Le brio manifesté dans la direction des débats par M. Berry est du reste applaudi autant par les opposants que par les majoritaires. Prêtant bien l’oreille à ce qui se disait, il a constamment veillé, par de discrets rappels à l’ordre émaillés d’un ton badin, à ce qu’il n’y ait pas de débordements verbaux excessifs, risquant d’entraîner d’irrépressibles réactions immédiates, du bruit et de la fureur, et peut-être, comme dans certaines diètes étrangères, des bagarres rangées.
Les pronostics antérieurs sur des échanges houleux générateurs d’une telle anarchie qu’il aurait fallu stopper la procédure ont donc été démentis. Les souverainistes, qui défendent la démocratie constitutionnelle, veillent à ne pas la dévoyer par des attaques individualisées. Ils souscrivent dès lors à la recommandation de Nabih Berry priant ses pairs « de bien inscrire leurs propos dans un cadre d’apaisement et de respect d’autrui. Il faut éviter l’emportement émotif et garder les discussions dans la limite des bons usages ainsi que du règlement intérieur », a-t-il lancé.
Il a été entendu. Certains orateurs ont abrégé leurs discours pour raccourcir le débat et mieux prévenir qu’il ne tourne mal. D’autres députés, allant encore plus loin, ont fait rayer leurs noms de la liste initiale des demandeurs de parole.
Cela étant, toutes les parties convenaient hier que le gouvernement allait décrocher la confiance. Talal Arslane, qui a claqué la porte, a quand même demandé aux trois députés qu’on lui décompte d’assister et de voter la confiance. Même si on ne lui a pas encore trouvé de remplaçant qui lui agrée. Il convient sans doute de relever que les parlementaires en question appartiennent, comme leur chef de file direct, au bloc du Changement et de la réforme que dirige le général Michel Aoun, l’ultra de la majorité.
Un cas
L’on doit également préciser que, selon certaines sources, le décret de nomination d’un substitut au fauteuil d’Arslane serait imminent. Il interviendrait sinon avant même que la question de confiance ne soit posée, du moins à l’issue du premier Conseil des ministres qui suivrait. Mais des officiels affirment que les spéculations à ce sujet sont inutiles, car la décision appartient au président Nagib Mikati. Il la garde en tête. Quand il l’aura prise, il la soumettra pour approbation au chef de l’État.
Selon les proches de Nabih Berry, il souhaite en terminer aujourd’hui avant-midi, pour que le chef du gouvernement puisse faire sa réponse d’usage au cours de la deuxième séance, en soirée, pour commenter notamment les vues du courant du Futur sur le TSL. On saura à ce moment si, répondant à leurs exigences directes, il acceptera de proclamer clairement son appui à la résolution 1757 créant le tribunal et de réitérer solennellement l’engagement à coopérer avec la justice internationale, en continuant à honorer les 49 % du financement de l’instance, en s’abstenant de retirer les juges libanais et en assurant que la police va tout faire pour l’exécution des mandats d’arrêt délivrés par La Haye à l’encontre de quatre éléments du Hezbollah.
L’opposition traitera avec Mikati selon sa réponse. Certains souverainistes envisageraient même de lui accorder la confiance s’il prend une position satisfaisante à leurs yeux. Mais le gros des troupes du 14 Mars préfère maintenir la pression et ne faire risette au chef du gouvernement qu’à la lecture ultérieure de ses actes.
Du côté du courant du Futur, beaucoup d’attention est portée à ce que va dire Fouad Siniora, chef du bloc parlementaire haririen. Il sera le dernier à prendre la parole. Les sources informées croient savoir qu’il va attaquer sur l’armement hors légalité et le TSL. Mais aussi riposter aux assertions des cadres du Hezbollah le mettant en cause pour sa gestion, quand il présidait le gouvernement après les législatives de 2005. L’important restant cependant que M. Siniora est chargé de synthétiser la ligne de l’opposition concernant le projet politique de la nouvelle majorité. À noter que, toujours selon les mêmes sources, le président Nabih Berry se promet d’interdire aux boutefeux du 8 Mars de répliquer à l’ancien président du Conseil et d’engager une polémique enflammée avec lui. Il taperait du maillet sur son pupitre pour renvoyer la séance au soir. Consacrée, répétons-le, au discours de Mikati. Il entreprendrait du reste de répondre à l’ancien Premier ministre.
Ainsi tout en sachant qu’autant que ce prédécesseur, sinon encore plus, les capitales occidentales et la légalité internationale l’attendent au tournant au sujet du TSL et de la 1701. Toutes les chancelleries soulignent que leurs gouvernements fixeront leur attitude par rapport au nouveau gouvernement libanais, autant en fonction de son programme déclaré que de ses actes ultérieurs. Ce qui conditionne, comme on sait, les assistances militaires ou autres prévues pour le Liban. Un ambassadeur en poste à Beyrouth, qui a participé à la rencontre avec Nagib Mikati, affirme que ce dernier s’est montré rassurant. Qu’il a levé des appréhensions déterminées sur la politique extérieure du Liban, sur son engagement au sujet des résolutions 1701 et 1757, compte tenu de la nécessité de préserver la stabilité sécuritaire du pays.
Cependant, l’on s’interroge sur les intentions du Premier ministre et sur les possibilités qui s’offrent à lui. Car il faut se rappeler qu’il a déclaré qu’il compte rester fidèle aux engagements du Liban au sujet du TSL et des résolutions internationales. Mais non sans ajouter qu’un changement dans ce cadre devrait être opéré par le comité national de dialogue, organisme qui peut seul modifier, par consensus, le cours national des choses, en arrêtant une position commune à l’égard du tribunal. Des propos qui inquiètent l’opposition mais aussi les capitales. Car ils reviennent à dire que l’État libanais, temple public, se défausse de ses problèmes sur une structure privée qui d’ailleurs n’existe plus... par décision du 8 Mars.


Je ne vois pas pourquoi le 14 Mars est tellement frustre par ce qui se passe. Cela est le meilleur scenario possible. Imaginez ce qui se serait passe si l'acte d'accusation avait ete rendu public sous le precedent gouvernement: ils auraient eu le choix entre essayer d'arreter les inculpes (bonne chance! Rappelez-vous le general Sayyed a l'AIB; et s'ils avaient reussi a le faire, cela pourrait etre la guerre civile) et ne rien faire, devenant des complices en quelque sorte. Maintenant, c'est l'autre bord qui est au pouvoir, et c'est leur responsabilite devant l'ONU et la communaute internationale. Ce sont eux qui vont devenir les pariahs dans cette affaire. C'est a se demander si Mr. Hariri n'a pas pousse Mr. Joumblatt a rejoindre ce gouvernement, juste pour empetrer ses adversaires, et s'il n'a pas demande au procureur de retarder l'acte d'accusation jusqu'a ce que ce gouvernement soit forme. C'est ce que j'aurais fait a sa place.
13 h 18, le 07 juillet 2011