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Moyen Orient et Monde - Société

En Russie, les enfants de ministre prospèrent dans les groupes publics

Dans un pays où sévit la corruption, les connexions familiales sont une source de revenus.

Sergueï Ivanov « junior ».

La Russie est-elle aux mains d’une nouvelle « nomenklatura » ? Après les « oligarques » des années 90, les fils de ministre ou de haut fonctionnaire prennent des postes-clés dans les grands groupes publics, symbole d’un système où pouvoir et argent sont intimement liés. Début juillet, Sergueï Ivanov « junior », fils de Sergueï Ivanov, vice-Premier ministre russe et proche de Vladimir Poutine, est entré au conseil d’administration de Gazprombank, la banque affiliée au géant public russe Gazprom. Né en 1980, le jeune homme est aussi depuis avril président du directoire du groupe d’assurances Sogaz, l’un des premiers du pays. À 33 ans, Piotr Fradkov, fils de Mikhaïl Fradkov, le patron des services de renseignements extérieurs (SVR) et ancien Premier ministre, est depuis 2007 vice-président du directoire de la Banque publique de développement VEB. Dmitri Patrouchev, fils du chef du Conseil de sécurité nationale et de défense, Nikolaï Patrouchev, lui aussi 33 ans, est depuis l’an dernier président du directoire et membre du conseil de surveillance de la banque Rosselkhozbank, dont les actifs dépassaient en 2010 36 milliards de dollars. Âgé de 36 ans, Denis Bortnikov, fils du chef des puissants services secrets (FSB, ex-KGB) Alexandre Bortnikov, occupe depuis 2010 le poste de président d’une filiale de la banque semi-publique VTB, deuxième du pays. Sergueï Matvienko, fils de 38 ans de la gouverneure de Saint-Pétersbourg et ancienne ministre Valentina Matvienko, est, lui, directeur général du promoteur immobilier VTB-Development, autre filiale de VTB.
La presse russe a récemment braqué son projecteur sur cette tendance qui s’affiche au grand jour, ironisant sur les initiatives du président Dmitri Medvedev qui a cette année ordonné aux hauts fonctionnaires de quitter les conseils d’administration des grands groupes publics. Pour Iouli Nisnevitch, membre de l’ONG Transparency International et professeur à l’École supérieure d’économie de Moscou, c’est une nouvelle « nomenklatura » – le terme utilisé pour désigner les élites à l’époque soviétique – qui est apparue en Russie après le règne des « oligarques » dans les années 90. Ces hommes d’affaires, qui ont fait fortune dans les privatisations controversées des années 90, avaient pris une influence politique prépondérante dans les dernières années de la présidence de Boris Eltsine. Après son accession à la présidence en 2000, Vladimir Poutine a mis en prison le plus récalcitrant, Mikhaïl Khodorkovski, forcé à l’exil à Londres le plus véhément, Boris Berezovski, et ramené les oligarques au rang de simples milliardaires.
La nouvelle « nomenklatura » qui s’est installée est « un groupe social particulier (...) qui s’infiltre au pouvoir et le tient entre ses mains », souligne M. Nisnevitch. Pour Nikolaï Petrov, de l’antenne moscovite du centre Carnegie, le népotisme est la conséquence d’un pouvoir « inamovible ». M. Poutine, Premier ministre depuis 2008 après deux mandats présidentiels successifs, est l’homme fort du pays depuis plus de 10 ans, et une bonne partie de son équipe gouvernementale est là depuis 2000. « Quand ton père est ministre depuis 10 ans, tu as le temps de faire des études et de devenir vice-président dans des entreprises importantes », poste occupé en Occident par des quinquagénaires expérimentés, dit M. Petrov.
Dans un pays où prospèrent la corruption et les conflits d’intérêt, où les déclarations de patrimoine introduites récemment ont révélé que les épouses et les enfants de député détenaient yacht, voitures de luxe et villas à l’étranger, les connexions familiales dans les grands groupes publics sont aussi une source de revenu, relève M. Petrov. « Le business est un moyen pour la famille de recevoir une rente supplémentaire », souvent bien plus importante que ce que rapporte l’activité de ministre, estime-t-il.
Olga Krychtanovskaïa, spécialiste des élites à l’Académie des sciences russes et membre du parti Russie unie de Vladimir Poutine, affirme de son côté que si la présence d’enfants de haut responsable dans les grandes entreprises est un phénomène répandu, elle ne l’est « pas uniquement en Russie ».
            (Source : AFP)
La Russie est-elle aux mains d’une nouvelle « nomenklatura » ? Après les « oligarques » des années 90, les fils de ministre ou de haut fonctionnaire prennent des postes-clés dans les grands groupes publics, symbole d’un système où pouvoir et argent sont intimement liés. Début juillet, Sergueï Ivanov « junior », fils de Sergueï Ivanov, vice-Premier ministre russe et proche de Vladimir Poutine, est entré au conseil d’administration de Gazprombank, la banque affiliée au géant public russe Gazprom. Né en 1980, le jeune homme est aussi depuis avril président du directoire du groupe d’assurances Sogaz, l’un des premiers du pays. À 33 ans, Piotr Fradkov, fils de Mikhaïl Fradkov, le patron des services de renseignements extérieurs (SVR) et ancien Premier ministre, est depuis 2007 vice-président du...
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