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Moyen Orient et Monde - Révolte

Le pouvoir syrien ouvre un dialogue... sans l’opposition

Les autorités syriennes ont donné hier le coup d’envoi d’un dialogue national en l’absence des principaux opposants au régime du président Bachar el-Assad, qui posent comme préalable à leur participation la fin de la répression. Or arrestations, perquisitions et opérations militaires se sont pousuivies hier dans le nord-ouest et le centre du pays.

S’exprimant en ouverture de la réunion, le vice-président syrien Farouk el-Chareh a estimé que le pays n’avait pas d’autre choix que le dialogue. Louai Beshara/AFP

Le régime syrien a donné hier le coup d’envoi du « dialogue national » pour « favoriser la transition du pays vers la démocratie ». La réunion de deux jours s’était ouverte dans la matinée en présence du vice-président Farouk el-Chareh et d’environ 200 personnes : des membres du parti Baas, au pouvoir depuis 1963, des indépendants et des représentants de la société civile (acteurs, écrivains et intellectuels). Cette rencontre vise à préparer une « réunion nationale globale pendant laquelle (serait annoncée) la transition de la Syrie vers un État multipartite, démocratique, où tous seront égaux et participeront à l’édification de l’avenir du pays », a affirmé M. Chareh. « Sans un système politique multipartite démocratique (...), notre société ne parviendra pas à la liberté et à la paix civile », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas actuellement de solution alternative au dialogue. La solution alternative est le bain de sang, l’hémorragie économique et l’autodestruction. Le dialogue national doit se poursuivre sur tous les niveaux afin de tourner la page du passé et d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de la Syrie », a-t-il encore déclaré. Les participants doivent débattre d’amendements constitutionnels, en particulier une éventuelle suppression de la clause qui fait du parti Baas « le dirigeant de l’État et de la société ».
M. Chareh a reconnu que le « dialogue commen(çait) dans un climat inconfortable, de suspicion » et que « beaucoup d’obstacles naturels ou artificiels (empêchaient) la transition » vers la démocratie. Les opposants au régime ont en effet décidé de boycotter ces pourparlers, exigeant avant tout contact « le retrait des forces syriennes des villes, la libération des prisonniers politiques et des manifestants pacifiques, ainsi qu’une enquête sur les crimes commis contre les manifestants ». Les manifestants refusent pour leur part toute discussion avec les autorités et exigent la chute du régime ainsi que des élections libres. « Il faut sortir de ce cercle vicieux (...) et organiser des manifestations sans autorisation préalable entraîne une violence injustifiée », a jugé M. Chareh au cours de la réunion, retransmise en direct à la télévision publique. « Il faut cependant reconnaître que sans les sacrifices consentis par le peuple syrien qui a versé son sang dans plus d’un gouvernorat, cette réunion n’aurait pas pu avoir lieu », a-t-il concédé. Dans le même temps, M. Chareh a annoncé la suppression d’ici à une semaine des « obstacles au retour de tout citoyen en Syrie ou à un voyage à l’étranger ».
Un écrivain proche de l’opposition, Tayyeb Tizini, a participé à la réunion en disant espérer son succès : « J’appelle cette réunion à être vraiment historique, en jetant les bases de l’État de droit qui a été violé jusqu’aux os. » Mais « les balles continuent à siffler à Homs et à Hama. J’aurais souhaité que cela s’arrête avant la réunion », a-t-il regretté, ajoutant qu’il aurait fallu également libérer les « milliers » de détenus politiques. « Pour sortir de cette situation, il faut mettre fin à l’État sécuritaire et œuvrer en faveur d’un État civil et démocratique où le pluralisme politique et la liberté de la presse sont respectés et en finir avec le règne d’un seul parti », a estimé pour sa part Mohammad Habache, membre indépendant du Parlement.

