Face à l’expansion de ce fléau, une question se pose : la loi en vigueur répond-elle efficacement aux besoins de sécurité et de protection de la société libanaise ? « La législation sur la drogue au Liban est relativement récente (fin des années 90) et se caractérise par son approche humaine », explique le magistrat Azzi. Elle stipule que « toute personne abusant de substances illicites est passible de trois mois à trois ans de prison. Une grâce peut être accordée si la personne se soumet aux mesures de traitement imposées par le tribunal. » Ainsi, la loi prévoit le choix entre une détention et un traitement thérapeutique dans un centre de soins spécialisés .Cette dernière option permettrait aux toxicomanes de purger leur peine sous traitement et de sortir au bout de quelques mois s’ils sont vraiment guéris. Toute poursuite ou sentence sera alors suspendue.
« La décision d’orienter les personnes arrêtées vers un centre de soins lors d’une première arrestation revient á un comite présidé par un juge et créé á cette fin, indique M. Azzi. Cette possibilité n’est cependant pas systématique. Elle dépend de l’attitude du drogué, de sa conviction et de sa volonté sérieuse de se faire traiter. » Et d’ajouter que « les drogués ne devraient pas être traités comme des criminels, mais plutôt comme des malades, des victimes ayant besoin d’aide et de soins. Ces personnes particulièrement vulnérables, tirant les conséquences de l’échec de la génération parentale, se refugient dans la marginalisation. Il est donc faux de présenter le problème de la drogue comme uniquement une conséquence de l’activité criminelle des trafiquants sans tenir vraiment compte des souffrances et du désespoir de ces jeunes en détresse. Se contenter de les incarcérer, c’est tout simplement les abandonner à leur sort. En dépit de toutes les difficultés thérapeutiques, une société qui se veut humaine n’a d’autre choix que la mobilisation de toutes les aides possibles dans le traitement de la maladie toxicomane », explique M. Azzi. On ne peut s’empêcher dans cette optique de se demander si l’État, pour protéger la santé physique et mentale des citoyens, et maintenir l’ordre social, n’est pas tenu d’attacher plus d’importance á la lutte contre la drogue en créant des centres de désintoxication spécialisés afin de sauver le plus grand nombre de toxicomanes. Quoi qu’il en soit, M. Azzi insiste sur le fait qu’il est urgent de procéder á un amendement de la loi et á un renforcement des législations pour imposer des sanctions et des mesures plus restrictives à l’encontre des trafiquants : mesures touchant tant à la liberté corporelle (travaux forcés à perpétuité) qu’aux peines pécuniaires (paiement de plus grosses amendes). Reste à voir si l’État réussit à veiller à une bonne application de la législation.


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