« Seul un scénariste d’Hollywood aurait pu imaginer un tel scénario », a réagi le centriste François Bayrou. « Cela va complètement dans l’autre sens. L’idée d’aller vers un non-lieu paraît incroyable », commente Sabine de Marigny, styliste de 44 ans. Terriblement choqués à l’époque d’avoir vu la justice américaine laisser les caméras entrer en salle d’audience filmer le destin de l’homme brisé, les Français semblent tout aussi surpris de la voir capable de faire marche arrière. « Ce qui est étonnant, c’est l’honnêteté du procureur Cyrus Vance qui, au début, était agressif, et aujourd’hui reconnaît qu’il a des doutes », explique François Decodts, chômeur de 36 ans.
La théorie du complot, à laquelle près de 60 % des Français adhéraient dans les jours qui ont suivi l’arrestation de DSK, revient à nouveau dans les conversations en public ou en privé. « Crapuleux ou politique ? » se demande-t-on. « Je n’étais pas parmi les complotistes mais là, je ne sais plus. Ça ne m’arrive pas souvent mais là, je l’avoue, je ne sais plus », a reconnu François Bayrou.
Du coup, est arrivé le temps de l’examen de conscience, après l’étalage des secrets de la vie sexuelle de l’ancien patron du FMI et l’« emballement » médiatique. « Dominique Strauss-Kahn n’est pas encore blanchi que s’ouvrent (...) de nombreux procès en pointant du doigt les multiples coupables. Coupable, d’abord, la justice américaine, parce que brutale dans son fonctionnement qui sacralise la parole des victimes. Coupable le système médiatique qui, chez nous comme aux États-Unis, a déversé en boucle les images humiliantes de DSK. Coupable enfin l’opinion qui, tout en dénonçant le lynchage médiatique, s’est repue du “feuilleton” », écrit le quotidien régional La République du Centre.
Et déjà la question est posée : s’il est blanchi, Dominique Strauss-Kahn se présentera-t-il à la primaire que viennent de lancer les socialistes pour désigner leur candidat à la présidentielle de 2012 ? « S’il se présentait, tu voterais pour lui ? » se demande-t-on entre amis ou en famille. Mais pour une grande partie de la presse, l’homme est hors jeu. « Cette affaire lui a forgé une image de richissime bourgeois machiste, qui ne peut que le couper d’une partie de l’électorat populaire de la gauche et ne lui permet plus de mordre dans l’électorat centriste et féminin », analyse le quotidien régional L’Alsace.
(Source : AFP)

