Mais le plus saillant dans l’offensive des opposants, c’est qu’elle martèle que le gouvernement mis en place est contre la société civile libanaise, du moment qu’il s’oppose à ses valeurs, notamment en termes de démocratie. Comme à ses intérêts, notamment en termes de redressement économique par le biais des plans de Paris II et de Paris III ; que le 8 Mars renie.
Toujours sur le mode violent, un député du 14 Mars lance que le gouvernement, président et membres, aura beau faire, il ne pourra pas effacer les actes « abjects » (sic) perpétrés par certaines forces de la majorité, sur injonction de la Syrie et du Hezbollah. Ni dissimuler le « crime » commis contre le Liban, selon ses termes.
Ce parlementaire n’épargne pas Baabda. Il dit, en effet, s’étonner que le président Michel Sleiman ait signé les décrets de formation. Alors qu’il est le grand perdant de l’opération ; son quota s’est réduit de cinq à trois ministres. Et il a perdu un ministère souverain sur deux. Pour conclure que rien n’obligeait les présidents Sleiman et Mikati à se laisser piéger, alors qu’ils auraient pu attendre que la situation extérieure se décante.
À noter que les dirigeants n’ont reçu, dans les trois jours usuels du protocole diplomatique, que les félicitations du président Assad, pourtant accaparé par ses problèmes intérieurs. Rien des capitales ou de la Ligue arabes. Rien, jusqu’à hier, du président Nicolas Sarkozy. La date de la visite d’Alain Juppé n’a pas été fixée. En principe, du reste, le ministre français des Affaires étrangères ne devrait pas se pointer avant la publication de la déclaration ministérielle et le vote de confiance à la Chambre. Nombre de chancelleries occidentales indiquent que leurs gouvernements ne souhaitent faire aucun commentaire sur le nouveau gouvernement libanais avant d’en connaître le programme, les projets et la ligne, à travers sa déclaration ministérielle.
Attaque
Cependant, Washington prend bien position, quant à lui. L’un de ses responsables indique que le gouvernement Mikati constitue « une vraie déception ». Pour lui, il n’y a aucune raison de se fier à cette équipe pour la voir honorer les engagements internationaux du Liban.
Les cadres du 14 Mars s’inquiètent : l’attitude réservée de Paris et les critiques de Washington laissent craindre des retombées en termes d’investissements et d’aides étrangers. Ils ajoutent que le 8 Mars ne parle plus du tout de l’affaire dite des faux témoins. Ce qui prouve qu’il ne l’avait soulevée que pour faire sauter le gouvernement Hariri.
La présence en force, pour ne pas dire la mainmise, du 8 Mars donne à penser que le nouveau gouvernement se voudra de confrontation et non de détente. Ses parrains, ses quasi-géniteurs, le régime de Damas, reflété en l’occurrence par Berry, et le Hezbollah veulent l’inscrire au tableau de la « moumanaa ».
Et il importe peu, en définitive, toujours selon les ex-loyalistes, que le président du Conseil s’inscrive en faux contre cette option. Car, estiment-ils, il n’a pas les moyens de contrer les prosyriens, du moment qu’il reste sous la menace d’une implosion ministérielle. Sinon sous la menace de l’armement hors légalité, comme son prédécesseur. Ils rappellent que, malgré ses promesses, il n’a pas pu empêcher Charbel Nahas de redevenir ministre. Ni de ne pas redonner les Télécoms et l’Énergie à la même fraction. Ni de faire en sorte que son équipe ne comprenne pas de noms-défis combatifs. Ni d’opérer une rotation dans l’attribution communautaire ou politique des portefeuilles. En somme, soulignent encore les opposants, Mikati n’a tenu aucun de ses engagements. Et sa belle combinaison de critères et de constantes, tant chantée, s’est lamentablement effondrée, sous les coups de Michel Aoun, toujours selon eux.
En face, un des nouveaux ministres condamne les jugements téméraires anticipés, surtout pour ce qui est de la position de Washington. Il estime que les Occidentaux auraient dû attendre pour juger le nouveau gouvernement sur ses déclarations d’intentions, voire sur ses actes. Et lui accorder, au moins, le délai de grâce habituel. Il affirme, en reprenant les termes du président Mikati, que le gouvernement n’a pour objectif que d’être une équipe de travail bien soudée. Pour faire face, principalement, aux échéances économiques, sociales et financières. Sous le slogan « Koullouna lil aamal », tous à la tâche. Le cabinet va dès lors se réunir deux fois, et non une seule, par semaine.

