*Joseph S. Nye est professeur à Harvard et ancien vice-secrétaire américain à la Défense. Il a écrit un livre intitulé « The Future of Power ».
Aujourd’hui, l’URSS n’existe plus et la Chine est une puissance montante. Pour certains Américains, la montée en puissance de la Chine ne peut être pacifique et de ce fait les USA doivent prendre des mesures pour contenir la République populaire. Beaucoup de responsables chinois considèrent que c’est la stratégie que les USA appliquent déjà. Ils se trompent. Durant la guerre froide, le confinement de l’URSS s’est traduit par l’arrêt presque total du commerce entre les deux puissances et un sérieux coup de frein aux contacts entre leurs citoyens. Aujourd’hui au contraire, les USA ont des échanges commerciaux intenses avec la Chine ainsi que des échanges au niveau de la population avec notamment 125 000 étudiants chinois dans les universités américaines. Avec la fin de la guerre froide, le confinement de l’URSS initié par la visite de Kissinger ne pouvait plus servir de base aux relations sino-américaines. Plus tard, ces relations se sont refroidies à l’occasion des événements de la place Tiananmen en 1989 et le gouvernement Clinton a dû concevoir une nouvelle approche.
Quand je dirigeais l’East Asia Strategy Review au sein du Pentagone en 1994, avec mes collaborateurs nous rejetions l’idée du confinement de la Chine pour deux raisons : si nous la traitions en ennemie, nous étions sûrs d’avoir plus tard un ennemi ; si nous la traitions en amie, nous ne fermions pas la porte à des relations apaisées, même si nous n’étions pas sûrs d’y parvenir. Par ailleurs, il aurait été difficile de persuader d’autres pays de nous rejoindre pour former une coalition destinée à contenir la Chine, sauf si cette dernière se montrait menaçante (comme ce fut le cas avec l’URSS après la Seconde Guerre mondiale). Seule la Chine par son attitude pouvait provoquer une stratégie de confinement contre elle.
Le gouvernement Clinton a donc conçu une stratégie favorisant l’intégration de la Chine, tout en prenant des mesures pour s’en protéger – une approche qui ressemblait à celle de Reagan, du style « faire confiance mais tout vérifier » dans le domaine des accords stratégiques avec les Soviétiques. D’un côté, les USA soutenaient l’intégration de la Chine au sein de l’Organisation mondiale du commerce, achetaient ses produits et recevaient des visiteurs chinois, tandis que la déclaration Clinton-Hashimoto d’avril 1996 affirmait que le traité de sécurité américano-nippon n’était pas une relique de la guerre froide, mais constituait le socle d’une Asie de l’Est stable et prospère.
Clinton avait travaillé à l’amélioration des relations avec l’Inde, une stratégie qui a bénéficié d’un support bipartisan aux USA. Le gouvernement Bush a continué sur la même voie, tout en approfondissant et en formalisant le dialogue économique avec la Chine. Robert Zoellick, alors vice-secrétaire d’État, a signifié clairement que les USA accepteraient la montée en puissance de la Chine dans la mesure où elle se comporterait en acteur responsable. Le gouvernement Obama maintient ce cap tout en l’élargissant pour que les discussions économiques annuelles avec la Chine incluent les questions de sécurité.
Ainsi que je le souligne dans mon nouveau livre, The Future of Power, le réveil de l’Asie est l’un des plus grands changements du XXIe siècle. En 1800, elle représentait la moitié de la population du globe et la moitié de son économie. En 1900, la révolution industrielle en Europe et en Amérique du Nord a réduit sa part dans l’économie mondiale à seulement 20 %. Mais vers le milieu de ce siècle, elle devrait à nouveau représenter la moitié de la population du globe et la moitié de son PIB.
C’est une évolution naturelle et positive, car elle permet à des centaines de millions de personnes d’échapper à la pauvreté. Néanmoins, elle suscite la crainte que la Chine ne devienne une menace pour les USA. Cette crainte semble exagérée, en particulier si l’on prend en compte l’équilibre des pouvoirs en Asie et si l’on considère qu’elle ne forme pas une entité. Le Japon, l’Inde, le Vietnam ainsi que d’autres pays ne veulent pas être dominés par la Chine, et de ce fait voient avec satisfaction la présence américaine dans la région. À moins que la Chine ne développe son « soft power », sa montée en puissance militaire et économique pourrait conduire ses voisins à tenter de bâtir une coalition pour rétablir un certain équilibre – un peu comme si le Mexique et le Canada s’alliaient avec la Chine pour faire pendant à la puissance des USA en Amérique du Nord.
