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Nos lecteurs ont la parole

II.- Au revoir, Monsieur « Anticancer »

Par Élias R. CHÉDID
On ne vit qu’une fois. Ceux que nous aimons aussi. Alors, si arrêter de manger des aliments industriels, se mettre au poisson ou aux fruits rouges a un tant soit peu de chances de diminuer notre propension à avoir un cancer, nous ne risquons rien à mettre tous les atouts de notre côté. Ce n’est qu’un pari, certes. Un pari de Pascal cependant. Car les consommateurs que nous sommes n’ont rien à y perdre. Et peut-être tout à y gagner (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 4 août 2011).
C’est là le sens du combat de David Servan-Schreiber. Si les consommateurs s’écartaient, ne fût-ce que légèrement, des produits alimentaires de masse, cela ne pourrait qu’induire pour les industriels une saine remise en question. Si cela ne nous évite pas les cancers à tous les coups, nous aurons au moins mangé mieux pendant tout ce temps. La sensibilisation récente de l’industrie agroalimentaire au problème de la malbouffe et l’émergence corrélative de produits « bio » doivent une fière chandelle à David Servan-Schreiber.
Un mot sur ses détracteurs, ces sans-foi-ni-loi dont il a dû subir les attaques. Je ne parle pas ici des scientifiques, auxquels je reconnais, en fidèle adepte de Karl Popper, la faculté si ce n’est le devoir de tout contester. Je parle d’une certaine catégorie de frustrés, de mal-pensants, d’aigris, qui croient pouvoir tout expliquer par la soif d’argent et par la volonté de pouvoir, histoire de ternir même les messages les plus altruistes. Ces individus ne croient pas aux sentiments humains car ils ont perdu les leurs depuis longtemps. La seule attitude qui les rassure, c’est de prendre pour hypothèse qu’il en va de même pour tout le monde. Ce n’était de toute façon pas le cas de David Servan-Schreiber. Pour ce qui est de l’argent, il avait cédé tous les droits lui revenant de la vente de ses livres Guérir et Anticancer à des associations de lutte contre le cancer. Quant au pouvoir, il a paradoxalement fallu que cet homme, qui luttait contre la maladie avec une énergie de l’espoir qu’il continuait de puiser dans sa seule et colossale volonté, décède pour que soit cloué le bec des désinformateurs indécents. Le seul pouvoir qu’il ambitionnait, c’était celui de changer nos vies pour le meilleur. J’espère, et je le dis sans gravité ni solennité aucune, qu’il pourra l’exercer depuis l’au-delà.
Le choc fut terrible enfin parce que je croyais David invincible malgré sa profonde humilité. J’ai du mal à croire qu’un individu avec une telle force ne soit plus des nôtres. Le père de la méthode « anticancer » terrassé par le cancer, c’est difficile à accepter. Son ami Régis Debray lui a dit, non sans humour noir, alors qu’il lui rendait visite à l’hôpital : « Alors, les framboises et les brocolis, ça ne suffit pas ? » La rechute de David Servan-Schreiber n’entame pourtant pas la crédibilité de sa méthode. Cette attitude est pour moi un pari de Pascal, comme je l’ai signalé plus haut, dont le coût est par ailleurs minime et les récompenses éventuelles immenses pour l’individu. Comme il le dit lui-même dans On peut se dire au revoir plusieurs fois, « on peut mettre tous les atouts dans son jeu. Mais le jeu, lui, n’est jamais gagné d’avance ».
Au-delà des échecs ponctuels, il convient de « s’accrocher jusqu’au bout ». Manger sainement est une infime partie du message « anticancer », comme le rappelle David Servan-Schreiber dans son dernier livre. Il y a l’importance essentielle des défenses naturelles du corps contre le cancer en complément des traitements conventionnels. Il y a également « l’absolue nécessité de trouver la sérénité intérieure et de la préserver, à l’aide notamment de la méditation, des exercices de cohérence cardiaque et surtout d’un équilibre de vie qui réduise au maximum les sources de stress ». L’activité physique et la nutrition sont tout aussi fondamentales pour le neuropsychiatre, qui les classe ex aequo.
Le message est donc pérenne. Reste la déchirure de l’au revoir. « Que mon tour arrive plus tôt, c’est triste, mais ça ne constitue pas une injustice monstrueuse. (...) J’ai vécu des expériences très enrichissantes, cancer compris. (...) Vivre jusqu’à 80 ans sans avoir rien réalisé de mes rêves et de mes aspirations, voilà qui aurait été un crève-cœur. »
On peut se dire au revoir plusieurs fois est dédié à tous ceux qui ont lu ou écouté David Servan-Schreiber, à toutes ces personnes avec qui il a « senti si souvent une connexion immédiate » et dont je fais modestement partie. L’important était pour lui de partir avec un sentiment de paix et de « connexion » : « La perspective de rejoindre l’ensemble des âmes humaines et animales dans un univers baigné de lumière, de connexion et d’amour a tout pour me ravir », conclut-il. Son souffle restera présent. Je suis persuadé, loin de tout ésotérisme, qu’il maintiendra le contact avec ceux qu’il a connus et que, « de là où il se trouve aujourd’hui, il essayera à son tour de les aider dans les épreuves de la vie ».
David Servan-Schreiber nous a quittés. Par-delà la tristesse infinie de cette nouvelle, nous ne pouvons que nous incliner devant son parcours éminemment utile, prier pour la paix de son âme exceptionnelle et nous atteler à mieux écouter son message et à contribuer à sa propagation pour le bien du plus grand nombre.
On ne vit qu’une fois. Ceux que nous aimons aussi. Alors, si arrêter de manger des aliments industriels, se mettre au poisson ou aux fruits rouges a un tant soit peu de chances de diminuer notre propension à avoir un cancer, nous ne risquons rien à mettre tous les atouts de notre côté. Ce n’est qu’un pari, certes. Un pari de Pascal cependant. Car les consommateurs que nous sommes n’ont rien à y perdre. Et peut-être tout à y gagner (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 4 août 2011).C’est là le sens du combat de David Servan-Schreiber. Si les consommateurs s’écartaient, ne fût-ce que légèrement, des produits alimentaires de masse, cela ne pourrait qu’induire pour les industriels une saine remise en question. Si cela ne nous évite pas les cancers à tous les coups, nous aurons au moins mangé mieux pendant tout ce...
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