Un de ces célèbres clichés reconnaissables d’entre tous de Manoug Alemian.
Longue promenade entre des troncs rugueux, des feuillages tendres et foisonnants, un pan d’azur, des silhouettes sombres et massives, des branches délicates et penchées, des solitudes de hautes montagnes, des calfeutrages dans les sillons des neiges épaisses, des rêveries romantiques au bord d’un étang, des ombres chinoises rêches ou argentées, des profils mystérieux, des bouts de transparence, des soupçons d’angoisse, une caresse chargée de sérénité, un rai de lumière adroitement capturé.
Une inspiration qui ne vient pas seulement du pays du Cèdre, avec justement sur son drapeau l’effigie de cet arbre millénaire, mais de plusieurs pays européens et de l’Extrême-Orient où, des oliviers aux chênes, en passant par les sapins, les genévriers, les néfliers, les platanes, les figuiers, les cerisiers, l’arbre n’est plus objet, mais sujet d’une création.
La forêt, comme chez Shakespeare, se déplace. Non pour un but guerrier de camouflage, mais au contraire pour entrer en pleine lumière, au cœur d’une toile, d’une sculpture, d’une œuvre d’art.
Et cette longue promenade à travers arbres et esprit des forêts, dans des paysages différents, mais constamment séduisants, étonnants, est aussi une pérégrination pour découvrir le monde, sa diversité, ses richesses, ses contradictions, ses harmonies insoupçonnables et secrètes.
On ouvre cette boîte à Pandore de la nature avec la superbe photographie des deux cèdres enfouis dans la neige de Manoug Alemian. Pour bientôt rejoindre un autre majestueux conifère (acrylique sur toile) en pleine lumière: celui de Charles Belle. Éclats irisés d’un feuillage en relief de Luigi Belli, qui prête à la photographie un aspect gondolé et plastifié inédit dans sa luisance. Laque sur bois de Samuel Coisne avec les ramifications noires d’un mythe sylvestre (le cerf aux cornes en candélabre), aux traits délicatement mais fermement fignolés.
Monde coloré et ludique que celui de Pascal Courcelles avec ses nids d’oiseaux et surtout ce bout d’arbre peint en blanc, accroché au plafond avec des colliers légers tels des confettis bariolés suspendus dans l’air.
Plus grave et noir est cet entrelacement du fusain et de l’acrylique de Jean-Jacques Dournon où deux arbres tendent, avec une curieuse réserve, leur branche l’une vers l’autre. Traits abstraits, mais couleurs suggestives avec Patrice Giorda qui représente une terrasse gardée par un cèdre. Chêne jailli du fusain, compact et ramassé sur lui-même comme un poing fermé avec Alexandre Hollan.
Détails à couper le souffle de François Houtin pour une eau-forte se taillant une vie particulièrement éloquente à travers un tronc d’arbre dénudé qui donne au dessin une dimension presque surréelle. On ne dira jamais assez la maîtrise et la beauté des photographies de Hoda Kassatly, au talent immense, qui offre là un éclatant témoignage sur la vigueur, la force, l’enracinement et le sens de l’élévation, à travers des arbres qui luttent avec le vent, la solitude, le soleil et la rocaille.
Tonalités de gris pour Caroline Lejeune qui jongle avec brio sur les effets de profondeurs et de perspective pour une «ballade de l’impossible».
Effet saisissant que ces pointes à peine perceptibles d’une encre sur soie avec Li Wei qui donne à son bout de forêt une amplitude tout en évanescence. Le chemin inverse est pratiqué par France Mitrofanoff qui, à travers ces troncs d’arbres serrés, évoque, sur un ton tranchant, un monde sombre, opaque, presque hostile et angoissant.
On croirait qu’il s’agit de brindilles qui sont astucieusement agencées par Ludwika Ogorzelec que cette haute structure (248 cm) où se mêlent adroitement bois, résine et chanvre.
Étang mélancolique et vague bordure de forêt pour Malgorzata Paszko qui habille le lac de reflets verdoyants aux confins de l’impressionnisme.
Les sous-bois, différents et riches de leur mystère, sont captés en toute vertigineuse rapidité par le regard fasciné et fascinant de la caméra d’Éric Poitevin. Les tamaris d’Emmanuelle Quertain ont un vert si tendre qu’ils portent presque ombrage à ce mouchoir de nuage qui s’accroche au bout d’un feuillage qui, pourtant, se dilue dans l’azur.
Parfaitement asiatique, dans ses lignes élégantes, sa sensualité indéniable, ses tonalités sobres et son vert alangui, est cette huile tout en résonance sourdement feutrée de Takayoshi Sakabé.
Ombres presque chinoises de Paolo Fabricio Serse qui, de Trieste, trace des lignes (graphite et feuille) à la délicatesse d’une estampe ou d’un décor de théâtre nô.
Trapus, pleins et ronds, avec des superficies qui jouent avec les contradictions, sont les arbres en acier patiné de Jean-Bernard Susperregui. Fer finement travaillé par Luciano Zanoni, telle une dentelle délicate pour une vigne épanouie et aux feuilles déployées et
frémissantes.
Voilà une randonnée particulière aux senteurs mélangées où les saillies et les frondaisons forestières s’invitent en pleine ville. Une fois de plus la forêt se déplace. Elle se déplace dans une galerie. Pour mieux annexer l’espace, parler de sa proximité avec l’homme, de son rôle, de ses fonctions, de sa force d’inspiration, de ses vertus, de ses beautés, des dangers qu’elle encoure. Dangers à proscrire et valeurs profondes à reconnaître, à défendre, à sauvegarder.


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