Le régime du président syrien Bachar el-Assad est la cible depuis le 15 mars d'un mouvement de contestation sans précédent qui se traduit par des manifestations, violemment réprimées, dans tout le pays.
Rami Makhlouf, 41 ans, est le cousin du président. Il a fait fortune, notamment grâce à sa participation de 40% dans le capital de Syriatel, le plus important opérateur de téléphonie mobile en Syrie.
"Les profits des actions que je possède dans Syriatel seront reversés à des oeuvres humanitaires et de charité, ainsi qu'à des projets de développement" pour la population du pays, a-t-il déclaré jeudi.
"Je ne vais pas me lancer dans de nouveaux projets avec lesquels je pourrais tirer des bénéfices personnels et je vais me dévouer au travail humanitaire", a-t-il encore affirmé.
Il y a quelques semaines son discours était pourtant plus agressif. Il déclarait ainsi le 10 mai dans un entretien au New York Times que le régime baasiste, au pouvoir depuis 1963 en Syrie, allait "se battre jusqu'au bout" en ajoutant: "Personne ne peut garantir ce qui se produira si quelque chose arrive à ce régime".
Bachar el-Assad a succédé en 2000 à son père Hafez, lui-même arrivé au pouvoir en 1970. Rami Makhlouf est son cousin germain maternel.
Rami et son frère Ihab ont une fortune personnelle qui dépasserait, selon certaines estimations, les 3 milliards de dollars et ils contrôleraient de manière directe ou indirecte jusqu'à 60% de l'économie syrienne. Outre les télécoms, leur empire s'étend au BTP, à l'immobilier, à la banque et à la grande distribution.
Un troisième frère, Hafez Makhlouf, est un haut-responsable des services de sécurité syriens.
Depuis le début du mouvement de contestation, les agences de Syriatel sont prises pour cible par les manifestants qui voient en Rami Makhlouf le symbole de la corruption du régime et des inégalités qui se sont creusées dans le pays avec la privatisation de pans entiers de l'économie.
Les États-Unis et l'Union européenne l'ont placé sur la liste des personnes visées par les sanctions, Washington depuis 2008 et l'UE depuis mai.
Interrogé par le New York Times sur le pourquoi de ces sanctions, il avait répondu: "Parce que je suis le cousin du président, c'est tout".
Mais le Trésor américain avait été plus explicite lorsqu'il avait décidé de sanctions contre lui en février 2008: "Rami Makhlouf a eu recours à l'intimidation et à ses relations proches avec le régime d'Assad pour obtenir des avantages commerciaux non justifiés aux dépens des Syriens ordinaires", avait indiqué le Trésor dans un communiqué.
"La corruption et le népotisme ont un effet corrosif, désavantageant les hommes d'affaires syriens honnêtes et isolant un régime qui poursuit des politiques répressives", soulignait-on encore de même source.
Sa reconversion dans l'humanitaire reste donc à confirmer. Elle survient alors que le régime a choisi la voie de la répression sanglante pour éliminer une contestation qui ne faiblit pas.
Selon des ONG et l'ONU, elle a déjà coûté la vie à 1 200 personnes et entraîné l'arrestation de quelque 10 000 autres. Plus de 10 000 syriens se sont réfugiés en Turquie après avoir fui le nord de la Syrie où l'armée, accusée par les ONG d'exactions, s'est déployée.

