Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Le Point

Armes de discorde massive

Ce n’est pas une nouvelle affaire Valerie Plame. Pas encore du moins. Nous ne sommes pas, comme en 2003 contre l’Irak, à la veille d’une opération « Shock and Awe » visant cette fois les sites nucléaires iraniens – quoique... –, Barack Obama n’est pas George W. Bush ; les journalistes ont été échaudés par le précédent devenu célèbre ; et puis les temps ont changé.
Souvenez-vous : il y a huit ans, dans son discours sur l’état de l’Union, le président américain, citant le gouvernement britannique, se disait convaincu de l’achat par Saddam Hussein d’« importantes quantités d’uranium en Afrique ». Le 6 juillet, chargé par la Maison-Blanche de recueillir à Niamey des éléments pour étoffer le dossier, l’ancien diplomate Joseph C. Wilson en revenait avec une bombe d’un tout autre genre. À l’appui de son rapport, il publiait dans le New York Times un article au titre des plus explicites : « Ce que je n’ai pas trouvé en Afrique. » Peu après, le monde entier découvrait sous la plume du journaliste Robert Novak, dûment informé par le numéro 2 du département d’État Richard Armitage, que l’épouse de l’émissaire US était le chef d’une antenne de la CIA.
La semaine dernière, on a pu croire un moment, à quelques détails près, à une réédition du scandale. Six anciens ambassadeurs européens en Iran partageaient avec les lecteurs du Guardian leurs impressions : il n’existe aucune preuve tangible de l’existence d’un programme iranien pour la mise au point d’armes nucléaires. Le groupe, emmené par le Britannique Richard Dalton, comprend Paul von Maltzahn (Allemagne), Steen Hohwü-Christensen (Suède), Guillaume Metten (Belgique), François Nicoullaud (France) et Roberto Toscano (Italie). « En tant que diplomates en poste dans le pays au cours de la décennie passée, nous avons suivi de près l’évolution de cette crise; il est inadmissible que les entretiens se trouvent dans l’impasse depuis si longtemps », écrivent-ils. Et relevant au passage qu’aux yeux des lois internationales, les sanctions américaines et européennes mentionnées dans une résolution du Conseil de sécurité prévoient des mesures coercitives en cas de menace pour la paix, ils s’interrogent : « Qu’est-ce donc qui constitue une menace, l’enrichissement d’uranium ? Il s’agit là, certes, d’une activité délicate dans une région qui l’est tout autant. Mais rien dans les textes en vigueur ne l’interdit. » Les auteurs de ce texte n’écartent pas toutefois l’éventualité que la République islamique se constitue un arsenal nucléaire, mais ils relèvent que, sur le sujet, les divers services de renseignements sont partagés. Ce qui s’appelle manier l’art de l’euphémisme.
Il y a trois semaines, le New Yorker, sous la plume de Seymour Hersh, un vétéran du journalisme d’investigation, notait que la grande communauté des barbouzes ne parvient toujours pas à se faire une opinion sur les véritables intentions de Téhéran. La présente administration US, dit-il, n’a fait qu’hériter du refrain jadis seriné par Bush & Cie, sans cette nuance de taille : à l’époque, les maîtres du pays voyaient dans le régime irakien le grand ennemi contre lequel il importait de mobiliser tous les efforts et toutes les armes, même la bombe H – qui restait à acquérir. Pour ce qui est des sanctions économiques, qui auraient coûté à la victime près de 60 milliards de dollars, elles sont demeurées sans effet notable, à tout le moins en surface.
En réalité, l’argument du nucléaire vient de ressurgir de la manière la plus inattendue et là où on ne l’attendait pas : dans la guerre plus du tout feutrée que se livrent Ali Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad, le premier prenant position contre toute négociation avec l’Occident sur le sujet, ce que défend le second. Toutefois, comme dans une partie d’échecs, la manœuvre ne vise qu’à en cacher plusieurs autres, comme cette lutte pour le pouvoir entre le wali el-faqih et celui qui passait hier encore pour son fils prodigue. Le président de la République aurait-il donc oublié l’issue de la confrontation entre Ruhollah Khomeyni et Abolhassan Bani Sadr, éphémère président de février 1980 à juin 1981 avant d’être destitué par le Majliss pour avoir tenté de s’opposer à la suprématie du guide ? Les péripéties de l’actuel bras de fer feraient pâlir de jalousie les maîtres de la Florence des Médicis. On y retrouve, outre le choc de deux idéologies autour du concept de la république, un différend portant sur le « mahdisme », l’éternel conflit entre la ville sainte de Qom et la capitale, les divergences sur les sujets économiques et la destination des maigres revenus en provenance du pétrole, le choix des hommes entourant le chef de l’État, etc.
En fait, les guerres intestines font partie du paysage politique iranien, opposant le clergé (les mobed, en des temps fort anciens) à l’establishment traditionnel militaire ou civil. Comme par le passé, la présente confrontation vient de tourner à l’avantage des mollahs. Et, bien plus que les centrifugeuses de Bouchehr ou de Natanz, c’est son issue qui pose problème à l’Occident.
Ce n’est pas une nouvelle affaire Valerie Plame. Pas encore du moins. Nous ne sommes pas, comme en 2003 contre l’Irak, à la veille d’une opération « Shock and Awe » visant cette fois les sites nucléaires iraniens – quoique... –, Barack Obama n’est pas George W. Bush ; les journalistes ont été échaudés par le précédent devenu célèbre ; et puis les temps ont changé.Souvenez-vous : il y a huit ans, dans son discours sur l’état de l’Union, le président américain, citant le gouvernement britannique, se disait convaincu de l’achat par Saddam Hussein d’« importantes quantités d’uranium en Afrique ». Le 6 juillet, chargé par la Maison-Blanche de recueillir à Niamey des éléments pour étoffer le dossier, l’ancien diplomate Joseph C. Wilson en revenait avec une bombe d’un tout autre genre. À...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut