Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Beyrouth et Tripoli toujours sans plan bouclier

À Bourj Abi Haïdar, le Hezbollah et les Ahbache se sont combattus en usant de toute la gamme d’armement milicien, de la mitraillette au lance-roquettes et au mortier de campagne. Après ces affrontements sanglants, des voix se sont élevées pour réclamer que la cité soit déclarée ville ouverte. C’est-à-dire désarmée, du côté des partis et de la population. Les députés de la capitale, dont les membres du courant du Futur, se sont placés en première ligne de cette campagne. L’un d’eux souligne que les secousses montrent l’inexistence de toute autorité de l’État et une mainmise de l’anarchie, via des milices qui outrepassent toutes les bornes, en se mettant au-dessus de la loi.
Avant que le débat ne soit engagé, certains parlementaires avaient demandé qu’une enquête sérieuse, pour identifier et sanctionner les coupables, soit menée à bien. Mais, comme presque toujours en pareil cas, l’on a vite fait d’enterrer ce dossier, sans action de l’État, pour des raisons politiques.
Car le 8 Mars, députés en tête, s’est opposé au désarmement de la rue. Sous prétexte – incroyable mais vrai ! – que cela constituerait un précédent compromettant, dans d’autres régions, l’armement de la résistance.
Les cadres du 14 Mars assurent, de leur côté, que lors de ses discussions, le comité de dialogue national a fait une nette distinction entre l’armement de la résistance face à l’ennemi israélien et le potentiel des partis ou des milices en tant que tels. Autorisant l’un et prohibant l’autre. Pour conforter ces vues, le comité avait ordonné, dès l’ouverture de ses travaux, la suppression de l’armement palestinien déployé en dehors des camps, c’est-à-dire des bases palestiniennes d’obédience syrienne, à la frontière orientale dans la Békaa ou sur le littoral du Chouf, dans l’Iqlim. Le comité avait en outre prévu des dispositions pour réguler l’armement palestinien à l’intérieur des camps, avec supervision des forces de l’ordre libanaises. Mais c’est en vain que le comité avait chargé le gouvernement d’appliquer ces mesures, car rien n’a été fait. Et les visites de sondage, pour ne pas dire de sollicitation, effectuées par le Premier ministre en Syrie, dont le concours est indispensable du côté des Palestiniens de la Békaa, n’ont rien donné.

Suite sans fin
Et le 7 Mai ? Le directoire du 8 Mars le justifie en soutenant que, même à cette occasion interne, il s’agissait de préserver un terreau urbain représentant un auxiliaire important de la résistance. Circulez, il n’y a rien à voir : le Hezbollah a refusé d’en discuter, même sous le cabinet d’union nationale que dirigeait Saad Hariri. Et, dérogeant à la règle, il s’est abstenu de livrer, comme les autres parties, un exposé de ses vues sur la question de la stratégie de défense, inscrite à l’ordre du jour du comité de dialogue. Le Hezb a prié ses alliés, notamment Michel Aoun, de demander l’arrêt des réunions. En faisant valoir qu’elles n’avaient rien donné et n’avaient marqué aucun progrès pour ce qui est de la stratégie de défense. Sans mentionner le fait que le blocage était dû à son allié, au Hezbollah, qui ne veut pas se laisser désarmer tant qu’il n’y a pas la paix dans la région, voire tant qu’Israël existe.
Après le refus de participer émis par le chef du CPL, les réunions se sont effectivement arrêtées. Le président Sleiman entreprend des contacts avec les partis et les courants pour que ces rencontres reprennent, une fois que le gouvernement aura obtenu la confiance du Parlement.
Mais le problème-clé s’est encore aiguisé. En effet, après la démission du cabinet Hariri et après l’interversion de majorité due au retrait du groupe Joumblatt de ses rangs, le 14 Mars est monté à l’assaut. En lançant le slogan « Le peuple exige la chute de l’armement », pour riposter au Hezbollah qui avait retiré ses ministres du gouvernement d’union, mais avait porté également à la démission Adnan Sayyed Hassan, le ministre-dépôt, prévu dans le quota du chef de l’État.
Le coup d’éclat était intervenu au moment où le président Hariri rencontrait à Washington le chef de la Maison-Blanche, Barack Obama. Depuis lors, le 14 Mars procède à une incessante escalade. Car il craint que l’armement du Hezbollah ne finisse par peser trop lourd dans la balance et n’aboutisse, en fin de compte, à une prise de pouvoir unilatérale définitive.
Par la bande, les heurts de Tripoli entre Baal Mohsen et Bab el-Tebbaneh sont venus apporter de l’eau au moulin des souverainistes. Car ils montrent la nocivité et le danger de l’armement hors légalité que le Hezbollah illustre le plus puissamment. À noter que Bab el-Tebbaneh affirme que s’il doit y avoir désarmement urbain, cela devrait être d’abord dans la banlieue sud de Beyrouth. Puis à Baal Mohsen, présenté comme l’assaillant. Les députés de la ville ont rencontré le chef de l’État et le Premier ministre pour demander que l’on effectue d’abord le nettoyage de l’armement lourd et moyen pour débattre ensuite des armes de poing. Le ministre de l’Intérieur, le général Marwan Charbel, qui a verrouillé Tripoli sur le plan sécuritaire avec le concours de l’armée, indique cependant que le ramassage complet des armes n’y est pas possible. Il précise que toute arme utilisée sera saisie, et que les perquisitions se poursuivent dans les immeubles suspects. Les patrouilles des FSI et de l’armée ont interpellé à ce jour nombre de personnes qui auraient tiré lors des événements, indique-t-il enfin.
Le désarmement de Tripoli se retrouvera-t-il dans l’impasse comme le désarmement de Beyrouth ? Peut-être que non, si la proximité de la Syrie et de ses événements devait faire la différence, avec l’afflux de fugitifs ou de déserteurs, et le danger pressant pour la scène locale. Ce que le député haririen Mohammad Kabbara pointe du doigt, en se demandant pourquoi l’on retrouve à Tripoli, ou dans d’autres régions du Nord, un fort arsenal de missiles et d’autres armements lourds du Hezbollah. Aux antipodes donc des bases sudistes de la résistance à Israël.
À Bourj Abi Haïdar, le Hezbollah et les Ahbache se sont combattus en usant de toute la gamme d’armement milicien, de la mitraillette au lance-roquettes et au mortier de campagne. Après ces affrontements sanglants, des voix se sont élevées pour réclamer que la cité soit déclarée ville ouverte. C’est-à-dire désarmée, du côté des partis et de la population. Les députés de la capitale, dont les membres du courant du Futur, se sont placés en première ligne de cette campagne. L’un d’eux souligne que les secousses montrent l’inexistence de toute autorité de l’État et une mainmise de l’anarchie, via des milices qui outrepassent toutes les bornes, en se mettant au-dessus de la loi.Avant que le débat ne soit engagé, certains parlementaires avaient demandé qu’une enquête sérieuse, pour identifier et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut