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Liban - Loi Électorale

I – La proportionnelle en trompe-l’œil


Il y a quelques jours, le nouveau ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, annonçait qu’un nouveau projet de loi électorale était en gestation. M. Charbel n’a pas été disert sur les orientations de ce texte, se contentant de révéler que le découpage envisagé serait basé sur une quinzaine de circonscriptions, chacune de ces unités comportant, en gros, de huit à dix sièges.
Le ministre s’est abstenu, en particulier, de préciser le mode de scrutin qui serait appliqué dans ces circonscriptions, ce qui en dit long sur sa volonté de ne pas se laisser enfermer d’ores et déjà dans un schéma déterminé. Il doit avoir en mémoire l’amère expérience que connut dans ce domaine son prédécesseur, Ziyad Baroud.
Fondé sur la proportionnelle, le projet de loi que ce dernier avait mis au point en vue des élections municipales de 2010 avait, on s’en souvient, été tué à petit feu au Parlement, après avoir pourtant suscité l’enthousiasme apparent d’une bonne partie des forces politiques en présence.
Et c’est ce même semblant d’enthousiasme pour la proportionnelle que l’on observe aujourd’hui, pour la énième fois, non seulement chez des parties politiques, à commencer par chef de l’État et le Premier ministre eux-mêmes, sans parler du président de la Chambre, mais aussi auprès de politologues, de groupes de pression et autres associations de la société civile.
Le paradoxe est que la proportionnelle avait été, in fine, rejetée aux municipales, alors qu’elle aurait été bien adaptée à ce type de scrutin, et qu’aujourd’hui, on voudrait la promouvoir pour les législatives, c’est-à-dire là où, du fait du pacte, de la Constitution et du système politique en vigueur au Liban, elle ne l’est pas du tout.
Mais avant de dire pourquoi, il convient de distinguer, grosso modo, deux sortes de défenseurs de la proportionnelle au Liban. Il y a d’une part les bien-intentionnés, ayant appris dans les manuels de sciences politiques qu’il s’agit là du plus démocratique des modes de scrutin, tout en oubliant que les sciences politiques ne sont pas encore... une science exacte.
Et il y a d’autre part les « escrocs » – le mot n’est pas trop fort – qui cherchent à donner le change, à se montrer à la pointe de la modernité, tout en misant par avance sur le fait que la proportionnelle ne passera pas.
Ce phénomène est d’ailleurs récurrent depuis Taëf. À chaque fois, le même scénario se répète : on entame une campagne en faveur de la proportionnelle et de la circonscription la plus large possible (c’est-à-dire celle qui dilue le plus les minorités, les différences) avec l’arrière-pensée de faire échec à toutes les tentatives de réforme réaliste et juste du système électoral libanais, puis on se rabat en fin de parcours sur le système en vigueur non sans avoir essayé de manipuler le découpage de telle façon à avoir le plus de gains possible. Et, bien sûr, on prend soin, en rebroussant chemin, de bien montrer qu’on y est contraint, qu’on est victime d’une injustice, que le système est pourri, etc. La cerise sur le gâteau, c’est que cette posture permet, lorsqu’on perd les élections, de jeter le discrédit sur l’ensemble de la législature en proclamant qu’en raison du système, « la majorité parlementaire est d’un côté et la majorité populaire de l’autre ».
Il y a longtemps qu’à ce jeu-là, le Hezbollah, le mouvement Amal et quelques-uns de leurs satellites sont passés maîtres ; longtemps que l’ignorance ou la naïveté quasi générales en matière de systèmes électoraux empêche de dénoncer au grand jour des turpitudes d’autant plus néfastes qu’elles ne visent qu’à rendre impossible toute véritable réforme électorale au niveau national, sachant qu’au niveau des fiefs chiites, les dés sont toujours jetés à l’avance quel que soit le système. Ils le sont pour des raisons évidentes qui n’ont rien à voir avec les dispositions de la loi électorale.
De tous les alliés du Hezb, seul le CPL se distingue du lot dans son comportement en matière de scrutins. Le terrain électoral chrétien étant depuis plusieurs années autrement plus dynamique que le terrain musulman en général et chiite en particulier, cette différence du courant aouniste se comprend aisément. Cependant, déchiré entre la réalité chrétienne, démographiquement restrictive, et le goût de ses alliés pour les circonscriptions gloutonnes, le CPL est conduit à entretenir, lui aussi, une attitude ambiguë avec la proportionnelle.
Au sein du 14 Mars, la situation est quelque peu différente. Si les Forces libanaises, formation assez structurée disposant de publics minoritaires dans toutes les régions chrétiennes (à l’exception du fief, Bécharré), sont naturellement tentées, dans le principe, par la proportionnelle, la présence importante dans ce camp de petites formations, de personnalités indépendantes, de notables locaux, pour qui ce mode de scrutin serait mortel, ne facilite pas un accord à ce sujet. Et ce d’autant plus qu’on ne voit pas pourquoi le courant du Futur se laisserait entraîner dans une aventure susceptible – toujours dans le principe – de remettre en cause sa confortable suprématie dans les régions sunnites. L’absence de minorités sunnites significatives ailleurs qu’à Baalbeck et Hasbaya devrait en effet rendre à ses yeux la proportionnelle plutôt inintéressante.
Mais au fait, de quoi parlons-nous exactement ? Que signifie donc d’appliquer la « proportionnelle » là où il n’y a pas de proportions ? Chaque fois que l’on parle de loi électorale dans ce pays, le même plat est resservi, sans que personne ne daigne avouer que la recette n’est pas comestible.
Lorsqu’il s’agit d’élire douze, dix-huit ou vingt-quatre conseillers municipaux, sans répartition confessionnelle, comme c’est le cas pour ce qui est des municipales, la proportionnelle devient non seulement possible, mais nécessaire si l’on souhaite donner une existence aux minorités municipales.
Mais dès lors que le système politique libanais impose une répartition par quotas des sièges parlementaires, que ces quotas sont forcément inégaux et qu’ils réduisent drastiquement le nombre de sièges à pourvoir par circonscription, même la plus grande, parler de proportionnelle c’est tout simplement mentir.
Dans beaucoup de cas de figure, il y a deux ou même un seul siège à pourvoir. Dans ces cas-là, la « proportionnelle » devrait être appelée par son vrai nom : une « majoritaire déguisée ».

