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Moyen Orient et Monde - Éclairage

En Chine, les migrants ne se laissent plus faire

Des dizaines de millions de personnes venues de l’intérieur du pays ne sont pas en mesure d’obtenir leur « hukou », un certificat de résidence.

Majoritaires sur les chantiers, ce sont les migrants qui ont édifié les tours, immeubles et centres commerciaux des villes chinoises modernes. Peter Parks/AFP

Les migrants en Chine acceptent de moins en moins les discriminations dont ils sont victimes, selon des témoignages et des avis d’experts. Cela fait six ans que Yue Yaowei vit à Pékin, mais comme il n’est pas reconnu comme résident de la capitale, il n’a pas d’assurance maladie, et ne peut pas acheter de voiture ni d’appartement. « Je suis vraiment sous pression ici », déclare ce jeune homme de 24 ans, qui travaille comme chef de rang dans un restaurant de canard laqué et gagne un peu moins de 300 euros par mois. Comme des dizaines de millions de migrants en Chine, il n’est pas en mesure d’obtenir un certificat de résidence, appelé « hukou », de citadin.
Créé dans les années 1950 pour empêcher l’exode rural, le système du « hukou » perdure alors que depuis 30 ans les ruraux s’installent massivement en ville, où cohabitent aujourd’hui deux catégories de citoyens. Mais les migrants les plus jeunes supportent de plus en plus mal cette discrimination institutionnalisée. À la mi-juin, trois jours d’émeutes ont éclaté à Xintang, près de Canton (Sud), une ville peuplée de 500 000 à 600 000 migrants, contre seulement 200 000 autochtones. L’interpellation brutale d’un couple de migrants vendeurs de rue a été l’étincelle à l’origine des manifestations.
« Très souvent, ces conflits sont le résultat d’un mécontentement larvé », selon Geoffrey Crothall du China Labour Bulletin, une organisation de défense des droits des ouvriers basée à Hong Kong. « Il y a un sentiment d’injustice sociale auquel les jeunes migrants sont confrontés quotidiennement à travers leurs conditions de travail et leur situation personnelle », explique M. Crothall.
À Pékin, M. Yue ne prévoit pas de descendre dans la rue pour résoudre ses problèmes, mais il sympathise avec les travailleurs révoltés de la province méridionale du Guangdong. Il se sent rejeté par les Pékinois qui « pensent que les gens de l’extérieur empiètent sur leur espace et exacerbent la concurrence pour les emplois. Selon eux, leur vie serait plus facile sans nous ».
Majoritaires sur les chantiers, ce sont pourtant les migrants qui ont édifié les tours, immeubles et centres commerciaux des villes chinoises modernes. Et de nombreux services, dont la restauration, ne pourraient pas fonctionner sans cette main-d’œuvre bon marché. La première génération de migrants, en majorité venue de l’intérieur du pays pour travailler dans les usines à capitaux étrangers qui ont fleuri à partir des années 1980 le long de la côte, a gardé de solides attaches avec la terre, refusant d’abandonner le « hukou » rural auquel est attaché un lopin de terre cultivable. Beaucoup ont fait construire de nouvelles maisons dans leur village d’origine.
La nouvelle génération qui a grandi avec le boom économique chinois veut désormais avoir sa part de la croissance et n’envisage pas un retour à la terre. Les jeunes « ne peuvent pas retourner dans leur lieu d’origine car ils sont partis depuis longtemps et n’ont plus rien là-bas », explique M. Yue.
« Les attentes de la population ont augmenté », constate Anita Chan, de l’université technologique de Sydney. La nouvelle génération de migrants est aussi mieux éduquée et davantage consciente de ses droits, selon elle. Pour Tuo Qiaoqiao, serveuse dans un restaurant italien à Pékin, quitter son village de la province du Shaanxi (Nord) était l’opportunité de vivre « quelques aventures, de rencontrer des étrangers et de gagner de l’argent ». « Les gens nés après 1980 et après 1990 vivent davantage pour le plaisir », déclare cette jeune femme. « Je ne retournerai pas à la campagne. Cela convient aux personnes âgées mais pas aux jeunes. »

             (Source : AFP)
Les migrants en Chine acceptent de moins en moins les discriminations dont ils sont victimes, selon des témoignages et des avis d’experts. Cela fait six ans que Yue Yaowei vit à Pékin, mais comme il n’est pas reconnu comme résident de la capitale, il n’a pas d’assurance maladie, et ne peut pas acheter de voiture ni d’appartement. « Je suis vraiment sous pression ici », déclare ce jeune homme de 24 ans, qui travaille comme chef de rang dans un restaurant de canard laqué et gagne un peu moins de 300 euros par mois. Comme des dizaines de millions de migrants en Chine, il n’est pas en mesure d’obtenir un certificat de résidence, appelé « hukou », de citadin.Créé dans les années 1950 pour empêcher l’exode rural, le système du « hukou » perdure alors que depuis 30 ans les ruraux s’installent...
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