l’objet d’aucune question ou demande d’explication de la part de la nouvelle opposition.
Durant les derniers mois de la gestion du gouvernement d’union nationale, une kyrielle d’accords (une cinquantaine environ) ont été signes entre l’État libanais, la Syrie et l’Iran dont on ne connaît pas grand-chose à part qu’ils relèvent des domaines économiques, politiques et sociaux, ce qui en somme ne nous éclaire guère.
Ces accords, le représentant de la République islamique n’a pas manqué de les rappeler au cours de sa dernière visite à notre président, telle que l’a rapportée la presse.
Le peuple libanais, au nom duquel tous ces engagements ont été pris, n’est naturellement pas en droit d’en connaître la teneur, n’étant pas jugé assez « mûr » pour y avoir accès.
Cette marginalisation outrancière de toute une population, docile et soumise, est le résultat d’une politique d’exclusion et de mise à l’écart invariablement suivie par tous nos dirigeants depuis l’époque de l’indépendance et qui semble se perpétuer à l’heure actuelle.
C’est dans une optique similaire que le gouvernement de l’époque n’avait pas juge nécessaire de rendre publique la teneur de la convention signée en 2007 avec la République de Chypre sur nos frontières maritimes, avec toutes les conséquences désastreuses que l’on connaît. Aujourd’hui encore, nul ne se préoccupe denous expliquer le retard de cinq ans que l’on à mis à poursuivre ce dossier, jugé pourtant d’une importance capitale pour le pays.
Et si nous voulons remonter plus loin dans le passé, c’est en vertu d’arguments semblables que les Libanais n’avaient pas été mis au courant des conditions du fameux « accord du Caire », avec toutes les conséquences désastreuses qui en ont découlé.
Combien d’autres désastres doivent s’abattre sur ce malheureux pays avant que ses dirigeants de droite ou de gauche, du 14 ou du 8 Mars, ne réalisent enfin que le peuple est en droit de leur réclamer l’accès à l’information et la participation à la prise de certaines décisions fondamentales qui engagent son présent et son avenir ? Quand donc ce malheureux peuple cessera-t-il d’être le dindon de la farce ?
En effet, tous les déboires dont nous avons souffert par le passé ne sont rien en comparaison de ce qui nous attend dans les mois ou les années à venir. Permettez-moi d’élaborer.
La nouvelle équipe homogène au pouvoir depuis quelques jours ne semble pas devoir suivre une politique différente de celle adoptée par tous ses prédécesseurs depuis les premiers jours de l’indépendance.
Nul parmi ces trente ministres, gonflés de leur importance, n’a songé à calmer les inquiétudes de ce pauvre peuple au sujet de toutes les échéances douloureuses qui l’attendent.
Nul n’a songé à lui dire comment, et par quelle magie, ce gouvernement entend résorber cette dette de soixante milliards de dollars qui risque d’atteindre avant fin 2017 les cent milliards si rien n’est fait pour arrêter sa croissance inexorable.
Nul ne leur explique comment ils comptent réduire le déficit annuel de quatre milliards de dollars dont l’État souffre chaque année et pour lequel de nouvelles traites sont signées régulièrement, au grand plaisir des détenteurs de ces effets lucratifs.
Nul n’a pensé à leur dire d’où l’État compte se procurer les vingt milliards de dollars requis pour effectuer toutes les reformes essentielles qu’ils envisagent d’introduire, comme il ne fait que le claironner dans la presse.
À tous ces défis majeurs, le nouveau gouvernement oppose un mutisme de circonstance, un refus absolu de présenter jusqu’à une ébauche de plan de sauvetage et de révéler d’où il compte se procurer les ressources dont il aurait besoin pour l’exécuter.
Entre-temps, on enjoint à ce peuple docile de continuer à signer encore plus d’engagements, de traites et d’accords, sans poser de questions embarrassantes et sans réclamer des gages. Belle démocratie que la nôtre, dont nous sommes si fiers.
Quelle serait donc la solution, demanderez-vous ?
Cette solution est pourtant là devant nous, à en crever les yeux. Que nos gouvernants acceptent d’opérer avec plus de transparence. Qu’ils consentent à informer le peuple des choix importants qu’ils sont appelés à faire. Qu’ils consultent ce peuple quand ils doivent prendre, en son nom, des décisions qui pourraient engager son présent et son avenir. Est-il normal qu’aucun référendum national n’ait été tenu au Liban depuis le jour où nous avons acquis notre indépendance ?
Seul lorsque le peuple sera encouragé à participer activement à la gouvernance de son pays pourrons-nous espérer un changement effectif et durable du concept de la démocratie au Liban.
La transparence et la participation contribueraient ainsi grandement à résoudre les problèmes d’ordre confessionnel et idéologique qui nous affligent. La transparence agirait aussi pour réduire le niveau de la corruption qui gangrène notre société et les rouages de l’État en éclairant au grand jour les aspects et le déroulement de cette gouvernance. La transparence aiderait à mettre à bas ce mur de soupçon qui sépare à présent les deux factions du 14 et du 8 Mars ainsi que les citoyens qu’ils s’efforcent tous deux de manipuler.
Dans l’euphorie de la passation des pouvoirs après l’octroi de la confiance par l’Assemblée nationale, deux événements politiques de majeure importance ont été passés sous silence et n’ont curieusement fait l’objet d’aucune question ou demande d’explication de la part de la nouvelle opposition.Durant les derniers mois de la gestion du gouvernement d’union nationale, une kyrielle d’accords (une cinquantaine environ) ont été signes entre l’État libanais, la Syrie et l’Iran dont on ne connaît pas grand-chose à part qu’ils relèvent des domaines économiques, politiques et sociaux, ce qui en somme ne nous éclaire guère.Ces accords, le représentant de la République islamique n’a pas manqué de les rappeler au cours de sa dernière visite à notre président, telle que l’a rapportée la presse.Le...
commentaires (1)

Merci Monsieur Sabat pour votre article qui met en évidence, comme votre article précédent (OLJ du 27/07 2011) que le peuple libanais n'a jamais été consulté lors des décisions importantes engageant son avenir. Vous dites a juste titre qu'il n'y a pas eu de referendum depuis l'Indépendance, mais on pourrait ajouter qu'il n' y a jamais eu de referendum au Liban. Ni lors de la constitution du Grand Liban en 1920, ni lors de la proclamation du pacte national de 1943, ni lors de l'accord de Taef, le peuple n'a été consulté. Dans tous ces cas, l'avenir du peuple a été décidé, soit par un ou deux hommes de religion(1920), soit par deux politiciens qui se sont autoproclamés représentants de leurs communautés religieuses(1943), soit par un parlement qui, a force de s'auto-renouveler, ne représentait plus que l'ombre de lui-même (Taef). Aujourd’hui, il est demandé que soit institué un nouveau pacte national, mais ce dernier subira le même sort que les précédents si le peuple est mis à l’ écart et si son avis n’est pas sollicité. Faut-il rappeler à nos dirigeants politiques et religieux que le mot démocratie signifie un système dans lequel il y a gouvernement du peuple par le peuple.

Fernand Zoghbi

07 h 04, le 10 août 2011

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Commentaires (1)

  • Merci Monsieur Sabat pour votre article qui met en évidence, comme votre article précédent (OLJ du 27/07 2011) que le peuple libanais n'a jamais été consulté lors des décisions importantes engageant son avenir. Vous dites a juste titre qu'il n'y a pas eu de referendum depuis l'Indépendance, mais on pourrait ajouter qu'il n' y a jamais eu de referendum au Liban. Ni lors de la constitution du Grand Liban en 1920, ni lors de la proclamation du pacte national de 1943, ni lors de l'accord de Taef, le peuple n'a été consulté. Dans tous ces cas, l'avenir du peuple a été décidé, soit par un ou deux hommes de religion(1920), soit par deux politiciens qui se sont autoproclamés représentants de leurs communautés religieuses(1943), soit par un parlement qui, a force de s'auto-renouveler, ne représentait plus que l'ombre de lui-même (Taef). Aujourd’hui, il est demandé que soit institué un nouveau pacte national, mais ce dernier subira le même sort que les précédents si le peuple est mis à l’ écart et si son avis n’est pas sollicité. Faut-il rappeler à nos dirigeants politiques et religieux que le mot démocratie signifie un système dans lequel il y a gouvernement du peuple par le peuple.

    Fernand Zoghbi

    07 h 04, le 10 août 2011

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