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Nos lecteurs ont la parole

L’environnement, un grand défi pour le Liban

Par Dr Joseph KREIKER
Cette planète Terre est notre seul refuge, notre seul vivoir; elle nous appartient ; nous avons le devoir de la préserver. Les Libanais doivent en être conscients de cette nécessité.
Le respect d’une nation passe par la sauvegarde de sa nature, de ce qu’elle a créé. Une écologie humaine doit être prônée. Les peuples qui dégradent leur patrimoine écologique se déshonorent.
Nous sommes tous responsables de la protection de la nature ; le meilleur moyen de préserver notre planète est d’investir dans l’éducation, la sensibilisation, la mobilisation, l’application des techniques scientifiques associées au respect de l’éthique et du droit. Un changement des mentalités au niveau de chacune des administrations centrales et locales s’impose. Chaque citoyen doit être concerné par la défense de la nature.
Dans les pays occidentaux, le ministère de l’Environnement est un hyperministère doté d’un budget colossal. Toutes les religions, toutes les idéologies prônent le respect de l’environnement.
Au Liban, l’environnement est écrasé par les intérêts économiques, égoïstes, strictement personnels, orientés vers les bénéfices sans scrupules. Des citoyens soumis acceptent cette situation mercantile et anarchique, dans l’indifférence la plus totale. Tant de laxisme, de haine, d’acharnement contre la nature ! Pourquoi ? Ignorance ? Profits ? Incapacité ? Complicité ?
Un pays où règne la culture du béton, où les hommes traitent leur environnement avec la plus grande sauvagerie, où des lois permettent de détruire la nature, un pays où, si des lois de protection de notre espace vital existent, on fait tout pour les contourner. Je pense ici à la pollution de la mer, à la faune marine, à la destruction de nos forêts, aux constructions illégales et celles légalisées avec des infractions moyennant quelques deniers versés sous la table aux petits et grands responsables ; je pense à notre nappe phréatique, à nos fleuves et ruisseaux, aux montagnes de déchets qui longent nos rues, parfument nos maisons de leurs senteurs et ornent notre littoral. Je pense aussi aux réserves naturelles qui sont mal protégées ; des montagnes de déchets surplombent la mer, à Beyrouth et ailleurs. On massacre Kanater Zbeidi et on noie la belle région de Monteverde sous des tonnes de béton sauvage. On menace les réserves naturelles, etc.
Se plaindre, hurler son indignation, manifester toujours et sans cesse, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Où peuvent mener toutes ces critiques ? Nulle part. Tout ce que vous direz tombera dans de sourdes oreilles. Tout ce que vous écrivez tombera entre des mains d’aveugles. Tout ce gâchis se fait au vu et au su des officiels, des partis politiques, des organisations non gouvernementales (ONG), des notables de la société civile, des ordres professionnels, des syndicats, des municipalités...
Oui, on entend parfois quelques voix timides, sans lendemain, dénoncer avec frilosité les abus commis par les mercenaires de la nature, ceux-là mêmes qui n’ont jamais caressé une fleur, qui n’ont jamais admiré une étoile, qui n’ont jamais chéri personne. Ils n’ont jamais d’amis. C’est bien triste. Ils n’ont jamais rien fait d’autre que se livrer à des spéculations.
Pour stopper cette dérive, il est urgent de manifester, de bloquer sur le terrain le cours des événements, d’imposer aux responsables d’être les vrais gardiens de la nature par le respect des droits et des devoirs.
Parfois je me trouve à méditer une aventure, fortement suggestive, vécue à la Cité universitaire de Paris, alors que j’étais encore étudiant. Nous logions dans un pavillon de cette belle Cité universitaire au sein d’un immense parc fleuri et vert, au cœur d’une des plus belles villes du monde. Nos petites chambres étroites donnaient sur ce fabuleux parc soigneusement entretenu ; malgré l’exiguïté des chambres, il faisait bon y vivre. Une négligence du directeur de notre pavillon d’engager des femmes de ménage pour nettoyer nos chambres a transformé nos étroits locaux en une véritable poubelle. Devant cette situation qui perdurait et après maintes promesses fallacieuses, des étudiants ont, dans un geste spontané, sans violence ni agressivité, déposé leurs sacs de poubelle devant l’entrée principale du domicile du directeur du pavillon, bloquant ainsi tout accès à sa maison et l’obligeant à sortir par la fenêtre de son rez-de-jardin. Bien sûr, la police fut appelée sur les lieux et donna raison, après enquête, aux étudiants. Le lendemain, une solution fut trouvée et on commença par nettoyer nos chambres.
Je ne sais pas si ce comportement peut servir d’exemple à nos chers citoyens. Calme, détermination et présence sur le terrain finissent toujours par déboucher sur une grande efficacité.
Pourriez-vous imaginer un seul instant ce qui arriverait si tous les habitants des environs de ces montagnes de déchets et si les représentants des institutions de notre société civile, si cultivés, si épris de justice, exprimaient leur colère en imitant ces jeunes étudiants ? Mon Dieu, les foudres du ciel leur tomberaient sur la tête. Restons plus optimistes. Attention ! Il vaut mieux être étudiant à Paris que citoyen au Liban. En attendant, je vous propose, à l’image du petit prince de Saint-Exupéry, d’escalader ces montagnes de déchets, d’y planter une fleur faible, naïve, avec des épines méchantes. Pauvre fleur !
Cette planète Terre est notre seul refuge, notre seul vivoir; elle nous appartient ; nous avons le devoir de la préserver. Les Libanais doivent en être conscients de cette nécessité. Le respect d’une nation passe par la sauvegarde de sa nature, de ce qu’elle a créé. Une écologie humaine doit être prônée. Les peuples qui dégradent leur patrimoine écologique se déshonorent.Nous sommes tous responsables de la protection de la nature ; le meilleur moyen de préserver notre planète est d’investir dans l’éducation, la sensibilisation, la mobilisation, l’application des techniques scientifiques associées au respect de l’éthique et du droit. Un changement des mentalités au niveau de chacune des administrations centrales et locales s’impose. Chaque citoyen doit être concerné par la défense de la nature. Dans...
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