Les manifestants qui continuent d’occuper la place al-Tahrir accusent le pouvoir d’assurer une impunité de fait aux responsables de la répression du temps de Moubarak. Mohammad Hosam/AFP
« Les militaires ne devraient pas gouverner le pays, le Premier ministre ne contrôle plus la situation », explique Mohammad Wagih, qui transporte avec lui le tapis sur lequel il passe ses nuits comme des centaines d’autres personnes. « Nous ne sommes pas stupides, nous savons qu’ils voudraient nous voir rentrer à la maison », ajoute-t-il. Ahmad Khoziem, qui dispute une partie de backgammon avec un copain devant sa tente, est catégorique : « Je suis prêt à rester à Tahrir un an s’il le faut. » L’immense place a été fermée à la circulation et sécurisée par les manifestants eux-mêmes, qui effectuent des fouilles et des contrôles d’identité systématiques aux entrées. Leurs revendications portent sur une purge de la police, une justice plus ferme contre les anciens dirigeants ou encore des mesures sociales. Sur un mur, ils ont peint une caricature qui résume leurs frustrations : on y voit Hosni Moubarak en marionnettiste, actionner le Conseil militaire avec des ficelles.
Longtemps silencieuse, l’armée s’est faite plus menaçante mardi, en mettant en garde contre toute « dérive de certains manifestants par rapport à une approche pacifique ». Mais cela n’a pas empêché plusieurs milliers de personnes de défiler de Tahrir au siège du gouvernement en scandant « le peuple veut la chute du maréchal », en référence au maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui dirige le pays. L’armée, accueillie sous les vivats après le départ du président Moubarak, « a perdu notre confiance car en six mois il ne s’est rien passé », estime George Ekram.
Hier, face à la détermination des manifestants, le pouvoir a cherché à apaiser la contestation en annonçant un report d’un à deux mois des législatives de septembre et le renvoi de centaines de hauts gradés de la police. Le report des premières législatives depuis la chute du régime Moubarak a été annoncé par un responsable de l’armée, cité par l’agence officielle MENA. « Il a été décidé de tenir les élections pour l’Assemblée du peuple (Chambre basse) et la Choura (Chambre haute) en octobre ou novembre prochains », a-t-il dit. L’échance de septembre était fortement critiquée par des formations politiques et des mouvements issus de la révolte contre le régime, qui ont fait valoir ne pas avoir assez de temps pour se préparer. Des voix se sont également élevées pour redouter que la confrérie islamiste des Frères musulmans, qui apparaît comme le mouvement le mieux organisé du pays, ne rafle la mise si le scrutin était maintenu à une date trop rapprochée. Mais ce report pourrait aussi avoir une raison pratique : l’impréparation actuelle de l’Égypte pour organiser matériellement un scrutin dans des conditions de régularité inconnues sous l’ancien régime. Le ministre de l’Intérieur, Mansour Issaoui, a quant à lui annoncé le renvoi de plus de 650 hauts gradés de la police, dont de nombreux généraux, parlant du « plus grand remaniement de l’histoire des forces de police » en Égypte. Les premières réactions place Tahrir étaient à la déception, certains parlant toutefois d’un pas dans la bonne direction.
(Source : AFP)

