Le président Mikati sait parfaitement de quoi il en retourne, poursuit-il. Qui tient les rênes et quels en sont les cornacs étrangers. Or au lieu de tenir tête, le chef du gouvernement s’est laissé faire douce violence. Lors de l’élaboration de la déclaration ministérielle, le Hezbollah a répété haut et clair qu’il rejette totalement le TSL. Car il s’agirait, à ses yeux, d’un organisme israélo-américain créé dans le but unique d’attaquer le parti de Dieu et son armement. Et pas du tout pour dire le droit, rendre la justice et identifier les assassins du président Rafic Hariri et de ses compagnons. Ainsi que bien d’autres personnalités libanaises. Finalement, Mikati a souscrit à la tristement célèbre astuce du « en principe » accolée à la définition de la mission de justice du TSL, imposée par le Hezb. Seul moyen pour lui de réaffirmer le respect des résolutions et de la cour internationales. En expliquant aux députés, dans sa réponse à l’issue du débat de confiance, qu’à son sens, le mot respect est plus fort que le terme engagement. Ce qui dénote, à bien y regarder, un sens moral sans doute élevé, mais peu de propension à la détermination d’exécution...
En tout cas, les opposants se frottent les mains des contradictions manifestes au sein du nouveau gouvernement. Ainsi, les ministres ont dû passer au vote quand les ministres relevant du président du Conseil ont demandé que l’on se passe de la formule « en principe », citée plus haut, au sujet du TSL. Leur proposition a été rejetée par le 8 Mars, le Hezbollah menant la danse.
Et après ?
Partant de là, il se pose un problème grave : comment le Liban officiel va-t-il traiter les décisions du TSL ? Le ton est déjà donné avec l’affaire des quatre mandats d’arrêt. Les responsables assurent qu’ils vont tenter de leur donner corps, comme il se doit, mais en déclarant d’avance qu’ils ne croient guère que cela serait matériellement possible. Sans prendre la peine de préciser, d’ailleurs, si c’est parce que les intéressés seraient déjà hors du pays. Ou s’ils sont en tout cas inaccessibles, bien à l’abri dans la banlieue sud, au Sud ou dans la Békaa.
D’ailleurs, le Hezbollah et Amal ne s’en cachent pas : ils ne reconnaissent pas le TSL et ne tiennent compte d’aucun de ses actes. Il y a peu de doute, soulignent les opposants, que ces deux formations sont bien sûres de leur fait. Car elles contrôlent, sur ce point crucial comme sur d’autres, la nouvelle équipe ministérielle. Le Hezb, fer de lance de la coalition, utilise donc cette carte pour renforcer ses positions et mieux s’armer... contre le désarmement. Dans une phase où les choses vont vite dans la région et, surtout, chez le frère syrien.
L’opposition étend ses critiques au chef de l’État, le président Michel Sleiman. Elle lui reproche d’avoir renoncé à ses attributions de fléau neutre de la balance, sinon d’arbitre impartial et d’homme de consensus, pour favoriser les prosyriens. À preuve, relèvent les minoritaires, qu’il a accepté de réduire son quota de ministres de cinq, comme dans les gouvernements précédents, à trois. Comme de s’être dessaisi du contrôle direct du département-clé de l’Intérieur, au titre d’un compromis avec le général Michel Aoun, alors que l’on va vers des législatives en 2013. Plus globalement, l’opposition se demande comment un chef de l’État peut cautionner un gouvernement qui trahit le principe, et l’esprit, de la coexistence, défendu dès le premier article de la Constitution nationale. Cela alors que près de la moitié du Parlement, 60 députés sur 128, ont proclamé leur refus de participer au cabinet qui, dès lors, n’est plus consensuel. En d’autres termes, les opposants estiment que le président de la République était certes en droit de signer les décrets de formation d’un nouveau gouvernement. Mais pas d’y participer lui-même, à travers un groupe ministériel, puisqu’il a un devoir national de consensus.
Mais comment éviter les écueils découlant de l’exacerbation du clivage politique ? Pour les opposants, il aurait fallu temporiser en formant un gouvernement transitoire de technocrates et d’indépendants. Pour donner du temps à des négociations entre les fractions opposées, en vue d’une plate-forme d’entente. Une idée que le patriarche Raï avait soutenue, mais qui a été rejetée par Hassan Nasrallah, Nabih Berry et Walid Joumblatt, au nom de la fidélité au pacte de Taëf instituant, dans son interprétation, un régime parlementaire. Car il certifie que la source du pouvoir est le peuple. À les en croire, ce serait donc le mandataire de ce peuple souverain, l’Assemblée nationale, qui devrait en tout temps assumer le pouvoir exécutif et la haute autorité politique.
Reprenant leurs charges, les opposants rappellent que lorsqu’il avait décidé de reporter les consultations parlementaires impératives, le président Sleiman avait ouvert la voie à un changement de majorité. Ils affirment qu’à présent, il va encore plus loin, fait carrément jonction avec le 8 Mars. Alors qu’initialement il déclarait qu’il ne signerait pas pour un gouvernement monochrome. Et que, président grâce à cette conférence, il préférait que l’on en restât à Doha, c’est-à-dire au cabinet d’union nationale. Finalement, il a souscrit à un gouvernement monochrome faussement baptisé Mikati, ajoutent-ils. Pour soutenir ensuite, et enfin, que ces bouleversements affectent sérieusement les constantes nationales vitales et les règles capitales régissant le domaine politique. Un choc qui altère les équilibres, si nécessaires, et fausse les rapports de force. Mais qu’aurait dû faire le président Sleiman ? Tout simplement, répondent-ils, promouvoir avec insistance l’entente et la réconciliation nationales. Rien d’autre. Or sa dérive, concluent-ils, rend parfaitement inutile la convocation au comité national de dialogue qu’il compte lancer. À ce propos, il convient de rappeler qu’avant l’opposition aujourd’hui, le Hezbollah et le CPL ont tiré un trait définitif sur cet organisme...


Mieux vaut (trop) tard que jamais. Feindre, encore, de croire pouvoir prêter quelque crédibilité au président Sleimane, obéissant à un réflexe maronite (et trans-maronite) aussi grégaire qu'anachronique, relèverait d'une simplcité d'esprit disqualifiante, notamment en politique. L'homme, tant à la tête de l'armée, qu'à Baabda, a constamment apporté et continue d'apporter, étape après étape de notre sinistre descente aux enfers, les preuves d'une démission générale nourrie de calculs simples et transparents. Démission et non engangement : Voilà à quoi se résume l'identité politique du président Sleimane. Au niveau du président et de son cercle politique, cela s'appelle "sens de la manoeuvre, ruse, finesse de calculs..." et d'autres plats encore de notre cuisine traditionnelle. Aux normes politiques d'un pays ayant une société assez cultivée, avisée et informée, cela s'appelle, au vu du résultat et nonobstant les intentions du concerné : Inexistence. L'adjectif "nulle" utilisé par un commentateur me semble bien approprié.
06 h 53, le 09 juillet 2011