Les proches du Premier ministre indiquent qu’il a réussi à imposer la formule qu’il a mise au point, après l’avoir exposée pour assentiment au président de la République et au président de la Chambre. Mais également, et surtout, après des échanges serrés avec le Hezbollah, concerné au premier chef par l’acte d’accusation. Cela, par le truchement d’émissaires assurant une inlassable navette entre Verdun et la banlieue sud.
Toujours est-il que le président du Conseil et les membres du comité de rédaction étaient résolus à aller vite en besogne, sur recommandation expresse du chef de l’État, qui leur a rappelé que la Constitution leur fixe un délai de 30 jours pour rendre leur copie. En précisant qu’un retard compliquerait une situation déjà délicate et handicaperait le gouvernement dans son démarrage. Déjà difficile, du reste, du fait qu’il n’est pas un gouvernement d’union nationale, mais le représentant d’une fraction politique aux composantes et aux convictions variées, pour ne pas dire opposées. Michel Sleiman est donc intervenu, en gardien de la balance, après des informations indiquant que l’on courait droit dans le mur, vers un échec définitif des tractations sur la formulation de l’alinéa relatif au TSL.
Concours
De leur côté, Nabih Berry et Walid Joumblatt ont prié Nagib Mikati de faire aussi vite que possible pour que le Liban ne soit pas pris de court par une soudaine publication de l’acte d’accusation. On sait, à ce sujet, que le procureur général près la Cour de cassation, le juge Saïd Mirza, a informé le chef du gouvernement qu’il a été mis au courant, le jeudi d’avant, des grandes lignes du document, admis par le juge de mise en état, Daniel Fransen, le lundi précédent.
Après quoi, le Premier ministre a dépêché mardi un envoyé à Damas. Il en est revenu le lendemain porteur d’un conseil pressant de hâter un accord sur la teneur de la déclaration ministérielle, en dépassant tous les nœuds. Les Syriens précisent que la phase présente interdit tout atermoiement.
Ayant appris que Nagib Mikati a élaboré une formule harmonisant les diverses positions et proposant des explications idoines, ils lui font confiance. La détermination d’une issue pratique a été laissée aux bons soins de Nabih Berry, après étude de la formule Mikati par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Mercredi, les membres du comité de rédaction ont été notifiés que leur réunion était reportée de 16 heures à 19 heures, en raison du peaufinage de la solution envisagée pour la question du TSL, à travers une rencontre du président Mikati avec le lieutenant politique de Nasrallah, Hussein el-Khalil.
Concrètement l’astuce consiste à estimer que le Tribunal international pour le Liban « a été créé en principe pour réaliser le droit », c’est-à-dire pour rendre la justice. Cette soi-disant subtilité de langage a suffi pour que le Hezbollah accepte de mettre de l’eau dans son vin. L’accent étant mis sur le fait que l’accord de sémantique permet de conforter la stabilité et la paix civile. D’autant qu’il ne mentionne pas la 1757 ni aucun engagement à coopérer avec le TSL...
Paravent
Un ministre assure que le TSL et les résolutions du Conseil de sécurité, qui confortent l’entregent international du Liban, à travers son respect des décisions internationales, n’ont tout simplement pas été traités en comité de rédaction. Pourquoi ? Parce que, répond-il, il s’agit là de constantes et de postulats indiscutables, déjà relevés dans les déclarations des gouvernements Siniora et Hariri précédents. Ils se trouvent donc évoqués succinctement dans le texte actuel, qui est lui-même très condensé dans son ensemble. C’est dire en fait que le nouveau cabinet confirme qu’il restera fidèle, au nom de la continuité de pouvoir, aux engagements internationaux proclamés par ses prédécesseurs. Sauf qu’il évite soigneusement de s’appesantir sur une ligne que les radicaux du 8 Mars réprouvent avec véhémence.
À ce jour, pas de commentaires des capitales occidentales sur une déclaration ministérielle qui, du reste, n’a pas encore été publiée officiellement. On sait qu’elles exigent, comme leurs ambassadeurs l’ont signifié à Nagib Mikati, une mention claire de la 1701 et de la 1757 (création du TSL), ainsi que de la coopération avec l’instance en question.
Mais le Premier ministre a dû, vaille que vaille, ménager son aile dure, en se défaussant de tout franc engagement de coopération avec le TSL, et en évitant de rappeler l’approbation du TSL à l’unanimité par le comité de dialogue national, dont le Hezbollah faisait partie. Il ne donne donc pas suite aux demandes de l’Occident. Et cela inquiète l’opposition, qui craint pour les relations et les aides internationales du pays.
Un député membre du 14 Mars trouve ridicule et préjudiciable que le gouvernement Mikati cherche à faire le malin avec les Occidentaux. Ils en attendent, souligne ce parlementaire, des engagements aussi clairs que fermes et non pas des pirouettes. L’équivoque, le clair-obscur, de la déclaration ministérielle libanaise risque de compromettre nos relations avec les capitales, répète ce cadre. En relevant que, selon des informations fiables, les assistances militaires sont actuellement gelées. Washington et Paris ont ainsi invité le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, à leur rendre visite, pour des éclaircissements sur certains points importants. Notamment sur le rôle du Hezbollah, surtout après la publication, sans doute prochaine, de l’acte d’accusation du TSL et le lancement des mandats d’arrêt.
Le mot de la fin revient à un diplomate occidental :
« Nous jugerons votre nouveau gouvernement à partir de sa composition même, pour commencer, de sa déclaration ministérielle ensuite, puis de ses actes. »


Les voisins sont sur le chemin de lamorgue cher Selim et leurs sbires tout autant! Vous le savez bien!
09 h 53, le 01 juillet 2011