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Culture - Exposition

« Rembrandt et la figure du Christ » au Louvre

L’aura du « Christ apparaissant aux apôtres » envahit la pièce et capte le regard. La stature du Christ, nimbé de lumière, est magnifiée par l’eau-forte de Rembrandt, agrandie et placée à l’entrée de l’exposition. Les traits estompés mais le regard souligné, il reste la force de la présence de Jésus, dans sa gloire rayonnante, qui fait tomber à genoux les apôtres. « Ils imaginaient voir un esprit » (Lc 24, 37), dit la Bible. L’approche de Rembrandt, fidèle à ce verset, fait participer le visiteur à la scène.

«Les compagnons d’Emmaüs».

«De cette forme noyée de lumière émane comme une onde de choc: l’artiste fait de la vision qui se brouille devant tant de gloire son sujet», lit-on dans le commentaire du tableau. Sur le mur d’à côté, la lumière se fait plus chaude, mystérieuse, pour Les Pèlerins d’Emmaüs, dans un contraste d’obscurité et d’éclairage indirect, propre au peintre hollandais. Le profil du Christ en ombre chinoise accentue le mystère de la Résurrection.
C’est par ces deux puissantes toiles que s’ouvre la magnifique exposition du Louvre intitulée «Rembrandt et la figure du Christ». Elle donne à voir et à suivre la quête personnelle du grand peintre du «siècle d’or» néerlandais, à la recherche de la figure du Christ. Cette quête a donné naissance à un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre qui s’alignent sur les murs de l’exposition. Rembrandt a 23 ans quand il peint Les Pèlerins d’Emmaüs. Il n’aura de cesse de travailler à la représentation de l’histoire du Christ et à sa figure, à travers ses huiles, dessins, eaux-fortes et esquisses. Moins de vingt ans plus tard, il repeindra le fameux Souper à Emmaüs, avec, cette fois-ci, le visage du Christ au centre de la toile. Au fil de ses œuvres, l’artiste inspiré approche au plus près l’humanité de Jésus, tout en rappelant son aura divine par le jeu de clair-obscur dans lequel il est passé maître. Il y a deux Jésus-Christ chez Rembrandt: l’un rendu par une dimension visionnaire, l’autre peint «d’après nature», dans une série de portraits ou d’études exécutés en atelier, avec un modèle qui pose. Ce dernier choix est audacieux et intervient tardivement; il est à rebours du mystère dont Rembrandt a chargé ses toiles plus thématiques, inspirées de scènes bibliques. En effet, en lecteur assidu des Évangiles, le grand maître de l’École hollandaise du XVIIe siècle s’est intéressé en particulier aux relations entre Jésus et ceux qui l’écoutent ou cherchent sa perte. Il relève le défi de peindre la parole et ses effets. Dans ces tableaux-là, Jésus est une silhouette, une expression puissante, un homme entouré d’une lumière surnaturelle. Il est représenté de profil (Jésus et ses disciples) ou de dos (en «profil perdu») avec la main levée (La Résurrection de Lazare), ou encore en pure silhouette aux bras tendus vers ses disciples (La Prédication du Christ). Pour ces sujets, Rembrandt utilise à merveille la technique de l’eau-forte et du burin, la sanguine et la craie noire, la plume et le lavis à l’encre brune sur papier, qui mettent en relief l’attitude et le ressenti des personnages. Ainsi, dans L’incrédulité de Saint-Thomas, Rembrandt montre l’instant où le doute de l’apôtre cède à la croyance, dans un moment de stupeur, devant la plaie que le Christ montre à ce dernier. Même majesté dans le très beau tableau du Christ et de la femme adultère, où la stature de Jésus dépasse toutes les autres. L’artiste recourt largement au symbole, puisque la femme adultère, en blanc et à genoux devant le Christ, est touchée par le halo de lumière émanant de lui. Toujours dans la même veine de ce Christ à la fois humain et distant, porteur du mystère de son origine divine, les représentations intimistes du Christ chez Marie et Marthe, où, entre ombre et lumière, transparaît la douceur de l’instant, la présence rayonnante du Fils de l’Homme à qui l’on a envie de dire: «Le soir tombe, reste encore parmi nous.» Ce rapport empreint de tendresse de Jésus-Christ avec les femmes de son entourage se retrouve également dans la toile où le Ressuscité apparaît à Marie-Madeleine dans une aura de lumière et lui dit: «Noli me tangere.»
Comment représenter Jésus après sa Résurrection? Comment le montrer parlant à des hommes qui ne le reconnaissent pas? Tel est le défi du dessin à la plume et à l’encre dans Le Christ et les disciples sur le chemin d’Emmaüs (1655). C’est comme si Rembrandt avait trouvé la réponse, après son fameux Christ sur la Croix (1631). Tout en s’inspirant de ses prédécesseurs comme Léonard de Vinci, pour une Cène imprégnée de culture classique, Rembrandt avait aussi bousculé la tradition, inspirant ses contemporains à son tour. Le Christ sur la Croix n’avait plus le corps athlétique et lisse peint par Rubens, c’était celui d’un homme écrasé de souffrance, au visage crispé. En rompant avec la tradition d’un Christ beau dans la mort, Rembrandt faisait place à l’émotion, au sentiment, bref à l’humanité du Christ.
Petit à petit, son crayon s’enhardit, le portrait se précise, la figure du Christ émerge dans une série de représentations sur le vif du visage de Jésus, de face, de trois quarts, yeux ouverts ou clos. C’est la même figure, probablement celle d’un modèle qui ressemble aux personnages juifs ou orientaux peints par Rembrandt. Comme si, pour l’artiste, utiliser un modèle juif était un moyen de revenir à une vérité historique.
Outre les œuvres de Rembrandt, l’exposition donne à voir l’évolution de la représentation de la figure du Christ et des scènes de l’Évangile, en puisant dans un répertoire abondant, d’Albrecht Dürer à Martin Schongauer (Ecce Homo), du triptyque de Rogier van der Weyden à La Mise au Tombeau de Pieter Lastman (le maître de Rembrandt), des Christ de Andrea Mantegna à ceux de Lucas de Leyde. C’est une véritable réflexion théologique, exprimée en peinture, qui se déroule devant nos yeux, à laquelle Rembrandt apporte une contribution inédite. Il est de ceux qui ont perpétué la force d’un christianisme laissant aux hommes la latitude de réfléchir, de prier, de s’interroger sur l’après-mort, la Résurrection, la double nature divine et humaine du Christ, à travers écrits, peinture, musique et sculpture.
«De cette forme noyée de lumière émane comme une onde de choc: l’artiste fait de la vision qui se brouille devant tant de gloire son sujet», lit-on dans le commentaire du tableau. Sur le mur d’à côté, la lumière se fait plus chaude, mystérieuse, pour Les Pèlerins d’Emmaüs, dans un contraste d’obscurité et d’éclairage indirect, propre au peintre hollandais. Le profil du...
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