« Le principal problème sur lequel bute la Turquie est le Sud-Est », théâtre de violences entre armée et rebelles kurdes, commente Güneri Civaoglu, du journal Milliyet. Il souligne que le prochain gouvernement doit « par des mesures démocratiques » trouver une solution à ce dossier. Le BDP est devenu « une force que l’on ne peut ignorer » au Parlement, même si elle doit « être consciente des limites de ses revendications », estime de son côté l’analyste politique Taha Akyol.
Confortée par une plus forte représentation au Parlement, la revendication autonomiste kurde va monter en puissance, estiment les analystes. Un maire du BDP vient d’affirmer qu’il ne reconnaît plus les décisions des « tribunaux turcs ». Les appels à la désobéissance civile se multiplient, et la violence armée, même sporadique, se poursuit. Trois activistes kurdes ont été tués par l’armée turque lors d’une opération dans la province de Sivas, dans le centre de la Turquie, ont d’ailleurs annoncé hier des responsables militaires. Cette opération, impliquant plusieurs centaines de soldats appuyés par des hélicoptères, visait un groupe d’une dizaine de rebelles du PKK dans une zone relativement éloignée de leur théâtre d’opérations habituel. Abdullah Öcalan, qui, de sa prison, reste le chef de la rébellion, a en outre menacé du pire à partir du 15 juin si les contacts que mènent avec lui les services de renseignements ne reprennent pas.
Et les positions respectives restent éloignées. « M. Erdogan est catégoriquement opposé à l’enseignement en kurde dans les écoles, principale revendication kurde », estime Deniz Zeyrek, du quotidien Radikal. Outre la revendication linguistique, les Kurdes demandent une référence à leur identité dans la nouvelle Constitution promise par M. Erdogan. À quatre voix près (326 sièges, alors qu’il en faut 330), l’AKP ne dispose pas de la majorité requise à l’Assemblée pour modifier seul la Constitution et la faire évoluer vers un système présidentiel, comme M. Erdogan entend le faire. Le BDP pourrait ainsi monnayer un soutien à l’AKP pour ce projet constitutionnel, contre ses revendications.
En 2009, le gouvernement avait annoncé une « ouverture démocratique » en faveur des Kurdes, une population estimée entre 12 et 15 millions, suscitant de grands espoirs. Mais cette initiative n’a pas fait long feu, et M. Erdogan est revenu à un discours plus classique lors de sa campagne : « Un seul drapeau, un seul pays, une seule nation. »
(Source : agences)

