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Moyen Orient et Monde - Le Point

Les déçus d’al-Tahrir

Impensable il y a peu, mais combien vrai aujourd’hui : le bon peuple d’Égypte s’impatiente. Ce qu’il veut ? La liste serait longue. Énumérons quand même quelques-unes de ses revendications : le départ du maréchal Mohammad Hussein Tantaoui et de Essam Charaf, le jugement des officiers de police impliqués dans la mort de 840 manifestants, des procès transparents et une justice plus rapide, la fin des poursuites engagées devant les tribunaux militaires contre les « fauteurs de troubles », une lutte plus efficace contre la corruption. À l’appui de leur mouvement, les Égyptiens sont retournés place al-Tahrir, haut lieu de la révolte lancée le 25 janvier et qui a abouti à la chute de Hosni Moubarak le 11 février. Depuis cette date, aucune action en profondeur pour mettre le pays sur rails, calmer la colère populaire, rétablir une confiance disparue.
Le Premier ministre de transition a bien essayé de prendre quelques engagements, promettant notamment une refonte de son cabinet, l’accélération des réformes, une purge du ministère de l’Intérieur et des procès publics pour les policiers convaincus d’avoir monté, dès les premiers jours de la révolte, les incroyables et sanglantes ratonnades retransmises en direct par les chaîne de télévision du monde entier. Ces annonces, accueillies par des sourires moqueurs, ont eu pour effet de faire naître une kyrielle de « nokate ». En piquant l’autre jour son coup de colère, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) s’est attiré une riposte cinglante de la part des manifestants, qui ont réclamé la chute de son chef, septuagénaire galonné à la poitrine bardée de décorations, par ailleurs inamovible ministre de la Défense tout au long des vingt dernières années de la dictature du raïs.
Soupçonnés de vouloir s’éterniser au pouvoir, dans un pays qui n’a eu à sa tête depuis 1952 que des hommes issus de la troupe, les militaires ont donné l’impression, pour la première fois cette semaine, de perdre leur sang-froid. Dans un communiqué lu à la télévision par le général Mohsen el-Fangary, ils ont clairement affiché leur intention de ne pas permettre « le détournement » de leur autorité. « Nous appelons les nobles citoyens à s’opposer à toute protestation empêchant les fils de notre grand peuple de retrouver une vie normale », ont-ils indiqué sur un ton emphatique. Un autre général, Mahmoud Hijazi, a même tenu une conférence de presse pour souligner que « la liberté sans la responsabilité n’est que chaos », à quoi les protestataires ont répondu par un slogan : « La vengeance est indispensable », scandé par les foules à Alexandrie, Mansourah et Suez. Dans cette dernière ville, les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes et de balles de caoutchouc pour disperser les ouvriers de sept compagnies en grève protestant contre leurs conditions de travail.
L’annonce de la création d’un fonds de 100 millions de LE pour indemniser les victimes des incidents du début de l’année n’a pas été suivie d’effet. Par contre, la famille d’un jeune homme abattu fin janvier s’est vu proposer l’équivalent de 16 500 dollars pour renoncer à ses poursuites, faisant dire à certains que « rien ne changera dans ce pays où le bakchich continue d’être roi ». En réalité, les sept nouvelles plaies d’Égypte sont la crise économique, le chômage, les lenteurs de la justice, l’insécurité, la tension interconfessionnelle, la fuite des capitaux et l’absence de véritables leaders. En près de cinq mois, on peut dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil des pharaons. Quarante pour cent de la population vit toujours avec moins de 2 dollars par jour, la source du tourisme est tarie et il y a belle lurette que la fortune des fat cats a pris la route de Zurich.
L’avenir politique s’annonce sous des jours très peu roses et l’évocation du « printemps arabe » ne suscite plus que sourires désabusés, fatalistes haussements d’épaules et commentaires du genre : « Nous avons changé ; ils sont restés les mêmes. » En prévision des élections parlementaires appelées à se dérouler le 11 septembre, la Constitution a été amendée le 19 mars, donnant ainsi le signal d’une floraison de partis – officieusement, il en existerait non moins de 42, allant du Parti socialiste au Mouvement du lendemain en passant par le Parti du front démocratique. Mais ce sont les Frères musulmans qui restent la force dominante, avec leur idéologie, leur parfaite organisation et, surtout ces derniers mois, la discrétion dont ils font montre. Les prévisions les moins optimistes leur accordent un confortable pourcentage de voix à l’occasion de la consultation populaire de cet été. Leurs dirigeants n’ont jamais manqué une occasion de proclamer leur confiance totale dans le CSFA, une ligne de conduite à haut risque, tout de même, en ces heures où vacille la foi du peuple dans ses militaires.
Impensable il y a peu, mais combien vrai aujourd’hui : le bon peuple d’Égypte s’impatiente. Ce qu’il veut ? La liste serait longue. Énumérons quand même quelques-unes de ses revendications : le départ du maréchal Mohammad Hussein Tantaoui et de Essam Charaf, le jugement des officiers de police impliqués dans la mort de 840 manifestants, des procès transparents et une justice plus rapide, la fin des poursuites engagées devant les tribunaux militaires contre les « fauteurs de troubles », une lutte plus efficace contre la corruption. À l’appui de leur mouvement, les Égyptiens sont retournés place al-Tahrir, haut lieu de la révolte lancée le 25 janvier et qui a abouti à la chute de Hosni Moubarak le 11 février. Depuis cette date, aucune action en profondeur pour mettre le pays sur rails, calmer la colère...
commentaires (2)

Un militaire est un civil qui a mal tourné et tourne toujours mal depuis la révolution de Abdel Nasser en Egypte .Les Frères musulmans feront tout sauter cette fois en encourageant le vide politique sous les menaces . Nazira.A.Sabbagha

Sabbagha .A.Nazira

07 h 33, le 14 juillet 2011

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Commentaires (2)

  • Un militaire est un civil qui a mal tourné et tourne toujours mal depuis la révolution de Abdel Nasser en Egypte .Les Frères musulmans feront tout sauter cette fois en encourageant le vide politique sous les menaces . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha .A.Nazira

    07 h 33, le 14 juillet 2011

  • Des sourires désabusée apres cette pseudo révolution...Hélas, c'est ce qui attend le peuple syrien si le régime Assad venait à disparaitre. Entre deux maux, je choisirais le moindre. Mais franchement...tous se valent! C'est une révolution des esprits qu'il faudrait!Dans 1000 ans peut-etre?

    Carine Fares

    01 h 18, le 14 juillet 2011

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