Nouveau gouverneur à Hama
Sur le plan diplomatique, le régime a convoqué hier les ambassadeurs américain et français à Damas pour leur faire part de « sa vive condamnation de leur visite à Hama (la semaine dernière) sans autorisation préalable », selon l’agence SANA. « Leur visite prouve qu’il existe un soutien et un encouragement de l’extérieur pour déstabiliser le pays, au moment où un dialogue national, qui a pour objectif de bâtir l’avenir de la Syrie, vient d’être ouvert », a-t-elle ajouté, évoquant « une ingérence flagrante dans les affaires intérieures syriennes ». Toutefois, un haut responsable américain a fait savoir que l’ambassadeur des États-Unis en Syrie n’a pas été « convoqué », sa visite à Hama ayant été organisée à l’avance à la demande de Washington. À Paris, l’ambassadrice syrienne a également été convoquée hier soir au ministère des Affaires étrangères, qui a protesté « vigoureusement » contre des dégradations faites à son ambassade et à un consulat après la visite à Hama de l’ambassadeur français.
Hier, le président Assad a nommé un nouveau gouverneur à Hama, Anas Naëm, en remplacement d’Ahmad Khaled Abdel-Aziz, limogé le 2 juillet au lendemain d’une manifestation qui avait réuni plus de 500 000 personnes appelant à la chute du régime.
Sur le terrain, l’armée a poursuivi hier son offensive sécuritaire dans la région de Jabal el-Zawiya, dans la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme. « L’armée, forte de dizaine de chars et de véhicules militaires, est entrée dans les villages de Maala et de Chanan et a effectué des perquisitions », a dénoncé l’ONG. Des perquisitions ont aussi eu lieu samedi soir et hier à Banias, où 25 personnes ont été arrêtées et d’autres frappées, selon la même source, qui a évoqué aussi des « tirs nourris » dans plusieurs villages autour de Homs et des arrestations dans un quartier de cette ville où un homme aurait été tué par les soldats. En outre, des manifestations avaient lieu dans plusieurs villes et localités en support à Homs. Des manifestations se tenaient aussi à Deraa et Hama. À Damas, dans le quartier d’al-Tall, des manifestants chantaient des slogans contre le « dialogue national ». Samedi, l’armée s’était déployée dans deux localités de la région de Jabal el-Zawiya, Kafarhaya et al-Zabour, où elle a procédé à des perquisitions. En outre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 200 personnes ont été arrêtées lors de manifestations vendredi. Plus de la moitié de ces personnes ont été interpellées à Homs. Le scénariste Oussama Ghannam, 36 ans, a été également arrêté vendredi lors d’une manifestation dans le quartier Midane à Damas. « Son sort est inconnu », a indiqué l’ONG. De son côté, Human Rights Watch a affirmé samedi que des soldats et des membres des forces de sécurité ont rapporté avoir été forcés de tirer sur des manifestants sans armes, sous peine d’être eux-mêmes abattus. L’ONG a recueilli les témoignages de 12 déserteurs réfugiés au Liban, en Syrie et en Turquie.
(Sources : agences et rédaction)
Le régime syrien a donné hier le coup d’envoi du « dialogue national » pour « favoriser la transition du pays vers la démocratie ». La réunion de deux jours s’était ouverte dans la matinée en présence du vice-président Farouk el-Chareh et d’environ 200 personnes : des membres du parti Baas, au pouvoir depuis 1963, des indépendants et des représentants de la société civile (acteurs, écrivains et intellectuels). Cette rencontre vise à préparer une « réunion nationale globale pendant laquelle (serait annoncée) la transition de la Syrie vers un État multipartite, démocratique, où tous seront égaux et participeront à l’édification de l’avenir du pays », a affirmé M. Chareh. « Sans un système politique multipartite démocratique (...), notre société ne parviendra pas à la liberté et à la...
commentaires (8)

En effet pas très malin. Ça rappelle d'autres état qui ne souhaitent engager des négociation qu'avec les opposants qui leurs conviennent. Devinez qui? Roy ALLAM

roy ALLAM

07 h 16, le 11 juillet 2011

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Commentaires (8)

  • En effet pas très malin. Ça rappelle d'autres état qui ne souhaitent engager des négociation qu'avec les opposants qui leurs conviennent. Devinez qui? Roy ALLAM

    roy ALLAM

    07 h 16, le 11 juillet 2011

  • Ils sont forts quand même,non?On ne sait pas s'il faut en rire ou en pleurer!Il y a néanmoins un point sur lequel je suis le régime syrien à mille pour cent,le Golan.je réclame la Golanisation du Liban-Sud!Alors,je suis chakikiste ou pas?

    GEDEON Christian

    05 h 28, le 11 juillet 2011

  • Le dialogue syrien nous rappelle le Benny Hill syrien Ghawar el Toché avec son feuilleton El kezeb mel7 el rjel"vive le dialogue . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 58, le 11 juillet 2011

  • Donc ce n'est plus un dialogue... C'est un monologue...

    Nayla Tahan Attié

    04 h 18, le 11 juillet 2011

  • "Le pouvoir syrien ouvre un dialogue". Avec lui-même ! Pour trouver sans doute de meilleurs moyens de répression des manifestations populaires dont il est l'objet. Répétons-le : Les dictatures, c'est le sommet de la bêtise.

    Halim Abouchakra

    03 h 18, le 11 juillet 2011

  • C'est un cercle vicieux. Il est normal que chaque partie maintienne la pression pour ameliorer sa position negociatoire : Le regime en continuant de reprimer ferocement les manifestations. Et l'opposition en refusant de dialoguer tant que dure la repression, tout en sachant qu'elle ne peut renverser le regime. On est donc dans une impasse et seul un dialogue avec ou sans mediateur ( probablement la Turquie) permettra une sortie de crise. En attendant le bras de fer risque de se prolonger.

    ibrahim tabet

    03 h 07, le 11 juillet 2011

  • Ce n'est pas un dialogue, c'est le monologue du système. Mais si la réflexion pouvait leur inspirer l'idée de ne plus tuer les gens dans les rues.

    jamil kosta

    02 h 01, le 11 juillet 2011

  • Massacres et monologue. Voilà ce que les admirateurs de ce régime veulent importer (en plus de l'importation fakihienne) au Liban. Entretemps tout est calme au Golan depuis 1973,mais le régime de Damas mène la résistance chez les autres. Je continue de réclamer le même style de résistance chez nous,ce sera tellement plus ..calme!

    Joun Hélène

    20 h 27, le 10 juillet 2011

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