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Nos lecteurs ont la parole

II.- Les échanges culturels entre la France et le Liban : une perspective

Par Élias R. CHEDID
La présence de chrétiens au Levant et la proximité avec la Terre sainte encouragent l’envoi de missions religieuses (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 13 juillet 2011).
Les jésuites, et en particulier les jésuites français, fondent en 1843 le séminaire oriental de Ghazir, et en 1875 l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
La mission des jésuites au Liban est à l’origine de nombreuses œuvres. C’est là la mission civilisatrice de la France : « Comment approprierons-nous, écrivait Maurice Barrès en 1923 dans son livre Une Enquête aux pays du Levant, l’enseignement occidental à nos élèves orientaux, de telle manière qu’au sortir de nos collèges ils restent commerçants, propriétaires, fonctionnaires, au milieu des leurs, pareils aux leurs, encadrés dans les expériences de leur race, et cependant, grâce à la langue, et à la culture, de moins en moins séparés de nous ? (...). Il s’agit de susciter dans ces peuples étrangers le goût de maintenir, quoi qu’il advienne un jour de leurs destinées nationales, le contact avec notre intelligence. »
Ainsi, la présence de chrétiens, essentiellement maronites, au Liban contribua à asseoir dans l’inconscient collectif oriental comme européen, que les maronites étaient les « Français du Levant ». Un extrait des Silhouettes orientales d’Alfred d’Ancre (Paris, 1869) n’a pas son pareil pour exprimer cet état d’esprit :
« Il y a pourtant là un peuple dont il est utile d’étudier le caractère ; il y a pourtant là un peuple qui vit, qui pense, qui progresse comme nous ; et si peuple mérite notre sympathie, c’est certainement celui-là ; il y a là un peuple dont toutes les traditions sont des témoignages de notre chevalerie ; il y a là un peuple qui sème le grain, fait pousser les mûriers, et voit mûrir la vigne et les orangers sur le sol qui fut le berceau sanglant de la noblesse des premières maisons de France ; il y a là un peuple qui sait mourir pour les mêmes idées que nous défendons ; mourir, non comme nos soldats d’Europe, avec la mâle consolation que chaque goutte de leur sang qui tombe est une perle pour la couronne de gloire que l’histoire leur réserve, mais mourir martyr et ignoré. Ce peuple, c’est le peuple maronite. »

Approche historique
Les affinités religieuses ont été ainsi pour beaucoup dans les relations privilégiées qu’entretiennent les peuples de France et du Liban.
Au-delà de la religion, l’histoire n’a, de son côté, jamais démenti cette alliance, cette convergence naturelle entre les deux pays.
Des rois capétiens au général de Gaulle et à tous ses successeurs dans la Ve République, en passant par les empereurs Napoléon Ier et Napoléon III, la France s’est toujours trouvée aux côtés du Liban, et ce dans les moments les plus difficiles de son histoire.
François 1er s’était rapproché de Soliman le Magnifique et avait obtenu en 1535 une convention célèbre, appelée « Capitulation », ayant trait au statut des étrangers et des chrétiens vivant au Levant. Les chrétiens du Liban ne pouvaient que se réjouir de cette protection autant inespérée qu’indispensable. Elle durera trois cents ans, avant que le besoin d’une intervention sur le terrain ne se fasse réellement sentir.
Ce sera le cas en 1860. Des massacres de masse sont perpétrés à l’encontre des chrétiens. Leur présence est mise en péril. Les Français interviennent, avec le soutien de l’Europe. Louis-Napoléon Bonaparte envoie des troupes au Liban et les Turcs sont sommés de créer à nouveau dans le Mont-Liban une province autonome, gouvernée par un chrétien, avec une sorte de droit de regard des Occidentaux. Il s’ensuit une époque de calme relatif jusqu’au premier conflit mondial, qui provoquera le dépeçage de l’Empire ottoman et son partage par les Français et les Anglais.
La France reçoit alors de la Société des Nations un « mandat » sur une partie de l’Empire turc démantelé, la Syrie et le Liban, avec pour « mission de conduire les pays à l’indépendance ». En 1920, l’État du Grand Liban, dont la capitale est Beyrouth, est proclamé.
Georges Clemenceau nomme le général Gouraud premier haut-commissaire de France au Levant et lui déclare, à l’occasion de sa nomination : « Votre mission consiste à établir, au fond de la Méditerranée, un centre de rayonnement français. C’est une grande et belle tâche que je vous confie. »
Le terrain est déjà prêt. C’est dans cet esprit par exemple qu’avait été fondée l’École française de droit de Beyrouth en 1913.
La France dote le Liban de ses institutions. Une Constitution est adoptée en 1926. Elle est encore en vigueur à ce jour. Une pléthore de codes et de lois sont également promulgués.
La symbiose paraît totale. Pourtant, les velléités d’indépendance des Libanais prennent forme. Chrétiens et musulmans s’accordent sur la nécessité pour les premiers de se départir de la tutelle de la France, et pour les seconds de reconnaître le Liban comme leur pays définitif, en renonçant à réclamer leur rattachement à la Syrie.
En 1943, la France ne voulut pas admettre la victoire aux élections législatives d’une formation au sein de laquelle les Libanais revendiquaient un État indépendant. Les Libanais firent alors front et se dressèrent contre la France. Les Français céderont le 22 novembre 1943.
Fait remarquable, alors que le Liban, et encore plus le Grand Liban tel que ses contours ont été dessinés en 1920, devient pluriconfessionnel et s’écarte donc progressivement de l’image d’un pays chrétien, la France a vécu et digéré une séparation de l’Église et de l’État (Clemenceau, artisan du Grand Liban, était ainsi un anticlérical notoire). Ces évolutions fondamentales n’ont pourtant pas eu pour résultat d’éloigner les deux pays. Bien au contraire, les liens forts tissés entre eux au cours des siècles vont se maintenir, quoique sur des bases renouvelées.
De fait, si à la fin de l’année 1946, l’armée française du Levant quitte le Liban, la France n’a, depuis, jamais abandonné le Liban.
Les relations bilatérales restent vivaces, mais c’est surtout par la francophonie que se maintient le lien millénaire avec la France, donc par la culture. Voici venu le moment de l’approche culturelle.
(À suivre)

Élias R. CHEDID
Avocat à la cour
La présence de chrétiens au Levant et la proximité avec la Terre sainte encouragent l’envoi de missions religieuses (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 13 juillet 2011). Les jésuites, et en particulier les jésuites français, fondent en 1843 le séminaire oriental de Ghazir, et en 1875 l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.La mission des jésuites au Liban est à l’origine de nombreuses œuvres. C’est là la mission civilisatrice de la France : « Comment approprierons-nous, écrivait Maurice Barrès en 1923 dans son livre Une Enquête aux pays du Levant, l’enseignement occidental à nos élèves orientaux, de telle manière qu’au sortir de nos collèges ils restent commerçants, propriétaires, fonctionnaires, au milieu des leurs, pareils aux leurs, encadrés dans les expériences de leur race, et cependant, grâce...
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