Prochain article :
II – « Des ciseaux en or »
Il y a quelques jours, le nouveau ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, annonçait qu’un nouveau projet de loi électorale était en gestation. M. Charbel n’a pas été disert sur les orientations de ce texte, se contentant de révéler que le découpage envisagé serait basé sur une quinzaine de circonscriptions, chacune de ces unités comportant, en gros, de huit à dix sièges.Le ministre s’est abstenu, en particulier, de préciser le mode de scrutin qui serait appliqué dans ces circonscriptions, ce qui en dit long sur sa volonté de ne pas se laisser enfermer d’ores et déjà dans un schéma déterminé. Il doit avoir en mémoire l’amère expérience que connut dans ce domaine son prédécesseur, Ziyad Baroud.Fondé sur la proportionnelle, le projet de loi que ce dernier avait mis au point en vue des élections...
commentaires (5)

La proportionnelle devrait être introduite petit à petit dans notre pays . Que l'on commence déjà par y avoir recours pour les élections municipales. Après pour les législatives, il est certain que beaucoup de voix s'élèveront contre, trop d'intérêts sont en jeux. PS: merci a Mr Jabbour et à sa boule de cristal magique.

Jad Eid

06 h 17, le 27 juillet 2011

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Commentaires (5)

  • La proportionnelle devrait être introduite petit à petit dans notre pays . Que l'on commence déjà par y avoir recours pour les élections municipales. Après pour les législatives, il est certain que beaucoup de voix s'élèveront contre, trop d'intérêts sont en jeux. PS: merci a Mr Jabbour et à sa boule de cristal magique.

    Jad Eid

    06 h 17, le 27 juillet 2011

  • En theorie,la proportionelle,c'est l'ideal.Mais les problemes se poseront ,une fois les elections terminees.Il se pourra qu'un petit parti,avec un ou deux representants,parviendra a dicter sa loi,et qu'un autre avec 50 deputes,se retrouvera dans l'opposition.Meme les plus vieilles democraties du monde,a commencer par le Royaume Uni,ont fini par adopter les circonscriptions les plus petites,avec 1 seul depute a elire.Ce qui a l'avantage de permettre a l'electeur de connaitre son representant ...et non pas se laisser imposer des inconnus,par un systeme sois-disant de parties politiques,qui ne sont que manipulees par des chefs religieux ou feodaux. 1 circonscription,1 depute 128 circonscriptions...128 deputes ???