Après la crise financière de 2008-2009, la Chine s’étant redressée rapidement et ayant retrouvée son taux de croissance annuel de 10 %, certains responsables et certains commentateurs chinois ont appelé à une politique étrangère plus affirmée, qui reflète la place de la Chine dans le monde. Certains ont cru à tort que les USA étaient sur le déclin et que la crise ouvrait de nouvelles voies stratégiques à la Chine. Ainsi, la Chine est devenue plus pressante quant à ses revendications territoriales en mer de Chine méridionale et à son vieux différend frontalier avec l’Inde. Cela se traduit depuis deux ans par une dégradation de ses relations avec le Japon, l’Inde, la Corée du Sud, le Vietnam et d’autres pays – un résultat qui ne fait que confirmer le postulat stratégique américain selon lequel « seule la Chine peut confiner la Chine ».
Mais ce serait une erreur de s’intéresser uniquement à l’aspect défensif de la stratégie américaine. Les USA et la Chine (de même que les autres pays) ont beaucoup à gagner s’ils collaborent sur les questions transnationales. Une telle collaboration est indispensable pour concevoir et appliquer des solutions relatives à la stabilité financière mondiale, au réchauffement climatique, au cyberterrorisme et aux pandémies. Si le pouvoir est la capacité à obtenir les résultats que l’on veut, il faut se souvenir que parfois nous sommes plus forts quand nous agissons avec les autres plutôt qu’en les ignorant. Le concept de confinement ne permet pas d’appréhender cette dimension importante d’une stratégie de « smart power » – le pouvoir d’une intelligence avisée – pour le XXIe siècle. Quand Kissinger a atterri à Pékin il y a 40 ans, il a non seulement transformé la guerre froide, mais également ouvert une ère nouvelle des relations sino-américaines.
©Project Syndicate, 2011.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Chers Vous, lecteurs de " L'Orient-Le Jour ", Je pense que vous pouvez prêter foi au présent article émanant de votre journal ( votre journal préféré, cela va de soi ! ). En ce qui me concerne, je ne me sens pas outre mesure affolé par la puissance grandissante de la Chine sur l'échiquier international. Il faut bien être conscient, s'agissant de la Chine, que ses habitants sous le coup d'un profond mécontentement trouvant sa source dans l'inflation galopante qui frappe de plein fouet l'économie de la Chine vont en ressentir des répercussions immédiates sur leur niveau de vie général. En effet, les Chinois vont de plus en plus réclamer leur dû dans les acquis de cette croissance que connait globalement leur pays sous la forme d'augmentations substantielles des salaires qui leur seront versés. Le pouvoir d'achat des Chinois va augmenter à due proportion et les importations de la Chine en provenance du monde entier vont connaître une augmentation substantielle, le marché domestique ne pouvant à lui-seul fournir aux habitants de la Chine la contrepartie physique en biens et services additionnels. Et l'un des corollaires de cette situation, inédite à ce jour, est que l'avantage concurrentiel de la Chine sur les marchés mondiaux va se trouver grignoté par les autres pays émergents voire à nouveau par les pays occidentaux et que les délocalisations d'entreprises en Chine se feront de moins en moins attrayantes, le différentiel entre les rémunérations pratiquées en Chine et celles ayant cours dans le reste du monde alentour ne faisant que s'atténuer pour un jour disparaître. D'où un rééquilibrage progressif et inéluctable de nos économies mondialisées pour le plus grand bonheur de tous. " Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera ", s'était écrié Napoléon 1er il y a bien longtemps dans l'une de ces phrases prémonitoires dont il avait le secret. " Le temps du monde fini commence " s'était écrié dans une formule tout aussi saisissante l'écrivain Paul Valéry au début du siècle dernier. Eh bien nous pouvons ajouter peut-être, sans grand risque de nous tromper, que le monde entier s'oriente résolument vers une plus grande intrication des économies des différents Etats qui le composent et que ce phénomène ira s'amplifiant dorénavant et ce, jusqu'à la nuit des temps. Amitiés, Antoine GED
22 h 03, le 05 juillet 2011