« Le vendredi, à la sortie de la mosquée, nous manifestions. Les forces de sécurité ont bloqué les accès de la ville et ils nous ont tiré dessus », relate Mustafa, 23 ans, vendeur de métaux, blessé par balle à la jambe gauche et au bras gauche, qui est soigné dans un hôpital d'Antakya. « Il y avait des policiers en civil, mais aussi des soldats iraniens », poursuit le jeune homme. « Je les ai vus de mes propres yeux : la veille, on leur avait demandé de ne pas nous attaquer, mais ils ne parlaient pas l'arabe. » « Ils portaient la barbe, alors que dans l'armée syrienne, c'est interdit », ajoute le commerçant, évoquant également un uniforme noir inconnu en Syrie.
Akram, un étudiant de 17 ans rencontré dans un deuxième hôpital d'Antakya, dresse le même portrait « d'hommes en noir » qui ont tiré sur les habitants de son village proche d'Idlib. « Il s'agissait surtout de snipers. Ils ne parlaient pas l'arabe. En plus, ils avaient des armes d'un modèle que nous ne connaissions pas », explique le jeune homme, atteint à la jambe gauche par une balle explosive. Pour lui, l'identité de ces tireurs ne fait pas de doute : « Ce sont des Iraniens, des bassidjis », s'exclame-t-il. Velit, un étudiant de 23 ans venu d'un autre village proche d'Idlib, est plus circonspect. « Je ne peux pas dire avec certitude qu'ils étaient iraniens, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils n'étaient pas syriens », déclare le blessé, touché à la jambe droite. Ce n'étaient pas non plus des « chabbiha », des miliciens syriens parfois vêtus d'uniformes noirs, précise-t-il, ajoutant : « Ceux-là, on les connaît. » Les assaillants croisés par Velit « portaient des uniformes noirs, des chaussures blanches, de longues barbes et des crânes rasés », selon la description donnée par l'étudiant. « J'en ai vu sept ou huit pendant que je ramassais des blessés. Ce sont eux et les policiers en civil qui tiraient, les soldats syriens restaient en arrière », poursuit-il, ajoutant encore : « C'étaient des gars très grands, très costauds. Ils avaient des fusils à viseur. » La confirmation de ces déclarations est rendue difficile par l'impossibilité pour les journalistes de se déplacer en Syrie.
Dans un article publié fin mai, le Washington Post, citant des responsables américains non identifiés, a rapporté que l'Iran était en train d'envoyer des instructeurs et des conseillers en Syrie pour aider le régime à mater les manifestations qui menacent son principal allié dans la région. Mardi, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a condamné le rôle de l'Iran en Syrie. Téhéran a vigoureusement démenti hier toute implication en Syrie et rejeté les propos « infondés » de William Hague. « Ces remarques sont basées sur des informations mensongères », a déclaré un responsable non identifié du ministère iranien des Affaires étrangères.
(Source : AFP)