    Joseph Abi Najem

    04 h 50, le 27 juillet 2011

  • Les élections à la proportionnelle démontrerons la vrai force politique sur le terrain de chaque parti. Les batailles se jouerons dans la montagne et je veux dire toute la montagne. Kesserouan, Baabda, Aley, Le Chouf verront des changements inattendus. Le reste du pays verra beaucoup moins de changements et au Sud quasi rien. Il y aura un vrai partage des sièges et on en aura fini avec les sièges raflés à 150 voix qui ne démontrent pas la réalité du terrain. Un simple exemple est que les chrétiens du Chouf de donnent pas leurs voix aux députés élus sur la liste Joumblatt ni à Aley aussi. Au Kesserouan le CPL perdrait 1 siège mais en récupèrerai ailleurs. A Beyrouth, le Futur ne sera plus le principal parti ni à Saida, ni à Tripoli bien entendu. Alors, les uns et autres perdront et gagneront d'ici et là. Mais le principal c'est que cette future loi électorale doit être faite pour que soit au Parlement l'exacte image de la volonté de la majorité des votants. On en finira avec les alliances néfastes qui ont démontré qu'un système aussi vieux et archaïque que le nôtre ne tiens plus la route. Je connais un ex député qui a perdu sa place même avec 70% des voix qui lui ont été donnés par la communauté qu'il est censé représenter! C'est absurde et ça na peux plus continuer comme ça...Pas avec une loi des années 1960, vieille de plus de 50 ans ! Maintenant il est certain que des alliances se feront pour que des listes, même à la proportionnelle, prennent 90% des sièges et c'est ce qui se passe souvent dans les pays Européens. La majorité actuelle sera encore plus renforcée. Je pense qu'au Liban (en 2013) beaucoup de partis iront quasiment seul pour connaître leur taille. Les futures proportionnelles (après 2013) seront différentes.

    Maroun NAJJAR

    03 h 40, le 27 juillet 2011

  • Mr Mikati pense comme Mr Hariri père lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 1992, plein de bonnes intentions et beaucoup de naïveté. Mais en ce pays du Levant, il à été écrit qu’on n’apprendra jamais de notre histoire, et encore moins de celle des autres. N’a-t-on pas appris de l’OLP qu’il est illusoire de faire vivre un état dans l’état ? des milices Chrétiennes que le pouvoir des armes est nuisibles aux autres communautés ? Que les 2 états voisins qui nous ont occupés ont mis leur intérêts en premiers et ensuite celui de leurs sbires? Que la guerre civile et a fortiori les assassinats politique (de tout bord) n’ont servi a rien ? Si l’on n’est pas capable de tirer des leçons à travers les catastrophes qui jonchent notre histoire, comment peut-on être capable de tirer les enseignements de pays lointain : L’état-client qu’était la grande Bretagne du temps des romains, l’obscurantisme des religions, le Maréchal Pétain qui fini à la botte des nazis, etc… et j’en passe et des meilleurs. La planche de salut du Liban passe par des élections démocratiques, ouvertes a tous et transparentes. C’est pour cela que je me réjouis du fait qu’il y a enfin au Liban deux forces politiques qui s’affrontent et qui cherchent à conquérir l’électeur. Non pas que je pense que la période Saad Hariri n’ai pas bénéficié de deux forces politiques mais dans un gouvernement d’union, les forces au Liban, bizarrement, s’annulent. Il faudrait cependant faire attention à ce que le découpage électoral ne fausse pas (encore une fois) les résultats. Les élections sont LA pierre angulaire de tout système démocratique, encore plus important que le Tribunal Spécial. Et les retours de vestes des différents protagonistes sont l’illustration de ce manque de démocratie dans notre pays. Dans un système démocratique, ouvert et transparents, les retournements de vestes font long feu et cette excuse pitoyable qui veut que le Zaim soit en train de protéger sa communauté ne tiendrait pas une ré-élection. Il est généralement admis que c’est la faute des électeurs d’élire les mêmes représentant, mais offrons leur un système démocratique équitable et les résultats nous surprendrons.

    Jo Madi

    03 h 25, le 27 juillet 2011

  • - - Proportionnelle ou pas , les dés son jetés pour les élections de 2013 avec la configuration suivante : 1 / Le Hezb et Amal sont là et ça ne bougera pas pour les Chiites . 2 / Le CPL et les Maradas sont aussi là , et sont appelés à doubler , je dis bien doubler leur nombre de députés dans les régions Chrétiennes et surtout Maronites . 3 / Le PSP avec ses 2 alliés Druzes , à savoir El Mir Talal et Wi'am le Magnifique , rafleront la mise " ensemble " avec l'aide indispensable du CPL , il ne faut pas l'oublier ! . 4 / Et c'est là que ça se joue cette fois , le Futur ou bien Al-Moustakbal , n'est plus assuré de rafler la mise dans la rue Sunnite , et ce sera la deuxième surprise du scrutin , après celle du CPL et se son score époustouflant pour certains .

    JABBOUR André

    02 h 19, le 27 juillet 2011

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